29.10.2020 à 13:52

SuisseFermeture partielle: les milieux culturels tentent de s’adapter

Des dizaines d’annulations de concerts et spectacles sont déjà tombées depuis les annonces du Conseil fédéral mercredi. Les restrictions signifient interdiction dans le milieu.

Pour un grand nombre d’organisateurs, il n’est pas rentable d’organiser un événement pour seulement 50 personnes dans une salle de 200, 300 ou 1000 places. 

Pour un grand nombre d’organisateurs, il n’est pas rentable d’organiser un événement pour seulement 50 personnes dans une salle de 200, 300 ou 1000 places.

Keystone

Tandis que les annulations commencent à tomber, comme celle du festival du film à Genève, le GIFF, ou le festival Jazz Onze+à Lausanne, les milieux culturels tentent de s’adapter à la nouvelle donne. «Les lieux subventionnés sont dans une meilleure posture pour faire face à cette fermeture partielle, du moins à court terme», selon Sandra Kuenzi, porte-parole de la Taskforce Culture.

Sur le site de Petzi, on peut voir jeudi des dizaines d’annulations de concerts dans les clubs et les salles de Suisse romande, comme aux Docks à Lausanne, au Fri-Son à Fribourg ou à l’Ebullition aussi à Fribourg. De nombreuses salles en Suisse alémanique connaissent le même sort à Bienne, Berne, Bâle ou Zurich.

«Pour un grand nombre d’organisateurs culturels, la restriction à 50 personnes signifie en fait une interdiction professionnelle. Il n’est pas rentable pour eux d’organiser un événement pour seulement 50 personnes dans une salle de 200, 300 ou 1000 places», déclare à Keystone-ATS Sandra Kuenzi, porte-parole de la Taskforce Culture et présidente de t., l’association du spectacle suisse, qui rassemble environ 1800 membres de la scène théâtrale indépendante helvétique. Mais nuance-t-elle, «de nombreux autres organisateurs sont heureux de pouvoir continuer à travailler, même à une plus petite échelle.»

Lieux subventionnés en meilleure posture

«Les lieux subventionnés sont dans une meilleure posture pour faire face à cette fermeture partielle, du moins à court terme», poursuit-elle. «Nous aurions espéré que le travail très laborieux de ces derniers mois, consacré à la mise en œuvre de concepts de protection, permette d’éviter une fermeture partielle, regrette-t-elle. De plus, il n’est pas certain que les 50 spectateurs autorisés viennent dans les salles, vu que le Conseil fédéral conseille à la population de rester chez elle.»

Malgré le coup d’arrêt donné mercredi par le Conseil fédéral, des spectacles restent possibles. «Bien sûr, des performances culturelles intéressantes et bonnes peuvent également avoir lieu dans un cadre intimiste pour des lectures, des concerts, des vernissages ou du théâtre», a relevé la slameuse poétique et auteure.

Propositions intimistes

Comme le Salon du livre de Genève, qui avait prévu d’entrée de jeu une offre corona compatible: il ne va devoir supprimer qu’une dizaine de rencontres, explique sa directrice Natacha Bayard sur les ondes de la RTS. L’édition 2020 est décentralisée avec près de 200 événements qui se tiennent dans différents lieux de la ville depuis mercredi et jusqu’au 1er novembre,

Marylène Debetaz, membre du comité directeur de la Fédération romande des arts de la scène, va dans le même sens. «Pour les théâtres de création, ce sera possible de permettre à des équipes de travailler quand même», dit-elle sur les ondes de la RTS.

«Une des pistes pour ce genre de théâtre est de proposer plusieurs représentations avec moins de public». Mais cette solution n’est pas possible pour toutes les salles et surtout les grands spectacles qui coûtent cher et nécessitent un important montage: ils ne pourront pas se permettre ce fonctionnement-là et vont être annulés».

Grise mine à la SMPA

Dans un secteur moins subventionné, Stefan Breitenmoser, directeur de Swiss Music Promoters Association (SMPA), l’association suisse des organisateurs de concerts, spectacles et festivals de musique, est plus pessimiste. «La limite de 50 personnes est de facto une interdiction professionnelle pour la plupart des organisateurs d’événement», déclare-t-il. Et de pointer du doigt «un sentiment d’impuissance» liée à la difficulté de planifier quoi que ce soit dans un délai de plusieurs mois.

Le travail à temps partiel pour les employés (réduction de travail horaire – RHT) ainsi que l’APG (assurance perte de gains) pour les travailleurs indépendants et les personnes assimilables à un employeur doivent être maintenus sans restriction, plaide-t-il. Les décisions prises mercredi par le Conseil fédéral ne doivent pas impliquer la fin de ces mesures et signifier que le travail peut reprendre sans autre avec seulement 50 personnes dans le public», poursuit-il.

En Suisse romande, les grands festivals et les entreprises de l’événementiel comme Live Music Productions ou Opus One sont sur la même ligne. Ils demandent que «les mesures de soutien au secteur culturel prévues dans le cadre de la loi Covid-19 – pour les cas de rigueur et de perte de gain notamment – soient mises en oeuvre le plus rapidement possible par les cantons».

Stefan Breitenmoser plaide pour que les cantons prennent des décisions sur l’indemnisation des événements d’ici la fin du mois d’octobre et que l’argent soit versé le plus rapidement possible. Sandra Kuenzi suit aussi ce dossier de près: «Nous examinerons ce point très attentivement ici», dit-elle.

La Loi Covid-19 a été approuvée le 25 septembre en vote final par le Parlement à Berne. Pour 2021 – et après les mesures déjà prises pour 2020-, la Confédération mettra 100 millions à disposition des cantons pour soutenir les entreprises culturelles, 20 millions de francs seront mis à disposition de Suisseculture Sociale pour soutenir les acteurs culturels et 10 millions de francs pour le soutien aux associations culturelles d’amateurs.

La Culture Taskforce a été créée en mars 2020 afin de représenter au plus près les intérêts de l’industrie culturelle suisse auprès des milieux politiques dans cette crise. Près de 90 associations culturelles de toute la Suisse en font partie, comme la SMPA.

(ATS/NXP)

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2 commentaires
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BUCO

29.10.2020 à 17:30

Fort heureusement, il est encore possible de se cultiver chez soi, entre autres par le biais des livres, de la TV, des CD et DVD, ainsi que par nos passions "d'intérieur"