Actualisé 15.09.2019 à 13:42

EditoFête des Vignerons 2019 ou l'histoire d'un fiasco prévisible

Le fiasco financier qui s'annonce pour la dernière Fête des Vignerons peut largement s'expliquer par sa folie des grandeurs et son prix des places exorbitant. Un danger que tout le monde avait rapidement repéré, mais auquel personne n'a voulu croire.

par
lematin.ch
La Fête des Vignerons et son arène provisoire gigantesque, digne d'un central de Roland-Garros.

La Fête des Vignerons et son arène provisoire gigantesque, digne d'un central de Roland-Garros.

Keystone

16 millions. Voici donc le manque à gagner (du moins celui annoncé pour le moment par les organisateurs) de la dernière édition de la Fête des Vignerons. Du 18 juillet au 11 août derniers, 1,6 million de francs ont été perdus, en moyenne, sur chaque représentation en journée. Un gouffre.

Le fameux «esprit de la fête» n’aura donc pas suffi à faire de la Févi (le petit surnom donné à la manifestation par ses fans) un grand succès populaire. Malgré un spectacle «splendide», «merveilleux» et «inoubliable» - les superlatifs les plus délirants ont pu être entendus ou lus -, le bouche-à-oreille n’aura pas permis de faire vendre toutes les places à disposition. 65 000 d’entre-elles n’ont pas trouvé acheteurs.

Ca n’est pas faire injure aux dévoués bénévoles du spectacle mis en scène par Daniele Finzi Pasca que d’estimer beaucoup trop chers les billets de cette Fête des Vignerons. Cela a été dénoncé très vite. Car c’est bien là que se trouve la cause principale de ce fiasco financier. Combien de spectateurs n’ont pas eu les moyens de s’offrir, en famille, des places dont le coût total était comparable à celui d’une semaine de vacances au bord de la mer?

Les organisateurs n’ont cessé de vanter le caractère populaire de la Févi. Mais ils l’ont rendue financièrement inaccessible à une majorité du public. La Confrérie des Vignerons a-t-elle eu la folie des grandeurs? Par exemple, il est indiscutable que l’immense et très coûteuse arène aux allures de central de Roland-Garros, véritable fournaise en plein soleil et où nombre de paires de fesses ont souffert, n’a pas été un choix judicieux, par rapport aux arènes plus simples et aérées des éditions de 1999 et 1977.

Qui va payer pour combler cette vingtaine de millions? La Confrérie des vignerons? La ville de Vevey? Le canton de Vaud? D'autres cantons? Voire la Confédération?

C’est d’autant plus dommage que la Fête des Vignerons a réellement enchanté les rues de Vevey. L’ambiance joyeuse qui a régné durant juillet et août a fait plaisir à voir, malgré des prix, là aussi, exagérés.

Voilà pourquoi, dans vingt ou vingt-cinq ans, à l'heure d'organiser l'édition prochaine, il faudra se souvenir de ce terrible fiasco financier, de ces erreurs stratégiques. Et ne pas oublier que la Fête des Vignerons doit rester un événement populaire, avant tout. C’est-à-dire un événement accessible, en terme de coûts, pour tous les publics.

Il faudra revenir à des dimensions plus simples, moins onéreuses et assurer un prix des billets nettement plus abordable. C’est ainsi - et uniquement ainsi - que pourra survivre la Fête des Vignerons et son esprit.

Laurent Siebenmann, rédacteur en chef

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