Vevey (VD): Fête des vignerons: entre frissons et confusion

Actualisé

Vevey (VD)Fête des vignerons: entre frissons et confusion

«Le Matin» a assisté à la répétition générale mardi soir dans l'imposante arène de 20 000 places. Il y a du bon, du moins bon, du long et des références pop. Critique.

par
Laurent Flückiger
1 / 10
Les tableaux se succèdent et symbolisent l'alternance des saisons et la vie des vignerons et vigneronnes.

Les tableaux se succèdent et symbolisent l'alternance des saisons et la vie des vignerons et vigneronnes.

KEYSTONEJean-Christophe Bott
Les tableaux se succèdent et symbolisent l'alternance des saisons et la vie des vignerons et vigneronnes.

Les tableaux se succèdent et symbolisent l'alternance des saisons et la vie des vignerons et vigneronnes.

KEYSTONE/Laurent Gillieron
Les tableaux se succèdent et symbolisent l'alternance des saisons et la vie des vignerons et vigneronnes.

Les tableaux se succèdent et symbolisent l'alternance des saisons et la vie des vignerons et vigneronnes.

KEYSTONE/Laurent Gillieron

En préambule, précisons: nous n'avions jamais eu la chance d'assister à un spectacle de la Fête des vignerons avant celui de mardi et surtout, ce soir-là, nous n'avions pas picolé. Ou si peu: un seul verre de chasselas. Pourtant, dans cette suite de tableaux mis en scène par Daniele Finzi Pasca nous avons vu des références à «Star Wars», à «La reine des neiges» et même à «Intervilles»! Alors qu'il s'agit de la vie des vignerons et des vigneronnes au fil des saisons, raconté par la petite Julie et son grand-père.

Pour mieux se représenter les deux heures quarante-cinq de spectacle, il convient de décrire l'arène. Celle-ci comporte un plancher LED de 870 m2, un anneau au milieu des gradins qui sert aussi de scène et pas moins de 11 entrées! C'est donc un immense terrain de jeu avec des multitudes de possibilités.

Trop à voir

C'est là notre première critique: au lieu de combler les spectateurs des quatre côtés, cette configuration donne beaucoup trop à voir. On repère difficilement qui parle ou qui chante en solo, et ce ne sont pas les écrans qui nous aident, dont la fonction hésite entre servir de décoration et proposer des gros plans. Et que dire de cette fameuse scène-écran rarement utilisée à bon escient? Hormis quand le sol réagit au contact des pas, elle semble être enclenchée sur le mode veille avec des formes qui défilent ou des flammes qui dansent.

Les chœurs dynamisés par des percussions ou juste accompagnés d'un accordéon ou d'une flûte de pan naviguent entre modernité et tradition. Au risque de se faire taper sur les doigts, on dira que les chœurs d'enfants ne sont pas encore maîtrisés...

Vaudois cancan

Visuellement, ce sont les tableaux où la masse de chanteurs, de musiciens, de figurants se trouve au centre de l'arène qui sont les meilleurs. Comme l'ouverture, qui nous place directement dans le vif du sujet puisqu'il s'agit des vendanges. Fourmis, sauterelles et étourneaux s'y activent dans un joyeux mélange. Le tableau des cartes de jass, aussi, loin d'être synchrones mais aux mouvements sympathiques vus d'en haut. Les Cent pour Cent (les nouveaux Cent suisses composés d'hommes et de femmes) impressionnent, levant fièrement des pics s'illuminant en blanc. On pense à des sabres à laser. Autre référence pop qui nous vient en tête: «La reine des neiges» quand le sol se givre en quelques secondes.

Mais notre esprit s'égare. Il se réveille quand les effeuilleuses débarquent et lèvent leur robe dans une sorte de french cancan (vaudois cancan?). Des éclats de peinture sur le plancher LED colorent la nuit alors tombée. C'est le meilleur moment du spectacle, alors que débute «Noces», l'un des tableaux traditionnels des Fêtes des vignerons. Quatre mariages (et pas d'enterrement) se déroulent sur les quatre côtés de l'arène. Le couple et les convives doivent ensuite amener leur tourte montée vers le côté suivant. On s'amuse à repérer quel groupe est installé en premier. C'est «Intervilles»! Où est la vachette?

«Le ranz des vaches» fait toujours son effet

Justement. Après un nouveau passage des Cent suisses, cette fois avec des sabres laser rouges, on arrive enfin aux deux moments mythiques: le couronnement et l'arrivée des armaillis. Après que les vignerons et les vigneronnes sont honoré(e)s, trois joueurs de cor des Alpes s'avancent au centre, puis 31 autres les rejoignent. Les instruments résonnent quand entrent les armaillis avec leurs vaches décorées qui font tinter leurs cloches. On doit reconnaître que ça fait quelque chose. Et ce n'est pas fini: ils sont maintenant 11 ténors à interpréter «Le ranz des vaches», accompagné par le chœur. Frissons. Mais si seulement ça avait été moins long. D'ailleurs, les machines à nettoyer le sol (!) auraient peut être eu moins à faire avant les deux derniers tableaux.

On regarde le final, où les 5500 acteurs-figurants et 900 choristes et percu-choristes s'égayent tous ensemble dans l'arène avec encore en tête les vaches se lâchant sur le plancher LED dernier cri. Qu'on soit en 1797 ou en 2019, que le spectacle soit traditionnel, moderne, onirique ou cacophonique, il y a une chose qui reste: les vaches et le fruit de leur émotion!

Ton opinion