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footFifa - Blatter, longtemps insubmersible, désormais débarqué (PORTRAIT)

Par Eric BERNAUDEAU, Nicolas PRATVIEL

Zurich, 8 oct 2015 (AFP) - Joseph Blatter a incarné à lui seul la toute puissante Fifa pendant 17 ans, surmontant de nombreuses crises, filant la métaphore du capitaine n'abandonnant pas un navire qui a fini par le débarquer, devant les vagues de scandales.

Deux semaines après avoir fait l'objet d'une procédure pénale par la justice de son pays, le dirigeant âgé de 79 ans a été suspendu pour une durée de 90 jours à titre conservatoire, pouvant être étendue de 45 jours supplémentaires, jeudi, par la commission d'éthique de la Fifa. Le tout, trois mois après avoir annoncé sa future démission et provoqué l'organisation d'un Congrès extraordinaire pour choisir son successeur, le 26 février 2016.

La chute est lente mais inéluctable. Et elle risque même d'entraîner celle de son rival, Michel Platini, président de l'UEFA et candidat à sa succession à la tête de la Fifa, également suspendu pour trois mois, au même titre que son ex-secrétaire général Jérôme Valcke, déjà relevé de ses fonctions mi-septembre.

La commission d'éthique de la Fifa ne pouvait attendre indéfiniment pour emboiter le pas de la justice suisse et se prononcer sur son président.

Le Valaisan est en effet accusé d'avoir "signé un contrat défavorable" à la Fifa avec l'Union caribéenne de football, en vendant très en-dessous des prix du marché les droits de diffusion TV des Mondiaux-2010 et 2014. La procédure pénale qui le vise englobe aussi un versement en 2011 de 2 M CHF (1,8 millions d'euros) à Michel Platini.

Insensible à toute pression, Blatter s'est borné a tenir tête, ignorant notamment la demande de départ immédiat formulée la semaine passée par quatre grands sponsors de la Fifa (Coca-Cola, Visa, McDonald's et Budweiser). "J'arrêterai le 26 février. Pas un jour plus tôt", martelait-il encore mercredi.

C'est finalement la Fifa elle même qui vient de le mettre sur la touche, quitte à ce que le chaos soit désormais total.

Ce dernier épisode ne fait que ternir un peu plus la fin du long parcours du Valaisan au sein de la Fédération internationale qu'il a pourtant transformée en une formidable machine à cash, grâce aux revenus tirés de la Coupe du monde, se targuant d'y compter plus de pays membres qu'à l'ONU (209 contre 193).

Lorsque le Suisse y entre en 1975 comme directeur des programmes de développement, la Fifa ne compte qu'une dizaine d'employés et loge dans un petit immeuble de Zurich. La légende veut même que Blatter soit un jour allé emprunter de l'argent à une banque pour payer leurs salaires.

Aujourd'hui, les réserves de l'instance suprême du foot mondial se montent à 1,5 milliard de dollars (1,36 md EUR). Car en quatre décennies, ce sport est passé du quasi-artisanat au business mondialisé. Une révolution que Blatter a accompagnée pas à pas.

Blatter a occupé le poste de N.2 (secrétaire général) pendant 17 ans, avant de succéder à la présidence au Brésilien Joao Havelange, lui aussi contesté et dont il est resté proche.

"Mon plus grand succès ? Avoir rendu le football universel", s'est longtemps félicité Blatter. Et de souligner que le foot "jamais attaqué par les belligérants, se joue en Irak, en Afghanistan et même en Syrie".

Le développement de ce sport en Asie lui doit beaucoup, de même que la première Coupe du monde organisée en Afrique (du Sud, en 2010). "Fidèle et reconnaissant", selon un membre de son entourage, il gardera de ces années-là des relais puissants qui le soutiennent face aux critiques venues d'Europe.

Généreux avec beaucoup de petites fédérations dont il est s'est ainsi assuré l'appui, via de généreux programmes d'aides, Blatter dit les avoir accompagnées "avec un principe, inspiré de Confucius: ne donne pas un poisson à ton frère mais apprends-lui à le pêcher!".

Né "un peu prématuré, à sept mois", selon ses confidences, Blatter est un ancien modeste joueur amateur -"au poste d'attaquant"-, qui a même fait des piges dans la presse pour financer ses études de commerce dans sa jeunesse. Il a d'ailleurs déclaré le 20 juillet qu'il comptait retourner à "son ancien métier de journaliste" une fois son départ acté, coupant ainsi court aux rumeurs sur son désir de se représenter à sa propre succession le 26 février 2016.

Car il n'a pu résister au séisme qui a frappé la Fifa, déclenché deux jours à peine avant son élection pour un cinquième mandat, le 29 mai, avec l'arrestation à Zurich et la mise en accusation pour corruption par la justice américaine de hauts dirigeants actuels ou passés de la Fifa.

Blatter a alors cru pouvoir peser sur le cours des événements en lançant un programme de réformes. Mais en le relevant de ses fonctions face à la pression judiciaire, la Fifa a changé son agenda. Et quelqu'un d'autre, Issa Hayatou, est assis dans son fauteuil de président.

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(AFP)

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