05.06.2015 à 06:46

USAFifa/Corruption - Chuck Blazer, alias "Monsieur 10%", présente l'addition (PORTRAIT)

Par Jennie MATTHEW New York, 5 juin 2015 (AFP) - Pendant deux décennies, Chuck Blazer a mené grand train grâce à son rôle d'intermédiaire incontournable dans les sombres coulisses du football mondial mais, pour sauver sa peau, il est devenu l'informateur-clé de la justice américaine dans son enquête contre la Fifa.

Avec sa barbe et son embonpoint de Père Noël, Charles Gordon Blazer, de son véritable nom, est toujours aussi prodigue et généreux. Sauf que l'Américain de 70 ans ne distribue plus les cadeaux aux grands de ce monde ou stars du ballon rond, dont il fut longtemps le familier, mais les révélations qui ont plongé la Fédération internationale de football (Fifa) dans la crise la plus grave de son histoire. Devant le tribunal fédéral de New York réuni à huis clos, en novembre 2013, Blazer a tout déballé: les pots-de-vin pour les attributions des Coupes du monde 1998 et 2010, les rétro-commissions demandées aux diffuseurs pour recevoir l'exclusivité d'un tournoi, les sociétés fictives et les commissions qui lui ont valu le surnom de "Monsieur 10%". Il aurait même enregistré avec un porte-clef sorti tout droit d'un roman d'espionnage et fourni par la police fédérale américaine FBI des conversations compromettantes avec de hauts dirigeants de la Fifa durant les JO-2012 de Londres. L'ancien secrétaire général de la Concacaf (Confédération d'Amérique du nord, Centrale et Caraïbes) de 1990 à 2011, membre du comité exécutif de la Fifa de 1997 à 2013, joue gros: il est passible d'une peine de vingt ans de prison pour racket, virements frauduleux, blanchiment d'argent et évasion fiscale. Libéré après avoir payé une caution d'1,9 million de dollars et gravement malade (cancer du colon, diabète, problèmes cardio-vasculaires), l'ancien fantasque et flamboyant homme fort du football sur le continent américain a perdu de sa superbe. Sans jamais avoir tapé dans un ballon, ni fait d'études brillantes, il était devenu grâce à son entregent et à son sens des affaires le grand argentier du "soccer", comme est désigné le football aux Etats-Unis. Il a ensuite élargi son influence sur le continent américain, puis sur l'ensemble de la planète football grâce à son alliance avec le sulfureux Jack Warner. L'ancien président de la Concacaf et vice-président de la Fifa est l'autre personnage central de ce feuilleton qui a conduit Joseph Blatter, à peine réélu pour un cinquième mandat, à annoncer qu'il allait quitter la Fifa. Warner est soupçonné par la justice américaine d'avoir, entre autres, reçu 10 millions de dollars pour voter en faveur de la candidature sud-africaine à l'organisation du Mondial-2010. Il avait promis un million de dollars à Blazer, qui n'aurait reçu "que" 750.000 dollars. Aux plus belles heures de son "empire", Blazer se déplaçait à travers le monde en jet privé, parcourait les rues de New York dans un imposant véhicule tout-terrain Hummer payé par la Concacaf et louait deux gigantesques appartements, dont un pour ses... chats, sa grand passion. Selon le site internet américain BuzzFeed News, il aurait amassé 21 millions de dollars grâce à ses activités, licites et illicites, dans le football. Dans le ballon rond, il a eu plusieurs vies: à la NASL, la Ligue américaine qui a connu son heure de gloire dans les années 1970 avec le New York Cosmos de Pelé et Franz Beckenbauer; aux Miami Sharks, équipe démantelée après quatre ans d'existence; à la Fédération américaine puis à la Concacaf --où il a créé la Gold Cup et la Ligue des champions-- et enfin à la Fifa, dont il fut le président de la commission marketing et TV. S'enrichissant à chaque fois au passage, avant de finalement tourner le dos à ses anciens amis et partenaires, acculé par le FBI et la justice américaine. jm/jr/elm/mf

(AFP)

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