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MONDFifa - Platini, premier accroc pour le favori ? (PORTRAIT)

Par Nicolas PRATVIEL

Paris, 25 sept 2015 (AFP) - Une ombre vient d'apparaître dans l'horizon de Michel Platini, petit-fils de modestes immigrés italiens devenu meilleur joueur de la planète, patron de l'UEFA et promis à devenir celui de la toute puissante Fifa, à présent entendu dans une procédure judiciaire visant Joseph Blatter.

Un boulevard se dessinait devant Platini pour succéder à Joseph Blatter, président démissionnaire de la Fédération internationale. Mais l'annonce vendredi par la justice suisse de son audition "en qualité de personne appelée à donner des renseignements" pour s'expliquer sur "un paiement" illicite de 2 millions de francs suisses (1,8 M EUR), perçu de la part du Suisse de 79 ans, a jeté un trouble.

Selon la justice, ce paiement au bénéfice de l'ex-triple Ballon d'Or, effectué en février 2011, a été fait "au préjudice de la Fifa, prétendument pour des travaux effectués entre janvier 1999 et juin 2002". Et voilà un nouvel épisode des relations entre Platini et Blatter, son ex-mentor devenu ennemi intime et contre lequel une procédure pénale a été ouverte pour "soupçon de gestion déloyale (qui s'apparente à abus de bien social, ndlr)" et "abus de confiance".

Taxé de "romantique" par ses détracteurs quand il a pris la tête de l'UEFA en 2007, Platini s'est jusqu'ici imposé en homme d'action: élimination du G14, ce syndicat des clubs riches aux velléités de ligue fermée, ouverture de la Ligue des champions aux petites nations, instauration du fair-play financier, ce frein à l'endettement des formations européennes. Autant d'actes politiques qui ont forgé sa stature d'homme d'Etat de la planète foot.

Joueur, c'est avec la même méticulosité qu'il a élevé le coup franc au rang d'art. Un exercice qui a largement contribué à construire sa légende. Ses frappes enveloppées, insaisissables, ont offert à la France de grandes victoires... pour l'infini malheur du gardien espagnol Arconada, auteur d'une boulette mémorable en finale de l'Euro-1984 à laquelle son nom reste indissolublement attaché.

Hormis deux échecs douloureux en demi-finales des Mondiaux 1982 et 1986, "Platoche" a tout gagné en 15 ans de carrière. La Coupe de France avec Nancy (1978), le championnat de France avec les Verts de Saint-Etienne (1981), le championnat d'Italie avec la Juventus Turin (1984, 1986). L'enfant de Joeuf (Meurthe-et-Moselle) a en effet été le premier Français de renom à partir en Italie cultiver la gagne.

Mais avec la Juve, il a connu le pire, bien au-delà du foot: la tragédie du stade du Heysel, qui avait fait 39 morts le 29 mai 1985 à Bruxelles. Platini y avait joué et gagné la finale de Coupe d'Europe des clubs champions contre Liverpool (1-0), juste après les scènes d'horreur.

"Cette finale ne m'a pas quitté, comme elle n'a pas quitté l'esprit de tous ceux qui étaient présents, ceux qui ont perdu un être cher, ceux pour qui tout a changé en quelques terribles minutes", disait-il le 29 mai dernier, jour du 30e anniversaire du Heysel.

Après le maillot de joueur et avant le costume de dirigeant, Platini a revêtu le survêtement d'entraîneur, lui le stratège-né. Toutefois, son mandat de sélectionneur des Bleus a laissé un goût d'inachevé (élimination au 1er tour de l'Euro-92).

Ensuite ? Une ascension irrésistible: coprésident (avec Fernand Sastre) du comité d'organisation du Mondial-1998, conseiller spécial de Joseph Blatter qu'il a contribué à faire élire à la tête de la Fifa (1998) et auquel il veut succéder, vice-président de la FFF en 2001, président de l'UEFA depuis 2007.

Sur la route qui doit le mener de Nyon -siège de l'UEFA- à Zürich -QG de la Fifa- l'ancien maître à jouer savait les crocs-en-jambe qui l'attendraient. Son vote pour le Mondial-2022 au Qatar, qu'il a tout de suite rendu public pour montrer que son horizon ne se limitait pas à l'Europe, lui a valu des accusations en tout genre, notamment dans la presse anglaise, jusqu'ici injustifiées.

Quelles conséquences aura maintenant le nouveau volet judiciaire suisse ?

nip-pgr/dhe

(AFP)

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