Actualisé 28.11.2016 à 02:34

Primaire de la droiteFillon, la revanche de l'éternel second

L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy est le grand favori pour briguer le poste de président de la France en 2017

Fillon a largement battu son concurrent au second tour des primaires de la droite et du centre.

Porteur d'un programme économique «radical» et fier de «ses valeurs» sur les questions de société, l'ancien Premier ministre François Fillon s'est imposé dimanche comme le nouveau champion de la droite française.

Après avoir été longtemps cantonné aux seconds rôles.

Cet homme austère a concédé cette semaine avoir un seul «regret»: «ne pas avoir convaincu plus tôt». Un aveu teinté d'orgueil qui résume le chemin parcouru par ce conservateur discret, à la mise classique, qui a dirigé le gouvernement de 2007 à 2012 dans l'ombre de l'«hyper-président» Nicolas Sarkozy.

A 62 ans, François Fillon a créé la surprise en s'imposant largement en tête au premier tour dans une primaire que les sondeurs voyaient comme un duel entre son ancien «patron», Nicolas Sarkozy, et l'ancien Premier ministre Alain Juppé, 71 ans.

La riposte n'a pas tardé. Dans un entre-deux-tours tendu, il a été attaqué sur tous les fronts par Alain Juppé - sur sa conception jugée «extrêmement traditionaliste» de la société ou sur la «brutalité» de son programme «ultra-libéral», sur sa «proximité» avec le président russe Vladimir Poutine.

Catholique assumé

Cet homme aux sourcils broussailleux, qui se dit «inénervable», a gardé «le cap», la «tête froide». «Je ne m'excuse pas d'avoir des valeurs», a-t-il lancé. «Je suis gaulliste, de droite, voilà tout. Il n'y a aucune raison de marcher à l'ombre».

Lui qui, en 2007, décrivait déjà un «Etat en situation de faillite» propose une cure de choc: suppression d'un demi-million de postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures de travail hebdomadaires, resserrement des aides sociales... Il s'amuse du qualificatif de thatchérien qu'on lui colle «comme on peignait, au Moyen-Age, des croix sur les portes des lépreux».

Marié à une Franco-Galloise et père de cinq enfants, ce catholique assumé a promis d'amender la loi ouvrant le mariage aux homosexuels sur la question de l'adoption. Il veut remettre la famille «au coeur de toutes les politiques publiques».

Refusant d'être «caricaturé en conservateur moyenâgeux», il a dû préciser qu'il n'entendait pas remettre en cause le droit à l'avortement. Mais y est opposé à titre personnel: «ma conscience, elle me regarde», a-t-il dit.

Soutien de Sarkozy

Nicolas Sarkozy, après son élimination au premier tour de la primaire, lui a immédiatement apporté son soutien. Car s'ils divergent sur le style - l'un cultive une image de sérieux, de rigueur et d'honnêteté, l'autre joue sur l'énergie, parfois jusqu'à l'outrance - tous deux se situent sur le créneau de la droite autoritaire.

François Fillon refuse une vision multiculturaliste de la France dont il revendique les racines chrétiennes. Auteur du livre «Vaincre le totalitarisme islamique», il propose de déchoir de leur nationalité les Français qui s'engagent dans les rangs djihadistes. «S'ils sont apatrides, cela ne m'empêchera pas de dormir», dit-il, indifférent au droit international.

Sur le plan diplomatique, il souhaite discuter davantage avec Moscou, estimant que son isolement conduit le Kremlin à «se durcir, à s'isoler, à actionner les réflexes nationalistes». Il veut aussi associer l'Iran aux discussions en vue de trouver une issue à la guerre en Syrie. Mais il ne compte pas pour autant renoncer à l'«alliance» traditionnelle de la France avec les Etats-Unis.

Le président Vladimir Poutine, qu'il a côtoyé pendant son mandat de Premier ministre, a loué ses qualités de «grand professionnel».

Dissidence évoquée

Passionné de courses automobiles, ce fils de notaire diplômé en droit public est entré en politique en 1976, comme assistant parlementaire d'un député. A la mort de celui-ci, quatre ans plus tard, il lui succède et devient, à 27 ans, le plus jeune élu de l'Assemblée nationale.

Plusieurs fois réélu dans son fief rural de la Sarthe, dans l'ouest, il prend peu à peu du galon dans son parti. De 1993 à 2005, il participe à tous les gouvernements de droite, à l'Enseignement supérieur, à l'Education et aux Affaires sociales.

Quand Nicolas Sarkozy échoue à se faire réélire en 2012, il tente de prendre les rênes du parti de droite UMP, mais son rival l'emporte sur fond d'accusations de tricherie. Il envisage un temps d'entrer en dissidence, reste finalement dans le rang et prépare méthodiquement sa revanche.

Réactions politiques à la victoire de François Fillon

- Nicolas Sarkozy: «Je tiens adresser à François Fillon mes sincères félicitations pour sa victoire ce soir. J'ai également une pensée amicale pour Alain Juppé qui a défendu avec conviction ses idées». (communiqué)

- Emmanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle: «Vous avez une vision de la société française que j'appelle un retour en arrière et qui n'est définitivement pas la mienne». (France 2)

- François Bayrou, président du MoDem et soutien d'Alain Juppé: «Le projet qui a été annoncé par François Fillon a été au point de rencontre de la droite. La question est de savoir s'il est au point d'équilibre qu'exige l'avenir de notre pays». (Communiqué)

- Valérie Pécresse (LR), ancienne proche de François Fillon et soutien d'Alain Juppé à la primaire: «Je lui (Fillon) adresse mes plus vives félicitations. Quelles que soient nos différences de sensibilité, nous devons tous nous rassembler dès aujourd'hui pour réussir le redressement de notre pays».

- Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire et soutien d'Alain Juppé: «Bravo à François Fillon pour sa victoire et à Alain Juppé pour sa campagne. Ce soir, c'est la droite républicaine et le centre qui gagnent!» (Twitter)

- Jean-François Copé, ancien président du parti Les Républicains, candidat à la primaire et soutien d'Alain Juppé: «C'est une magnifique victoire de François Fillon, (...) je mettrai toute mon énergie pour être à ses côtés, à la place qu'il souhaitera naturellement». (France 2)

- Bruno Le Maire, député de l'Eure, candidat à la primaire et soutien de François Fillon: «Bravo à François pour cette large victoire ! Le combat pour l'alternance commence maintenant!» (Twitter)

- François Baroin, sénateur (LR) de l'Aube et soutien de Nicolas Sarkozy pour la primaire: «Chaleureuses félicitations à François Fillon et à son équipe pour cette remarquable et incontestable victoire.» (Twitter)

- Eric Ciotti, député (LR) des Alpes-Maritimes et soutien de Nicolas Sarkozy à la primaire: «Ce qu'a réalisé François Fillon ces dernières semaines est un mouvement inédit dans l'histoire politique contemporaine». (Twitter)

- Laurent Wauquiez, président des Républicains, et soutien de Nicolas Sarkozy à la primaire: «Je félicite chaleureusement François Fillon dont la victoire incontestable vient récompenser la constance, la volonté jamais démentie de dire la vérité». (communiqué)

- Florian Philippot, vice-président du Front national: «Le vrai Fillon: Retour vers le XIXe siècle. Et pendant ce temps le gâchis continue sur l'immigration, l'UE, la fraude...» (Twitter)

- Marion Maréchal Le Pen, députée (FN) du Vaucluse: «François Fillon contre le peuple, hier, aujourd'hui, demain»; (Twitter)

- Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste: «Fillon-Sarkozy bat Juppé-NKM... Une ultra droite liquide le dernier chiraco-gaulliste!» (Twitter)

- Arnaud Montebourg, candidat à la primaire organisée par le PS: «Le programme de François Fillon c'est la destruction de la sécurité sociale et un plan social de fonctionnaires». (Twitter)

(ats)

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