Présidentielle péruvienne - Fin du vote, Fujimori et Castillo au coude-à-coude
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Présidentielle péruvienneFin du vote, Fujimori et Castillo au coude-à-coude

Keiko Fujimori est en tête selon le premier résultat partiel, mais étant donné le faible écart entre les deux candidats, la tendance ne devrait pas se dessiner avant le décompte final.

La fille de l’ex-président Fujimori, qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, se hisse pour la troisième fois au second tour. (Photo Luka GONZALES/ AFP)

La fille de l’ex-président Fujimori, qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, se hisse pour la troisième fois au second tour. (Photo Luka GONZALES/ AFP)

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Le Pérou, meurtri par la pandémie, est dans l’incertitude du nom de son futur président: le premier résultat partiel officiel a placé la représentante de la droite populiste Keiko Fujimori en tête mais les votes issus des campagnes, favorables au candidat de la gauche radicale Pedro Castillo, devraient resserrer la tendance. Cinq heures après la fin du vote à 19h00 locales (00h00 GMT), ce premier résultat partiel porte sur le décompte de 42% des 86’488 bureaux de vote du pays, a indiqué le chef de l’Organisme électoral (ONPE), Piero Corvetto. Étant donné le faible écart entre les deux candidats, il n’est pas certain qu’une tendance se dessine avant le décompte final qui pourrait prendre plusieurs jours.

Un premier sondage Ipsos sorti des urnes, à 19 heures (minuit en Suisse), donnait la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) avec une courte avance: 50,3% contre 49,7%. Un sondage du même institut, effectué en cours de dépouillement dans des bureaux de vote représentatifs, redonnait trois heures plus tard de l’espoir aux supporters de l’ancien instituteur qui virait cette fois-ci en tête à 50,2% contre 49,8% à sa rivale.

Quel qu’il soit, le futur chef de l’État aura d’énormes défis à relever dans le pays qui enregistre le plus haut taux de morts du coronavirus par rapport à sa population et comptabilise trois millions de nouveaux pauvres en un an.

À l’annonce du résultat de ce second sondage, un énorme cri de joie a jailli de la foule massée autour de Pedro Castillo, resté dans sa région natale de Cajamarca (nord), ont constaté des journalistes de l’AFP. «Il s’agit toujours d’une égalité statistique», a tempéré le directeur d’Ipsos Pérou répétant comme lors du sondage sorti des urnes que l’écart se situe dans la marge d’erreur de 1%. «Il peut y avoir des variations», a ajouté Alfredo Torres.

«Restons calmes, il faut rester prudents. Cela n’a rien d’officiel», a également clamé M. Castillo, haut-parleur en main, devant des centaines de partisans rassemblés devant le siège de son parti dans la ville de Tacabamba.

«Vu que la marge est si faible, il est fondamental de rester prudent, et je le dis pour tous les Péruviens», a déclaré pour sa part Keiko Fujimori à la télévision alors qu’elle attend dans la capitale les résultats officiels avec sa famille et ses collaborateurs.

«Respectueux»

Les experts avaient prédit un scrutin serré. Les deux vainqueurs surprises du 1er tour le 11 avril, parmi 18 candidats, avaient assuré plus tôt dans la journée qu’ils respecteraient le verdict des urnes.

«Nous serons respectueux» du décompte des voix, a déclaré M. Castillo 51 ans lors de son vote coiffé du chapeau blanc typique de sa région d’origine. «Quel que soit le résultat, je respecterai la volonté populaire», a renchéri Keiko Fujimori, 46 ans, qui a voté dans un quartier de la capitale.

La fille de l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, se hisse pour la troisième fois au second tour, après deux défaites successives en 2011 et 2016. Elle n’avait pas reconnu sa défaite lors de la dernière présidentielle remportée par l’ex-président Pedro Pablo Kuczynski, avant de reconnaître une «erreur».

Dans les 11’400 bureaux ouverts 12 heures, quatre de plus qu’habituellement en raison de la pandémie, une majorité d’électeurs est allée voter à contrecœur sous peine d’amende, le vote étant obligatoire au Pérou.

Écartelés entre deux extrêmes dans lesquels ils ne se reconnaissent pas, ils étaient surtout préoccupés par les chiffres alarmants de l’épidémie de coronavirus qui a déjà fait plus de 184’000 morts, faisant du pays andin le 5e le plus endeuillé au monde.

Un Parlement fragmenté

«Je n’ai même pas envie de voter, pour moi aucun des deux ne mérite mon vote. Mais j’ai peur de Castillo, alors je vote pour Keiko», a déclaré Johnny Samaniego, 51 ans, un chauffeur routier de Lima.

Même si les deux candidats franchement antagonistes ont appelé à l’unité, l’après-campagne risque d’être difficile tant chaque camp a alimenté les peurs et a divisé le pays. Le futur président devra prendre des mesures urgentes pour surmonter la pandémie, la récession économique et l’instabilité institutionnelle chronique du pays dont le PIB a plongé de 11,12% en 2020.

Il devra s’accommoder d’un Parlement fragmenté, issu des législatives d’avril, et coutumier d’alliances de circonstances qui ont conduit à la destitution de deux présidents: Pedro Pablo Kuczynski en 2018 et son successeur Martin Vizcarra en 2020.

Le nouveau président prendra ses fonctions le 28 juillet, jour de la commémoration du bicentenaire de l’indépendance du Pérou, et remplacera le président par intérim Francisco Sagasti qui a exhorté ses compatriotes à «respecter scrupuleusement la volonté exprimée dans les urnes».

En cas de victoire, Keiko Fujimori deviendrait la première femme présidente du Pérou et la première en Amérique à suivre une dynastie familiale.

(AFP)

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