Recherche - Fin d’une expédition inédite dans la lignée de Cousteau
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RechercheFin d’une expédition inédite dans la lignée de Cousteau

Emmanuelle et Ghislain Bardout bouclent ce samedi, une épopée de quatre ans. Under the pole III les a vus découvrir les fonds marins sans «perturber le comportement des animaux».

À bord du «Why», Emmanuelle et Ghislain Bardout (ici en 2017) ont vécu «une expérience incroyable».

À bord du «Why», Emmanuelle et Ghislain Bardout (ici en 2017) ont vécu «une expérience incroyable».

AFP

Cela faisait quatre ans qu’ils étaient partis explorer les fonds marins, autour des pôles et sous les tropiques. Samedi, Emmanuelle et Ghislain Bardout (qui a fait ses études à l’École polytechnique de Lausanne) clôturent à Concarneau, en Bretagne, une expédition scientifique inédite, dans la lignée de celles menées par l’océanographe français Jacques-Yves Cousteau.

«C’était un peu nous qui étions dans l’aquarium…»

Emmanuelle Périé-Bardout

«Nous avons vécu une expérience incroyable! C’était un peu nous qui étions dans l’aquarium», se remémore avec émotion Emmanuelle Périé-Bardout à propos du séjour réalisé dans la «Capsule», du nom de cet habitat sous-marin créé dans le cadre de la troisième expédition du programme d’exploration sous-marine «Under the pole», lancé en 2008 par ce couple de passionnés.

«Ce qui est très impressionnant, c’est de pouvoir observer le milieu sans perturber le comportement des animaux», explique celle qui a grandi en rêvant de faire partie de l’équipe du célèbre explorateur. «On regarde le récif se lever, on voit des espèces qui vont se coucher, d’autres qui vont sortir, avoir des comportements de prédation ou de reproduction, on peut suivre tout ça tout au long de la journée!»

«Une frustration de plongeur»

Partie en 2017 de Concarneau, à bord de la goélette polaire «Why», cette troisième expédition a en partie été consacrée à la création et à la mise à l’épreuve de cette «capsule» de 1,5 mètre de diamètre et 3,2 de long. Installée à 20 mètres de profondeur, à proximité d’un récif corallien de Moorea (Polynésie française), elle a permis d’accueillir jusqu’à trois personnes pendant 78 heures d’affilée, entre septembre et novembre 2019.

«L’idée part d’une forme de frustration de plongeur, qui est qu’on doit toujours remonter à la surface, mais ce faisant, on passe à côté de beaucoup de choses», note Ghislain Bardout, ancien assistant de l’explorateur français Jean-Louis Etienne, convaincu que l’enjeu de l’exploration sous-marine réside désormais dans la capacité de l’homme à rester longtemps en immersion.

En famille

«Les expéditions Under the pole visent au développement de la plongée et de la connaissance du milieu sous-marin, ainsi qu’à innover, des volets qui rappellent les expéditions du commandant Cousteau», note Myrina Boulais, coordinatrice scientifique du programme. «Je revois les images de Cousteau quand j’étais enfant, lorsque je découvre celles rapportées par Emmanuelle et Ghislain», sourit celle qui a rejoint l’aventure, en début d’année.

La goélette «Why», avec à son bord le couple Bardout, mais également ses deux jeunes enfants - Robin et Tom - ainsi que des scientifiques et des plongeurs, a parcouru pendant quatre ans les océans, de l’Arctique au Pacifique.

Du corail à -172 mètres

En avril 2019, en collaboration avec des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et du Criobe, le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement, ils sont parvenus à récolter, à 172 mètres de profondeur, dans une zone de noir quasi absolu, le corail photosynthétique, c’est-à-dire vivant grâce à la lumière, le plus profond jamais trouvé.

«Je revois les images du commandant Cousteau quand j’étais enfant lorsque je découvre celles rapportées par Emmanuelle et Ghislain.»

Myrina Boulais, coordinatrice scientifique du programme

«On s’intéresse à des zones très peu étudiées, grâce à notre expertise dans les plongées polaires et en eaux profondes», explique Ghislain Bardout. Lors de la deuxième expédition, menée en 2014 et 2015, l’équipe d’Under the pole avait réalisé deux premières mondiales, avec une plongée à 112m en région polaire et une autre à 111m sous la banquise. Les plongées scientifiques s’aventurent rarement au-delà de 40 mètres de profondeur, du fait des contraintes techniques et humaines que cela impose.

«Ça a été une chance unique de pouvoir collaborer au sein de cette expédition, pour aller explorer les récifs coralliens dans une zone qu’on n’a pas l’habitude d’explorer», avance Laetitia Hédouin, chargée de recherche au CNRS, qui participera également au prochain programme d’Under the pole, baptisé «Deeplife» et qui s’inscrit dans le cadre de la décennie des Nations unies pour les sciences océaniques, au service du développement durable (2021-2030).

(AFP)

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