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Crise migratoireFissurer Schengen ferait tanguer le marché unique

La réintroduction des contrôles aux frontières pour freiner le flux migratoire engendrerait des milliards de perte.

La douane de Bardonnex aux portes sud de Genève absorbe un flux important de frontaliers chaque jour. Un apport pour l'économie.

La douane de Bardonnex aux portes sud de Genève absorbe un flux important de frontaliers chaque jour. Un apport pour l'économie.

Reuters

Réintroduire les contrôles aux frontières menacerait Schengen, mais aussi l'économie. L'étanchéité des frontières en Europe aurait pour conséquence des milliards de francs de perte. La Suisse serait également concernée.

Mi-janvier, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avertissait: «Si quelqu'un veut tuer Schengen, il finira par tuer aussi le marché unique». Pour sauver Schengen, des politiciens, à l'instar du président du Parlement européen Martin Schulz, ont ainsi proposé une juste répartition des réfugiés en Europe.

Mais la réalité est autre. L'économie européenne s'alarme. Car des contrôles renforcés aux frontières ne sont pas seulement synonymes de chicanes pour les touristes. Selon le centre de réflexion Bruegel de Bruxelles, 1,7 million de personnes ne gagnent pas leur vie dans leur pays de résidence. Le surcoût occasionné par l'attente aux frontières est estimé par Bruegel à 3 ou 4 milliards d'euros par année (3,3 milliards de francs à 4,4 milliards de francs) .

Les transports affectés

Les transports de marchandises pâtiraient également des contrôles accrus: «Deux heures de retard peuvent rapidement se transformer en dix ou douze heures, car les chauffeurs doivent respecter leurs temps de repos», explique à l'agence de presse dpa Gunnar Gburek, de l'association fédérale allemande du secteur économie et logistique. Il s'ensuivrait une hausse des coûts fixes pour les expéditeurs.

Martin Wansleben, responsable de la chambre de commerce et industrie allemande DIHK, estime que les pertes occasionnées par les embouteillages, temps d'attente et autres transactions administratives pourraient s'élever à dix milliards d'euros par année pour l'économie allemande (plus de 11 milliards de francs).

Estimations comparables pour la France

Dans une étude récemment publiée, l'institut de recherche «France Stratégie» pronostique également des milliards de pertes. A long terme, l'institut envisage même une baisse du PIB, d'au moins un demi-pourcent, ce qui correspond à dix milliards d'euros (plus de 11 milliards de francs), soit les pertes estimées par le responsable de la chambre de commerce et industrie allemande pour l'Allemagne.

«France Stratégie» se risque à un pronostic pour l'espace Schengen, auquel la Suisse appartient. L'Institut s'attend à un recul du commerce de dix pourcents pour les 26 pays concernés, ce qui correspond à environ 0,8 pourcent du PIB de la zone considérée, soit plus de cent milliards d'euros (110, 6 milliards de francs).

L'étude rappelle qu'il faudrait par ailleurs également compter avec une baisse des investissements et flux financiers étrangers, mais que c'est «difficilement estimable».

L'économie de Bâle assommée

La Suisse, qui a rejoint l'espace Schengen en 2008, a vécu une expérience de contrôles renforcés en 1997 déjà. L'accession de l'Italie à Schengen avait alors occasionné des embouteillages de plusieurs kilomètres pendant plusieurs semaines.

Une collaboration policière intensifiée a permis de résoudre ce problème.

En mars 2004, ce fut au tour de l'Allemagne de mener des contrôles nocturnes à sa frontière avec la Suisse, officiellement suite à une recommandation de Bruxelles.

Aujourd'hui l'inquiétude règne dans la région de l'Oberrhein à propos d'un possible échec de Schengen: «Tout ce qui entrave le trafic pendulaire est dommageable pour l'économie de la région bâloise», selon Franz Saladin, directeur de la chambre de commerce des deux Bâles.

Christoph Münster, président de l'association économique WVIB de Fribourg-en- Brisgau, s'exprime en des termes plus radicaux dans le journal «Der Sonntag im Dreiland»: «La roue tourne à l'envers».

(ats)

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