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Mondial-2022: le rêve brisé des immigrants népalais dans le Golfe (REPORTAGE) KATMANDOU, 17 oct 2013 (AFP) - Deux cercueils provenant notamment du Qatar arrivent en moyenne chaque jour à l'aéroport de Katmandou: ainsi sont rapatriés les corps d'ouvriers népalais qui ont tenté leur chance dans cet Eldorado économique, en pleine préparation pour le Mondial-2022.

Lorsque Dol Bahadur Khadka a trouvé en début d'année un poste de travailleur immigré dans l'émirat, sa femme Durga Devi Khadka, 44 ans, espérait que cette famille de sept personnes échapperait enfin à la misère. Mais il est tombé de l'immeuble sur lequel il travaillait, laissant derrière lui une dette de 1.200 dollars, le montant du prêt qu'il avait souscrit pour partir. "Nous avons tout perdu. C'était notre unique espoir d'un monde meilleur", raconte à l'AFP Durga Devi, qui vit dans le village de Pala, à 230 km à l'ouest de la capitale népalaise. En quelques mois, il avait réussi à renvoyer 13.000 roupies (1.300 dollars). Ses employeurs ont versé 700.000 roupies (7.000 dollars) de dédommagement pour sa mort, somme qui selon la veuve a servi à couvrir les frais d'enterrement. "Il est parti pour soutenir sa famille mais maintenant nous travaillons comme journaliers dans des fermes", raconte-t-elle. Environ un million de Népalais travaillent ainsi en Asie du Sud-est et dans le Golfe persique pour échapper à un marché intérieur du travail dévasté. Le quotidien The Guardian a révélé en septembre que 44 ouvriers népalais étaient morts sur les chantiers du Qatar entre début juin et début août, dénonçant une forme "d'esclavagisme des temps modernes". Les autorités qataries, qui ont mandaté un cabinet d'avocats international pour enquêter, ont jugé le chiffre exagéré. De son côté, la Fédération internationale de football (Fifa), gênée par les controverses suscitées par l'attribution du Mondial-2022 au Qatar, a récemment exprimé sa "sympathie" pour les morts mais souligné que le Qatar avait promis de prendre des mesures. Des déclarations d'intention qui n'émeuvent guère Purna Bahadur Budhathoki, revenu du Qatar il y a quelques semaines. "Je ne retournerai jamais au Qatar", jure-t-il. Journées de 12 heures, températures très élevées, manque d'eau: il affirme avoir souffert le martyr. Comme quelque 300.000 travailleurs du Népal, pays où le taux de chômage avoisine les 50%, Budhathoki a lui aussi été attiré par le Qatar, qui investit des milliards de dollars à travers le monde, et a besoin d'une abondante main d'oeuvre pour construire stades et infrastructures en vue du Mondial. Comme beaucoup de ses compatriotes, ce père de quatre enfants a réuni 1.200 dollars pour payer une agence népalaise et devenir conducteur de bulldozer. Mais quelques jours à peine après avoir commencé un chantier, on lui confisque son passeport et lui refuse un permis de travail. Lorsqu'il se plaint, son chef menace de le faire battre. "Il m'a ordonné de me taire et de travailler. J'ai eu peur et je n'avais d'autre choix que de continuer", raconte-t-il. Lui et ses collègues travaillent du lever du jour jusqu'au coucher du soleil, souvent sans casque et sans gants. On les force à se cacher quand la police fait des inspections. Les nuits, Budhathoki les partage avec 7 autres compatriotes dans une chambre de moins de 8m2. L'immeuble "avait des fissures partout, on avait l'impression qu'il pouvait s'écrouler à tout moment". Désespéré, il alerte finalement son ambassade et réussit à rentrer chez lui après cinq mois de calvaire. Selon une enquête d'Amnesty International, les ouvriers peuvent passer des semaines sans être payés. L'auteur de cette enquête, Rameshwar Nepal, met en cause le système selon lequel les ouvriers doivent demander l'autorisation de quitter une entreprise et permet aux employeurs de confisquer leurs passeports. "Cela ressemble à du travail forcé parce que les employés ne peuvent passer d'une compagnie à une autre offrant de meilleures conditions sans demander l'autorisation" à leur employeur qui détient leur passeport, souligne-t-il. "Dans un camp à Doha, nous avons trouvé des travailleurs qui vivaient sans nourriture depuis une semaine", explique-t-il. "La plupart était des Népalais qui vivaient entassés dans des lits superposés. Il n'y avait pas d'électricité et la chaleur était insupportable". dee/amu/pgf/el/dla

(AFP)

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