Bienne - Forcé de déménager, un artiste fera voter tout un village
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BienneForcé de déménager, un artiste fera voter tout un village

La réalisation du projet «Centre du village Evilard» a été acceptée dimanche par la population. Mais en son cœur, l’immeuble loué à Kardo Kosta pour son atelier fera l’objet d’une autre votation.

par
Vincent Donzé
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L’entrée est libre.

L’entrée est libre.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Vue sur la rue des Âges.

Vue sur la rue des Âges.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Kardo Kosta est un grand voyageur.

Kardo Kosta est un grand voyageur.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Avec sa barbe blanche nouée quatre fois, Kardo Kosta ne passe pas inaperçu. Depuis cinq ans, cet artiste argentin vit à Evilard, un village comme posé sur un balcon, relié à Bienne par un funiculaire. Face à la station, son atelier est situé au cœur d’un projet accepté dimanche dernier. Mais il n’en fait pas partie.

Les citoyens qui ont accepté un crédit d’engagement de 2,6 millions de francs pour réaliser le projet «Centre du village Evilard» pensent-ils avoir réglé le sort de son atelier? Kardo Kosta en est convaincu, lui qui accuse les autorités de désinformation.

Sécuriser le centre

Le projet accepté par 68,33% des suffrages valables prévoit des rénovations s’étendant de la place de jeu au chemin des Âges. La route cantonale qui traverse le village sera rétrécie afin d’élargir le trottoir et de modérer le trafic. Une zone 30 km/h sera instaurée.

Pour la Municipalité, il s’agit de sécuriser le centre du village et de favoriser les rencontres. Les travaux s’étendront jusqu’en 2024. Mais au cœur du village, Kardo Kosta gère un atelier qu’il n’a pas l’intention d’abandonner: le référendum lancé en faveur de son maintien est soutenu par 250 signataires, largement assez pour déboucher sur une votation populaire.

Emplacement «idéal»

Au chemin des Âges, Kardo Kosta nomme son atelier expérimental «El sueño del pibe», «Le rêve du môme». Mais c’est au profit des adultes que les autorités veulent favoriser la construction d’un immeuble locatif comprenant un foyer adapté aux personnes à mobilité réduite, en vendant le terrain à un promoteur, PG Immoservice SA Bienne.


«L’emplacement est idéal et la commune en a un urgent besoin dans le cadre de la politique du troisième âge. Les personnes âgées doivent souvent quitter la commune faute d’un foyer adapté à la mobilité réduite», a expliqué à «Biel Bienne» la mairesse d’Evilard/Macolin, Madeleine Deckert.

Offre d’achat


En intégrant l’atelier en 2017 et l’appartement en 2019, Kardo Kosta et son épouse Marisa savaient que la location était provisoire, le site étant promis à la démolition à partir d’avril-mai 2022. Louer un local dans le futur bâtiment, c’est une proposition que l’artiste argentin a déclinée.

Là, au-dessus de la route principale, Kardo Kosta travaille dans une enfilade de pièces utilisée autrefois par un installateur sanitaire. Le complexe acheté 1 120 000 francs en trois phases est revendu 300 000 francs à l’investisseur, soit 526 francs le m2, sous déduction de 200 000 francs de frais de démolition. Un scandale selon Kardo Kosta, qui a vu son offre d’achat au même prix refusée.

Un mois pour convaincre

Le sort de son atelier sera scellé le 13 juin prochain. Kardo Kosta a un mois pour convaincre ses concitoyens, mais son esprit est ailleurs, dans les préparatifs de la prochaine Triennale de Granges (SO) consacrée à la gravure xylographique, avec 820 participants internationaux annoncés du 10 au 26 septembre prochain.

Spécialiste de land art, Kardo Kosta s’est distingué il y a deux ans avec une exposition en plein air qui invitait les femmes à avoir avec leur vagin la même relation qu’avec leur visage. Dans la forêt, les photos de trois vulves étaient suspendues dans un massif de sapins, un hommage à la féminité réalisé par la photographe Bea Eggli.

«Espace unique»

Pourquoi tenir tant à l’atelier loué à Evilard? «La porte et toujours ouverte: c’est un espace unique ouvert aux artistes: peintres, sculpteurs, musiciens…», répond Kardo Kosta, installé en Suisse depuis 26 ans. Il y a chez lui de la place pour tout faire, ici de la couture, là de la gravure, avec une chambre rénovée qui sert de résidence d’artiste.

«Le centre d’Evilard, culturellement, c’est Bienne», résume l’artiste argentin. Façon de dire qu’avec sa galerie, il en fait autant pour la communauté que le promoteur d’un immeuble de 27 appartements dont la nécessité n’est selon lui pas démontrée.

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