Volcans – En Islande, on va forer pour mieux cerner le magma
Publié

VolcansEn Islande, on va forer pour mieux cerner le magma

Afin de prédire des éruptions, des scientifiques creusent au pied d’un volcan islandais. L’observation de la roche en fusion peut permettre beaucoup de choses.

C’est par accident qu’en 2009, pour développer les capacités de la centrale géothermique installée sur Krafla depuis 1977, un forage perfora une poche de magma à 900°C à une profondeur de 2,1 kilomètres.

C’est par accident qu’en 2009, pour développer les capacités de la centrale géothermique installée sur Krafla depuis 1977, un forage perfora une poche de magma à 900°C à une profondeur de 2,1 kilomètres.

AFP

Avec son cratère rempli d’une eau bleu turquoise, ses fumerolles d’où jaillissent vapeur, soufre et eau boueuse bouillante dans une odeur d’œuf pourri, le volcan Krafla est une des merveilles naturelles de l’Islande, trônant au nord-est de l’île. C’est là qu’une alliance internationale s’apprête à forer à plus de deux kilomètres de profondeur, directement dans le volcan, afin d’y créer le premier observatoire de magma souterrain au monde, un projet à la Jules Verne qui a aussi des visées énergétiques.

Lancé en 2014 et avec un premier forage prévu en 2024, ce grand plan, estimé à 100 millions de dollars (92,3 millions de francs), est porté par des scientifiques et des ingénieurs de 38 instituts de recherche et entreprises de onze pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.

Trois rencontres «fortuites»

Baptisé «Krafla Magma Testbed», il vise à atteindre une poche remplie de magma. Car contrairement à la lave de surface, la roche en fusion à des kilomètres de profondeur reste une terre inconnue. «Il n’existe aucun observatoire de ce type, et nous n’avons jamais observé du magma souterrain, en dehors de trois rencontres fortuites lors de forages à Hawaï, au Kenya et en Islande», explique Paolo Papale, vulcanologue à l’Institut national italien de géophysique et de vulcanologie et associé au projet.

«Nous n’avons jamais observé du magma souterrain, en dehors de trois rencontres fortuites lors de forages à Hawaï, au Kenya et en Islande.»

Paolo Papale, vulcanologue à l’Institut national italien de géophysique et de vulcanologie

Le projet vise à la fois à des progrès en science fondamentale, dans l’exploitation de l’énergie géothermique dite «superchaude», ainsi que la prédiction d’éruptions volcaniques et leurs risques. «Savoir où le magma se trouve est vital pour être bien préparé», souligne Paolo Papale. «Sans cela, nous sommes presque aveugles.»

La première phase du forage, qui doit coûter 25 millions de dollars (23,08 millions de francs) et prévoit plusieurs trous d’exploration autour et en dessous du magma, devrait débuter en 2024. Le forage, maintenu ouvert, permettra d’atteindre le magma et de prélever des échantillons.

Grâce à un accident

C’est à la suite d’un accident que l’idée est née. En 2009, pour développer les capacités de la centrale géothermique installée sur Krafla depuis 1977, un forage perfora une poche de magma à 900°C à une profondeur de 2,1 kilomètres. De la fumée est alors sortie à la surface, de la lave est remontée de quelques mètres dans le conduit, endommageant le matériel de forage. Heureusement, personne n’a été blessé, et les vulcanologues ont désormais à portée de foreuse une poche de magma estimée à 500 millions de mètres cubes.

L’accident s’est aussi révélé plein de promesses pour Landsvirkjun, la compagnie islandaise d’électricité, qui exploite le site. À des kilomètres sous terre, la roche y atteint des températures si extrêmes que les fluides rencontrés sont dits «supercritiques», c’est-à-dire au comportement intermédiaire entre l’état liquide et gazeux. L’énergie produite y est de cinq à dix fois plus importante que dans un puits conventionnel. Lors de l’accident de 2009, la vapeur remontant à la surface a atteint 450°C, du jamais-vu.

Comme piquer un éléphant avec une aiguille

La possibilité que l’opération déclenche une éruption volcanique est une «inquiétude naturelle», selon John Eichelberger, professeur émérite de géologie et de géophysique, à l’Université d’Alaska, mais elle équivaut selon lui à «piquer un éléphant avec une aiguille». «Une douzaine de trous ont touché du magma à trois endroits différents dans le monde, et rien de grave ne s’est produit», plaide-t-il.

(AFP)

Votre opinion

0 commentaires