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F1,PREVFormule 1 - Malgré la crise, le "Club des Piranhas" ne lâche rien (PAPIER D'ANGLE)

Par Daniel ORTELLI Austin (Etats-Unis), 1 nov 2014 (AFP) - La profonde crise que traverse la Formule 1, avec la faillite des écuries Marussia et Caterham, ne devrait pas être résolue par les patrons des grosses écuries, autrefois surnommés "le Club des Piranhas", peu désireux de mieux partager le gâteau.

La situation est bloquée et c'est apparu clairement vendredi, lors d'une conférence de presse à rallonge devenue une séance de psychanalyse de groupe, en public, avant le Grand Prix des Etats-Unis dimanche. On était à Austin, au Texas, mais c'était digne d'Hollywood, avec un casting parfait: deux "méchants", Toto Wolff (Mercedes-AMG) et Eric Boullier (McLaren), et trois "gentils", Gérard Lopez (Lotus), Monisha Kaltenborn (Sauber) et Vijay Mallya (Force India). A tout seigneur tout honneur, le ton avait été donné par le pape de la F1, Bernie Ecclestone, 84 ans et trois jours, dans un entretien exclusif à Sky Sports F1. "Peut-être qu'on va descendre à 14 pilotes sur la grille (en 2015), si on perd encore deux équipes. Mais si c'est le cas, ce ne sera pas un drame", déclarait "Mister E". Quelques heures plus tard, le couvercle de la cocotte-minute commençait à sauter. Question à Boullier et Wolff: "Etes-vous prêts à abandonner une partie des bonus que vous touchez avant le début de la saison pour égaliser les chances en F1? Réponse de Boullier: "Non", et additif de Wolff: "Tout le monde rit, mais c'est pour ça qu'il est payé, pour apporter de la performance à son équipe, au niveau sportif et financier. Je ne connais aucun entrepreneur qui refuserait de l'argent." Petit problème: les nouveaux Accords Concorde n'ont toujours pas été finalisés, validés et signés par toutes les parties concernées. Alors, depuis 2012, tout se négocie en coulisses, à la tête du client, en direct avec le patriarche Ecclestone, pendant que la Fédération internationale de l'automobile (FIA), garante de l'équité sportive de sa catégorie-reine, ferme les yeux. Or il n'y a plus d'équité sportive, car il y a trop de bonus confidentiels pour les gros, trop de charges et pas assez de revenus commerciaux pour les petits. Du coup, les écarts se creusent et la domination de Mercedes-AMG a succédé à quatre ans de domination de Red Bull Racing. "On n'est peut-être pas à 80% des revenus pour 20% des acteurs de la F1, mais on n'en est pas loin. Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais dans la répartition actuelle" des revenus commerciaux de la F1, a résumé Gérard Lopez, patron de Lotus F1 et du fonds d'investissement Genii Capital. La principale différence avec les années 70, quand la F1 a commencé à se développer grâce à Ecclestone, c'est que le plateau n'est plus constitué d'une dizaine d'artisans géniaux, aux moyens comparables, pour la plupart des amis de longue date, les Colin Chapman, Ken Tyrrell et consorts. Ils se battaient sur la piste mais se respectaient. "Nous avons des objectifs différents, car en F1 aujourd'hui il y a des multinationales (les gros, comme Mercedes, ndlr) et des entrepreneurs (les petits, comme Force India et Sauber, ndlr). Donc c'est normal que nous ayons du mal à nous mettre d'accord, car nos intérêts sont divergents", a résumé Wolff. Problème: seuls les gros sont dans le "Strategy Group" créé pour trouver des solutions à la crise de la F1. Résultat: aucune proposition concrète depuis six mois. La crise s'aggrave de jour en jour et la prochaine équipe sur la liste noire est forcément Sauber, en grande difficulté. Le N.2 de Force India a une hypothèse, révélée vendredi à la BBC. "La F1 est à un tournant. Il y a forcément un plan, c'est clair. Deux écuries ont disparu, il faut encore combien de faillites pour qu'ils atteignent leur objectif?", a demandé Robert Fernley, pour qui "le format sera forcément différent en 2015". Le plan secret, c'est peut-être huit écuries de trois voitures. On le saura bientôt... dlo/ol/mam

(AFP)

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