20.01.2020 à 15:47

Hockey sur glaceFR Gottéron: c’est quoi le problème?

Les Dragons sont actuellement au point de rupture. Sur la glace bien sûr, mais également dans le vestiaire. On détaille.

par
Grégory Beaud
FR Gottéron est actuellement dans une mauvaise position.

FR Gottéron est actuellement dans une mauvaise position.

Keystone

Vendredi soir, Christian Dubé, entraîneur et directeur sportif des Dragons, a publiquement mis ses joueurs devant leurs responsabilités après la secouée ramassée par son équipe à Davos (7-2). Sans prendre de gants, l’homme fort de la BCF Arena a tenté de provoquer un électrochoc. Jurons et mots crus ont servi de ponctuation dans les propos du Canado-Suisse. Le but était probablement de piquer au vif son vestiaire. Un moyen de se laver les mains et de se désolidariser de l’échec qui pend au nez de son équipe? C’est une lecture. «Nous ne l’avons pas pris ainsi, dans le vestiaire, nous a confié un Dragon. Quand tout va bien, il vous le dit, non? Il nous a tenu plus ou moins le même discours, vous savez. On n’a pas été surpris. Nous l’avons pris comme un challenge de sa part. Il sait que nous pouvons faire mieux.» Malgré sept blessés, FR Gottéron a d’ailleurs répondu présent le lendemain (défaite 2-3 ap contre Berne). Preuve que la stratégie de communication de Christian Dubé a peut-être fonctionné.

Mais la réalité du jour est tout de même inquiétante. Avec six points de retard sur la barre, les Fribourgeois sont désormais dos au mur. S’ils peuvent évidemment encore s’en sortir, ils devront gagner huit de leurs quatorze derniers matches pour arriver à 70 points, un total qui devrait être suffisant pour disputer les play-off. Impossible? Non. Difficile? Oui, ce d’autant plus qu’ils ne jouent plus que six matches à domicile contre huit à l’extérieur. Cette provisoire onzième place met en lumière plusieurs problèmes majeurs. Voici les principaux.

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Sprunger et Bykov ne font plus la différence

Depuis que Julien Sprunger est arrivé dans l’élite, il a presque toujours été la solution aux maux fribrougeois. Et c’est peut-être le principal problème. Cette Sprunger-dépendance n’a jamais été soignée. En 2016-2017, le No 86 était sur la glace lors de 60.16% des buts des Dragons (source: nlicedata.com). Si d’un point de vue comptable, son championnat actuel est correct (22 matches, 15 points), son impact est désormais moindre. Freiné en tout début de saison par une blessure au genou, il a mis du temps à revenir au premier plan. Andrei Bykov, lui, vit également un exercice compliqué. Actuellement blessé (commotion), il n’a inscrit que 12 points en 26 matches. Le binôme n’est plus capable de décider un match à lui seul.

Alors qui? En signant Samuel Walser pour quatre ans en 2018, Christian Dubé pensait avoir mis le grappin sur un futur joueur offensivement dominant. A 25 ans, l’ancien joueur de Davos paraissait en effet avoir une marge de progression importante. Problème? Le potentiel décelé n’a jamais éclaté. Pis, cette saison il ne compte que huit points à son compteur en 32 matches. Au lieu d’avoir le profil d’un centre offensif de deuxième ligne, il a un rôle surtout défensif plus bas dans l’alignement. Cet engagement était une erreur.

Le constat n’est guère plus réjouissant pour Matthias Rossi. Lui aussi avait été engagé dans l’optique de donner une profondeur à l’attaque. Après un premier exercice (2017-2018) porteur d’espoir avec 14 buts, il est peu à peu rentré dans le rang. Aujourd’hui, FR Gottéron peine à trouver des marqueurs et les deux principaux renforts offensifs recrutés ces dernières années ne sont pas à la hauteur des attentes. Problème? Le marché n'est guère fourni en la matière et même un Matthias Rossi s'est retrouvé très courtisé, notamment par Zoug. C'est dire...

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Emotions négligées

Mark French a été licencié en tout début de saison.

Mark French a été licencié en tout début de saison.

Dire que FR Gottéron est un endroit à part n’est pas péjoratif. A la BCF Arena, les émotions y jouent un rôle majeur et les suiveurs se rappellent évidemment des folles soirées qui ont vu les équipes de Serge Pelletier terminer à la huitième place de la saison régulière et successivement faire tomber Zurich et Berne, vainqueurs de la saison régulière. En engageant Mark French, Christian Dubé avait à cœur d’offrir une assise défensive à son club. Après une première année marquée par une qualification en play-off (défaite 4-1 contre Lugano en quart), le Canadien n’a jamais réussi à se départir de la rigidité qui lui avait valu ce poste. Problème? Le contrat de l’Ontarien avait été prolongé jusqu’en 2021 au début de la saison 2018-2019. Malgré des joueurs offensivement plus intéressants, French n’est jamais parvenu à faire vibrer la BCF Arena. Le début de saison totalement raté est l’une des conséquences de cette décision. Et les Dragons ne s’en sont relevés qu’avec peine. On ne répétera jamais assez l’importance d’un début d’exercice réussi. Et la difficulté dans laquelle se trouve FR Gottéron aujourd’hui prend racine en septembre 2018.

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Aucune profondeur en attaque

Samuel Walser est incertain pour ce week-end.

Samuel Walser est incertain pour ce week-end.

Le week-end prochain, FR Gottéron risque de se présenter face à Ambri avec un effectif terriblement réduit puisque Bykov, Rossi, Desharnais ne seront pas rétablis. Sprunger sera probablement suspendu, tandis que Boychuk et Walser sont incertains. Lorsque Bienne a dû faire face à un nombre record de blessures, les Seelandais ont pu puiser dans leur vivier pour colmater les brèches. Ainsi les Roman Karaffa, Simon Wuest, Elvis Schläpfer, Gilian Kohler et autres Ramon Tanner ont permis à Antti Törmänen de proposer un alignement plus ou moins complet. A Fribourg, l’absence de relève a longtemps été problématique. La donne change doucement puisque Sandro Schmid s’est fait une place dans la première équipe et que Mathys Mojonnier et Nicolas Hasler sont ponctuellement venus faire le nombre. Là où la politique de formation de GE Servette est louée aux quatre coins de la Suisse, les Dragons, eux, ont encore un retard à combler. Dans une saison sans la moindre anicroche, cela serait probablement passé inaperçu. Aujourd’hui, c’est par contre manifeste.

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Un budget en baisse

Hubert Waeber vit sa première saison à la présidence du club.

Hubert Waeber vit sa première saison à la présidence du club.

Au moment où les dirigeants ont planifié la rénovation de leur patinoire, ils ont réduit l’enveloppe allouée à la première équipe. Soucieux de passer sans encombre ces deux années charnières, ils ont préféré jouer la carte de la sécurité. Selon le rapport d’exploitation de la SA, la masse salariale est passée de 12,537 millions en 2016-2017 à 11,211 millions en 2018-2019. Il ne s’agit là pas que de l’argent dévolu à la première équipe. Mais cette baisse significative a grandement touché la division sportive du club. Dans une période au cours de laquelle les budgets sont en hausse quasi exponentielle partout ailleurs, le surplace fait par FR Gottéron ne pouvait pas être sans conséquence. L’absence de profondeur en attaque (point ci-dessus) est une conséquence directe de ce choix. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le nouveau président Hubert Waeber a immédiatement annoncé injecter un million supplémentaire dans la première équipe en vue du prochain exercice sitôt sa prise de pouvoir.

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Une ligne de centres trop faible

Chris DiDomenico débarquera la saison prochaine dans le but de renforcer FR Gottéron.

Chris DiDomenico débarquera la saison prochaine dans le but de renforcer FR Gottéron.

Lorsque Christian Dubé a décidé d’engager Chris DiDomenico pour 2020-2021, un centre, comme cinquième étranger, il a admis une carence de son effectif. Celle d’avoir une colonne vertébrale trop faible. Andrei Bykov et Samuel Walser déçoivent dans des rôles clés. Dès lors, une réaction était nécessaire. Samedi, face à Berne, l’entraîneur et directeur sportif a aligné Sandro Schmid, Nathan Marchon et Flavio Schmutz aux postes de centres. Difficile, dans ces conditions d’avoir du succès. La saison prochaine, il se peut bien que «DiDo» et David Desharnais soient les deux premiers noms inscrits sur la feuille de match par le futur entraîneur. En repoussant ainsi Bykov et Walser aux lignes No 3 et 4, FR Gottéron n’en serait que bonifié. Pour l’heure, ce constat paraît immuable. Jusqu’au terme de la saison, les Fribourgeois seront trop légers à un poste clé. Cela n’explique pas tout, mais c’est une raison majeure.

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