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DopageFrance 98: Toujours au stade du fantasme

Malgré les rumeurs, la commission d’enquête n’a pas égratigné les champions du monde français de 1998. Restent les auditions de Marie-George Buffet et de Jean-Marcel Ferret. Extraits.

par
Mathieu Aeschmann
L'équipe de France 1998 championne du monde.

L'équipe de France 1998 championne du monde.

AFP

La rumeur prend souvent ses désirs pour la réalité. Alors, depuis quelques jours, elle promettait dans un réflexe presque vengeur que le rapport d’enquête du Sénat allait épingler les footballeurs en haut d’un pilori trop souvent réservé aux seuls cyclistes.

Pour sa proximité géographique et temporelle avec la liste des dopés du Tour, France 98 incarnait le suspect idéal. Des soupçons qui, ce matin, retrouvent leur statut historique: celui du fantasme.

Restent néanmoins quelques zones d’ombre, évoquées à travers les auditions de l’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet et de Jean-Marcel Ferret, médecin des Bleus à cette époque. Tenue à huis clos, l’audition de Didier Deschamps n’a par contre pas été publiée.

LE CONTRÔLE INOPINÉ DE TIGNES

Le 26 décembre 1997, le Ministère des sports diligente un contrôle inopiné lors du stage (en famille) de l’équipe de France à Tignes.

M.-G. Buffet: «J’avoue avoir flanché dans les heures qui ont suivi, me demandant si je n’avais pas commis une erreur. J’ai eu le sentiment que nous étions isolés et condamnés par l’opinion publique pour avoir perturbé l’équipe de France dans sa préparation à la Coupe du monde.»

J.-M. Ferret: «On n’a pas refusé le contrôle. Il a eu lieu. Tous les joueurs sont venus. (…) six joueurs, pour autant que je me souvienne.»

Ce contrôle inopiné mal vécu par la délégation a-t-il valu des pressions au ministère?

M.-G. Buffet: «Le seul moment où j’ai senti que ma volonté s’infléchissait, du fait d’une trop forte pression, c’est après le contrôle inopiné de Tignes.»

J.-M. Ferret: «Je pense que la fédération a dû monter au créneau, mais c’était aussi sa faute (ndlr: la ministre)! (…) Comme je le disais, si cela a suffi pour empêcher d’autres contrôles, c’est dommage!»

En 1997, 17 joueurs avaient été contrôlés sous l’égide du ministère, lequel abandonnera ses tests en 1998. Durant le Mondial, 14 Français sont par contre astreints au test urinaire FIFA après les matches.

LA QUESTION DU TAUX D’HÉMATOCRITE

J.-M. Ferret: «Oui, le taux d’hématocrite d’un certain nombre de joueurs était élevé, mais c’était le cas en permanence. Je ne pense pas pour autant qu’ils prenaient de l’EPO à jet continu!»

Le rapporteur Lozach lui rapporte alors le taux de Didier Deschamps (51,9) divulgué lors du procès de la Juventus.

«Je n’ai jamais enregistré de tel taux en équipe de France pour ce qui le concerne. (…) Je ne sais pas ce qui s’est passé à la Juventus. Ainsi que je le disais, certains pays médicalisent beaucoup. Les Italiens sont dans ce cas. Là où nous donnons un comprimé, ils font une piqûre, voire une perfusion.» 

«Nous disposions de marqueurs indirects et sommes allés bien plus loin, ce taux d’hématocrite m’ayant également interpellé les premières fois. Un peu plus tard, on a même dosé l’EPO. On s’est aperçus que les signes indirects – notamment les taux de réticulocytes – étaient dans les normes. (…) Je suis peut-être un grand naïf, mais je n’ai rien vu d’anormal.»

Pourquoi les échatillons ont-ils été détruits?

Les échantillons urinaires prélevés lors de la Coupe du monde 1998 ont tous été détruits par la FIFA.

Jacques de Ceaurriz, ancien directeur du laboratoire parisien de Châtenay-Malabry, avait expliqué à nos confrères de L'Equipe qu'un officiel de la FIFA avait insisté pour assister personnellement à la destruction de tous les échantillons.

Aux débuts des années 2000, Michel D'Hooghe, déclara que «la Coupe du Monde 1998 fût celle de l'EPO», avant de revenir sur ses propos...

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