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CyclismeFroome et Thomas: les «frères» de vélo passent au révélateur

Coéquipiers depuis dix ans, Geraint Thomas et Chris Froome sont toujours en tête du général alors que le peloton attaque les Pyrénées. Si la position de Sky est enviable, ses éléments de langage dissimulent le plan exact.

par
Stéphane Combe
Carcassonne
Chris Froome et Geraint Thomas restent mystérieux.

Chris Froome et Geraint Thomas restent mystérieux.

AFP

L'amour, c'est rouler à deux. Mais quand 150 adversaires, des milliers de journalistes et des millions d'yeux curieux vous observent avec la même assiduité que Froome son compteur, la balade ne s'effectue pas tout à fait dans la même sérénité. La situation est pourtant idéale: Thomas mène avec un confortable matelas sur Froome, quadruple vainqueur de la Grande Boucle, qui n'est lui-même jamais aussi fort qu'en troisième semaine d'un Grand Tour.

Parler d'une relation particulière entre les deux hommes n'est pas galvaudé: les deux hommes se côtoient depuis leurs jeunes années, où l'anonymat a marqué leur passage à Barloworld (2008) avant le succès explosif que l'on connaît chez Sky (dès 2010). Ils sont amis, c'est un fait, autant que l'on peut l'être dans pareil contexte.

Ces derniers jours, staff et coureurs ont trouvé bien des métaphores pour s'extirper des interrogations qui pleuvent. Surtout via le poète en chef Nicolas Portal. Directeur sportif de l'équipe, le Français a dégainé ses plus belles tirades. La semaine dernière, quelques minutes après la victoire de Geraint Thomas au sommet de la Rosière, il prenait un air grave en expliquant que «dans la vie comme en sport, vous savez, quand on voit des choses justes, elles se respectent. »

«Deux enfants bons à l'école»

Sous-entendu, tant que «G» (le surnom de Geraint Thomas) sera là, personne ne le sacrifiera sur l'autel de la gloire de «Froomey» (le surnom de Chris Froome), au nom d'un palmarès ou d'un statut. «Je sais que c'est compliqué à comprendre, on supporte Chris et on a envie de supporter Geraint. Il n'y a pas de choix à faire, les deux sont là.»

Hier lors de la journée de repos, les bons mots fleurissaient encore. Portal: «Lorsque vous avez deux enfants qui sont bons à l'école et que vous ne disposez que d'une seule bourse, parfois c'est injuste que le père ou la mère privilégie l'un des deux enfants.»

Le message est passé. Du moins en théorie. Puisque Thomas le confirme avec un sourire et un flegme sorti tout droit de chez Sa Majesté: «Nous sommes toujours bons amis.... enfin pour l'instant». Froome, beau joueur, confirme la stratégie: «Tant qu'il y a un Sky au sommet du podium à Paris, je serais content. Vous dites que Geraint est mon principal adversaire pour gagner un cinquième Tour? Eh bien ce n'est pas mon avis.» Il ne faut probablement pas le croire, mais c'est le discours qu'il fallait tenir à ce moment-là, dans ce contexte-là.

A Lourdes, un miracle?

Geraint Thomas craquera-t-il à la régulière? Chris Froome ira-t-il chercher le maillot jaune dans les Pyrénées, voire lors de l'ultime chrono - ce qui arrangerait bien la Sky? Que fomente Dave Brailsford au petit-déjeuner ou sous la douche, lui le manager et cerveau du team, qui dit se contenter que «l'un des deux l'emporte» ?

Si leur double domination a éclaté au grand jour dans les Alpes, il leur faudra jouer finaud: derrière eux, le confirmé Tom Dumoulin, l'épatant Primoz Roglic ou encore le chouchou du public Romain Bardet ont encore de belles cartes à jouer. Même si l'espoir a fortement diminué.

Vers Bagnères-de-Luchon mardi (218 km en montagne), lors d'une étape-sprint de tous les dangers mercredi (65 km, la plus courte de ces trente dernières années!), ou encore dans l'Aspin, le Tourmalet et l'Aubisque vendredi, Sky aura surtout un adversaire de taille: le public. Lequel, s'il est aussi chaud que dans les Alpes, n'a pas fini de prier à leur défaite. D'ailleurs, la 19e étape, vendredi, s'élancera de Lourdes. Pour leurs adversaires, ce n'est pas de trop dans la quête d'un miracle.

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