15.09.2020 à 06:03

BerneFusion UBS/Credit Suisse: le Parlement se méfie d’une «banque unique».

La rumeur d’une fusion entre les deux grandes banques suisses rappelle de mauvais souvenirs au Parlement. Si elle ferait sens au plan international, en Suisse, elle créerait une situation critique.

par
Eric Felley
Pour beaucoup au parlement, la fusion créerait un établissement encore plus «too big too fail» et serait risquée.

Pour beaucoup au parlement, la fusion créerait un établissement encore plus «too big too fail» et serait risquée.

DR

Les murs du Parlement se souviennent encore de ce mois d’octobre 2008, où le Conseil fédéral et la BNS avaient dû sauver UBS de la faillite dans les suites de l’affaire Lehmann Brothers. Il avait fallu injecter 60 milliards de francs pour l’éviter. C’est alors qu’était apparue la notion de «too big too fail», trop grande pour faire faillite. La plus grande des banques suisses représentait alors un risque «systémique» pour l’économie suisse.

Le doyen du conseiller national, Jean-Pierre Grin (UDC/VD), s’en souvient. Il siégeait depuis une année seulement à Berne. Il ne voit pas d’un bon œil la perspective d’une fusion d’UBS et du Credit Suisse, telle qu’annoncée lundi par des rumeurs venant de Zurich Paradeplatz: «On créerait une banque Mammouth, qui va augmenter le risque de too big to fail. Il faudra mettre alors des règles encore plus drastiques pour ne pas mettre en danger toute notre économie derrière un tel établissement. Je remarque que c’est la diversification de notre économie, ces multitudes d’entreprises, qui font la solidité de ce pays. Le monde bancaire devrait s’en inspirer. De plus, à chaque fois qu’il y a des concentrations de banque, le pouvoir de décision s’éloigne un peu plus des clients.»

La crainte d’une «banque unique»

Annoncé comme le futur président de l’USAM, Fabio Regazzi (PDC/TI), membre de la Commission de l’économie et des redevances (CER), est frappé par l’effet d’annonce: «C’est une bombe! À ce stade, je ne sais pas si c’est seulement une rumeur ou s’il y a quelque chose de concret. Mais, s’il y a des discussions à ce niveau, cela démontre les changements importants que le monde bancaire a connus depuis dix ans. Le défi est au niveau mondial». Le Tessinois veut bien prendre en compte les enjeux internationaux, mais il craint les effets à l’intérieur du pays: «On a déjà perdu beaucoup de banques et avec seulement une grande cela réduirait l’offre sur le marché domestique». Un de ses collègues a cette formule «On ne doit pas aller vers une banque unique en Suisse». Pour le chef du Groupe socialiste Roger Nordmann (PS/VD): «Ce sera un test pour nos autorités de la concurrence».

Autre membre de la CER, l’économiste Samuel Bendahan (PS/VD) observe: «On demeure dans une logique de concentration de grandes entreprises. Sur le plan international, cela ne me surprend pas que cette fusion puisse être envisagée, mais sur le plan suisse cela a quelque chose de choquant. Plus les sociétés sont grandes, plus les entités sont grosses, plus elles échappent au contrôle démocratique et politique». Pour le président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard (PS/VD): «Ces grandes fusions sont rarement bénéfiques pour les salariés et l’intérêt général».

Une question de profit

Une telle fusion se justifierait-elle comme une question de survie face une concurrence mondiale toujours plus grande? «Non, répond sans hésitation Samuel Bendahan, c’est une question de profit. En fusionnant, les actionnaires des banques pensent que cela leur profitera. D’ailleurs, après cette rumeur, le titre a tout de suite bougé à la hausse… Mais parfois, les économies d’échelle ont des limites. C’est bien d’être plus grand, mais ce n’est pas forcément bien d’être gigantesque en termes de gouvernance.»

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9 commentaires
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Henri Philippe

15.09.2020 à 09:32

Le journaliste a oublié d'écrire que c'est de la faute à Trump....

Postfinance

15.09.2020 à 08:24

Si on veut "attaquer" les banques et retenir contre elles le crime de vol en bande et par métier, ainsi que l'association de malfaiteurs, il faut bien qu'elles se groupent.

HatunPuka

15.09.2020 à 07:37

To big to fail. C'est le contribuable qui paie lorsque ces sociétés vont mal mais ces géants ne font jamais profiter le peu le lorsqu'il engrange d'énorme profits. Le citoyen doit donc pouvoir s'exprimer sur le sujet à travers les urnes.