Revenus: Gagnez-vous trop pour être heureux?

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RevenusGagnez-vous trop pour être heureux?

L'argent fait le bonheur, mais seulement jusqu'à un certain seuil: à partir d'un salaire de 7800 francs, la satisfaction de vie diminue, selon une récente étude. Explications.

par
Alexandra Brutsch
En Europe occidentale, le seuil de satiété de revenu a été évalué à 93 700 francs annuels.

En Europe occidentale, le seuil de satiété de revenu a été évalué à 93 700 francs annuels.

iStockphoto/Sezeryadigar

Si votre chef vous offre une augmentation, n'ouvrez pas toute suite le champagne: il pourrait s'agir d'un cadeau empoisonné. Car si un revenu plus élevé rime en général avec un bien-être augmenté, ce n'est pas toujours le cas. Selon une récente étude parue dans la revue Nature human behaviour et menée auprès de plus de 1,7 millions d'individus dans 164 pays, il existe un seuil à partir duquel l'argent ne rend pas plus heureux. Dans cinq des neuf régions étudiées, au-delà de ce fameux montant, gagner plus rendrait même plus malheureux. C'est le cas en Europe occidentale, où le seuil de satiété de revenu a été évalué à 93 700 francs annuels, soit environ 7800 francs par mois.

Stress, exigences et compétition

La diminution du bien-être ne serait pas liée à l'augmentation du revenu en tant que tel, selon Mickaël Mangot, spécialiste de l'économie du bonheur: «Le salaire grimpe en général lorsque l'on obtient une promotion, et il a été montré que celles-ci peuvent faire baisser le niveau de satisfaction, notamment en raison d'une augmentation du temps de travail et d'un stress accru liés à des responsabilités et des exigences plus élevées.»

Une explication également avancée par Dominik Schöbi, professeur de psychologie à l'Université de Fribourg, qui précise que certaines professions bien rémunérées sont en outre marquées par un haut degré de compétition et une tendance à se comparer avec ceux qui ont encore plus de succès, qui gagnent plus.

«Par ailleurs, dit-il, une autre étude récente suggère que le fait de mettre la priorité sur les aspects matériel et financier implique un mode de vie qui laisse moins de temps et d'attention pour cultiver ses relations sociales. Ce qui entraîne notamment une baisse de la satisfaction conjugale.» Reste que pour le psychologue, éviter une hausse de revenu lorsque l'on a atteint le point critique n'est pas forcément la bonne stratégie. «Le seuil de satiété évoqué par l'étude se rapporte à toute une région et ne représente pas précisément la situation en Suisse, et encore moins les cas individuels.»

Priorité aux loisirs ou à la vie sociale

Pour maximiser son bonheur, les deux experts s'accordent sur le fait qu'il faut surtout éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier. «Si son revenu est déjà très satisfaisant, mieux vaut donner priorité aux loisirs ou à la vie sociale, suggère Mickaël Mangot. Paradoxalement, l'humain fait plutôt l'inverse. C'est une sorte de conditionnement: j'ai l'illusion que si X m'a rendu plus heureux, augmenter X me rendra encore plus heureux. Mais en réalité, ce n'est pas le cas.»

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