03.05.2018 à 11:07

NucléaireGare au Tchernobyl flottant!

La Russie a mis à l’eau sa première centrale mobile. Pour l’instant sans combustible, elle fait pourtant déjà peur.

par
Michel Pralong
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La centrale nucléaire flottante «Akademik Lomonosov» s'est arrachée le samedi 28 mai 2018 du chantier naval de Saint-Pétersbourg ou elle était construite.

La centrale nucléaire flottante «Akademik Lomonosov» s'est arrachée le samedi 28 mai 2018 du chantier naval de Saint-Pétersbourg ou elle était construite.

AP/Dmitri Lovetsky, Keystone
Elle devait encore faire une halte à Mourmansk afin d'être chargée en combustible nucléaire.

Elle devait encore faire une halte à Mourmansk afin d'être chargée en combustible nucléaire.

AP/Dmitri Lovetsky, Keystone
Son périple prévoit que l'immense structure contourne la Scandinavie, puis longe l'immense territoire Russe par le Nord.

Son périple prévoit que l'immense structure contourne la Scandinavie, puis longe l'immense territoire Russe par le Nord.

AP/Dmitri Lovetsky, Keystone

Rares sont ceux qui se réjouissent de l’implantation d’une centrale nucléaire dans leur voisinage. Les pays baltes et scandinaves, eux, en voient passer une au large de leurs côtes. L’«Akademik Lomonosov», du nom du fondateur de l’Université de Moscou au XVIIIe siècle, a en effet appareillé des chantiers navals de Saint-Pétersbourg samedi pour contourner la Scandinavie.

Les pays qui se trouvent sur son parcours ont fait part de leurs craintes. Ajoutées aux protestations de Greenpeace, elles ont conduit Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique, à faire partir la centrale à vide, contrairement à ce qui avait été prévu. À la base, les réacteurs devaient être testés à Saint-Pétersbourg. «Essayer un réacteur nucléaire au milieu d’une aire aussi peuplée que cette ville serait pour le moins irresponsable», avait dénoncé Greenpeace.

L’Arctique menacé

Finalement, le combustible nucléaire ne sera chargé qu’une fois la centrale parvenue à sa première escale: Mourmansk. Ville qui compte tout de même plus de 300 000 habitants, rappelle Greenpeace, pour qui l’existence même de cette centrale est une aberration. «La tester loin des regards n’est pas plus encourageant. Une centrale dans l’océan Arctique est une menace pour un environnement fragile déjà touché par le réchauffement climatique.»

Pour la Russie, au contraire, la construction de telles centrales flottantes est écologique. Leur but est d’alimenter en électricité des zones isolées. L’«Akademik Lomonosov» sera en effet tractée l’an prochain jusqu’à Pevek, où elle remplacera une centrale nucléaire et une à charbon construites dans les années 1960. Elle servira aussi à désaliniser l’eau de mer et alimenter en courant des plateformes pétrolières.

Pouvoir déplacer ainsi une centrale énergétique au gré des besoins aurait déjà séduit une quinzaine de pays. La Russie a toutefois assuré qu’elle ne leur vendra pas de centrales flottantes. Elle les déplacera au large des côtes des États intéressés et leur vendra l’électricité qu’elles produisent.

Centrale à toute épreuve

Reste que les antinucléaires s’imaginent déjà avec effroi la multiplication de «Tchernobyl flottants» sur les océans du monde. Le lancement, samedi, de la centrale a provoqué de nombreuses remarques angoissées sur les réseaux sociaux.

Ce qui a eu le don d’agacer les médias russes. Le site Russia Today, par exemple, a qualifié de «frénésie atomique» les comptes rendus occidentaux sur le départ de l’«Akademik Lomonosov». Il rappelle que des dizaines de sous-marins – mais aussi des porte-avions américains – sillonnent déjà les mers avec des réacteurs nucléaires sans inquiéter personne.

Ce que nous confirme le professeur Andreas Pautz, professeur de génie nucléaire à l’EPFL: «Les Russes ont des sous-marins et des brise-glace équipés de réacteur nucléaire. Ils maîtrisent cette technologie. D’après le peu d’informations que nous avons sur les caractéristiques de cette centrale, nous savons tout de même qu’elle est équipée des derniers modèles de réacteurs, les plus sûrs.»

L’agence atomique assure également que l’«Akademik Lomonosov» est à l’épreuve de tout: tsunami, typhon ou attaque terroriste.

Insubmersible, telle était aussi la réputation d’un célèbre navire. Greenpeace n’hésite donc pas à parler de «Titanic nucléaire». L’organisation écologiste met également en doute la finalité même de cette centrale. Si elle peut fournir de l’électricité à 100 000 habitants, pourquoi l’amener à Pevek qui n’en compte que 5000? La Russie anticiperait plutôt la fonte des glaces due au réchauffement, qui permettra une exploitation plus intensive du pétrole dans l’Arctique. Mais pour cela, il faudra de l’énergie. Flottante?

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