26.07.2013 à 10:11

GBGB - Un après les JO, l'Est londonien toujours en friches (PAPIER GENERAL)

Par Jacques KLOPP LONDRES, 26 juil 2013 (AFP) - Un an après, Londres se targue de la réussite économique, sociale et urbaine des jeux Olympiques, mais dans l'Est londonien les retombées tardent à se concrétiser et les loyers s'envolent.

Usain Bolt est en ville et c'est un parfum de 2012 qui flotte dans l'air londonien. Douze mois après le grand barnum, le parc olympique concentré dans l'est déshérité de la capitale rouvre ses portes pour un meeting d'athlétisme assorti de festivités. A terme, il sera rendu à la population avec l'ambition d'en faire un "Hyde Park" de l'Est. Mais aux alentours du site, on est très loin de Chelsea et des beaux quartiers. Si des grues et des immeubles futuristes sont venus s'ajouter au tableau, celui-ci reste d'un gris déprimant sur fond de façades décrépies. Stratford, choisi pour accueillir le principal site des Jeux, figure parmi les coins les plus pauvres du Royaume-Uni avec des problèmes d'insécurité, un chômage galopant et une pauvreté infantile terrible (40% à Tower Hamlets, un des districts). Le comité d'organisation avait vendu sa candidature en déclarant vouloir "transformer en profondeur" ces quartiers, en y consacrant une partie importante des 9,3 milliards de livres (11,5 milliards d'euros) que les Jeux auront coûté au contribuable. "Mission accomplie", n'a cessé de claironner Boris Johnson le marie de Londres ces derniers jours. Outre les retombées économiques faramineuses pour le pays, de l'ordre de 11,4 milliards d'euros à en croire le gouvernement et un "baby boom" inédit depuis 17 ans, il se félicite de la "transformation extraordinaire de l'Est de Londres" qui, selon lui, aurait gagné "70 ans", pas moins, en matière de développement grâce aux Jeux. "Emplois, transports, logements, Westfield, tout ça, ce sont des faits", martèle le maire de Londres. Et effectivement, le site du parc olympique, constitué auparavant de friches industrielles polluées, a changé du tout au tout avec sa gare internationale et son centre commercial, le plus grand d'Europe. Temple du shopping avec ses enseignes internationales et son barbecue brésilien, Westfield est censé incarner le nouveau Stratford, même si ses alentours ressemblent toujours à un gigantesque chantier au milieu d'un désert urbain sans âme. La plupart des habitants vivent de l'autre côté du noeud ferroviaire, dans l'ancien Stratford où on bascule dans un autre monde. Au pied de la passerelle, Norman Williams vend des t-shirts à deux livres et des chaussettes dans le Stratford Center qui, avec sa façade en briques marron, fait tout de suite moins rêver. "Westfield a attiré beaucoup de monde mais on ne souffre pas vraiment de la concurrence. On a moins de magasins chic mais vous savez ici la plupart des gens sont pauvres et ils n'ont pas besoin de Westfield", explique-t-il à l'AFP. Né à Stratford, Williams trouve pourtant que la ville de Londres a fait "du beau boulot", même s'il en est "le premier étonné". Ils sont nombreux à Stratford à être fiers que leur ville ait été "mise sur une carte". "Les jeunes pourront profiter du parc et des installations sportives, une équipe de foot majeure va venir, tout ça c'est excellent pour nous", estime Jo Pearce en parlant de West Ham. Cette équipe deviendra en 2016 résidente du stade Olympique pour un loyer d'environ 2 millions de livres par an. Le revers de la médaille c'est que les autres loyers, ceux des appartements et maisons, flambent en conséquence. A Newham, autre district en souffrance de Stratford, ils ont augmenté d'environ 19% en deux ans, alors que la moyenne sur l'ensemble de Londres navigue en-dessous des 13%. Autour du parc olympique, les appartements avec une chambre à coucher sont loués 300 livres la semaine, un montant exorbitant pour les locaux. 35% des 2.800 appartements du village olympique seront des logements sociaux. Mais une moitié a été vendue au fonds souverain du Qatar, qui a tout intérêt à louer aux prix du marché, qui montent. "Ca c'est clair. Mes voisins ont du partir parce qu'ils ne pouvaient plus payer", dit Harriett Haynes, retraitée, qui est propriétaire de son trois-pièces avec son mari. En fait, les loyers ont anticipé depuis longtemps la réhabilitation annoncée du quartier et repoussent plus loin les locaux à qui on a promis un environnement meilleur dont, en fin de compte, ils ne pourront jamais profiter. jk/dh/fw

(AFP)

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