Verdict de la Commission des transferts: GC et Xamax favorisés grâce aux erreurs de la SFL
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Verdict de la Commission des transfertsGC et Xamax favorisés grâce aux erreurs de la SFL

Une première bourde, grave, aurait pu être corrigée. Au lieu de cela, la SFL s’enfonce via sa Commission des transferts qui tord son règlement. Un précédent grave. Le championnat de Challenge League est-il faussé?

par
Daniel Visentini
Les Zurichois et les Neuchâtelois ont profité des errements de la SFL.

Les Zurichois et les Neuchâtelois ont profité des errements de la SFL.

AFP

L’histoire que nous révélions ici en exclusivité jeudi dernier faisait état d’une incroyable bourde commise par la Swiss Football League. L’organisation faîtière du foot pro en Suisse, qui est en charge de la Super League et de la Challenge League, s’était grossièrement fourvoyée en donnant son feu vert à GC, puis à Xamax, pour radier de leurs contingents deux joueurs (Nadjack et Pasche), alors que son propre règlement l’interdisait formellement.

L’évidence de l’erreur s’étant manifestée tardivement, elle avait alors rétropédalé en replaçant jeudi soir les deux joueurs sur la liste officielle des deux clubs. On allait vers un retour logique à la normale. C’était compter sans la Commission des transferts de la SFL, chargée de rendre un verdict cette semaine.

Contre son propre règlement et contre toute logique sportive, cette dernière a décidé hier de rajouter une couche au premier fiasco: elle a autorisé à nouveau la radiation de Nadjack (GC) et de Pasche (Xamax). Cela permet donc à ces deux clubs de se renforcer (GC l’a déjà fait en engageant Acheffay), là où les autres doivent faire avec ce qu’ils ont. Et c’est tout simplement incroyable.

Les clubs ont des règles pour construire leurs contingents respectifs. En Challenge League, 21 licences au total sont autorisées, avec au maximum 9 joueurs non formés en Suisse (non-htp). Dans les cas Nadjack et Pasche, tout est limpide: aucun des deux joueurs, même en retournant dans tous les sens l’article 18 (dérogation et radiation) du chapitre V (Contingentement), ne peut être radié cette saison. Alors comment la Commission des transferts en est-elle arrivée à la conclusion inverse? Analyse.

L’argumentaire

La Commission des transferts a motivé sa décision comme suit. Elle a dit qu’elle acceptait «à titre exceptionnel et au regard des circonstances très particulières, les requêtes du Grasshopper Club et de Neuchâtel Xamax FCS et radie Nadjack et Alexandre Pasche de leurs listes de contingent respective. Trois lignes qui se courent après sur le site de la SFL, le souci de la discrétion. Aucun explicatif détaillé de la décision. Les considérants du jugement? On les a demandés. Réponse: c’est confidentiel.

On rappelle le règlement. L’alinéa 1 de l’article 18, celui qui a été choisi pour trancher, faute de mieux, dit: «Sur requête motivée d’un club, la Commission des transferts peut en cas de circonstances exceptionnelles (décès d’un joueur, épidémie, par exemple) autoriser des dérogations par rapport au contingentement []». Ici: pas de décès, ni de Nadjack, ni de Pasche. Les deux joueurs sont blessés, c’est tout et cela ne suffit pas: cela arrive dans tous les clubs, à chaque saison.

Il y a le terme «épidémie». Cela peut prêter à confusion avec le foot sous Covid. En l’occurrence, il faut entendre ceci: si une équipe est frappée par une épidémie et qu’elle n’a plus assez de joueurs à disposition, alors on peut envisager une dérogation. Rien à voir ici non plus. GC ou Xamax ne sont pas frappés par une épidémie, sinon par celle qui frappe tout le monde, le Covid. On ne peut donc pas imaginer que cela soit l’excuse invoquée pour le jugement. Enfin, il y a le «par exemple». Cela autorise tout et n’importe quoi. C’est dans ce «par exemple» lunaire que la Commission des transferts a manifestement pioché.

Les motivations profondes

Face à un tel jugement, il faut se poser la question des motivations profondes. La règle est claire: blessés ou pas, Nadjack et Pasche n’avaient pas le droit d’être radiés. Le secrétariat de la SFL, se trompant lourdement, a d’abord autorisé GC, puis Xamax qui profitait de l’erreur initiale, à radier deux joueurs alors que cela contrevenait au règlement. Avant de faire brièvement machine arrière, preuve que la SFL s’est bien rendu compte de l’immense erreur qu’elle avait commise. Sauf qu’ensuite, la Commission des transferts a validé officiellement la bourde du début. Pourquoi?

La peur des conséquences, peut-être. GC ayant obtenu le feu vert qu’il n’aurait jamais dû obtenir, le Néerlandais Acheffay a été recruté par les Sauterelles, avec un contrat en bonne et due forme. Cas d’école: GC devrait maintenant payer un joueur sans pouvoir le faire jouer, si Acheffay n’avait plus le droit de figurer sur la liste du contingent zurichois. Le risque, c’est évidemment que les riches nouveaux propriétaires de Grasshopper engagent une procédure contre la ligue, forts du feu vert fautivement envoyé par la SFL; le risque, c’est qu’Acheffay lui-même attaque la SFL, qui lui interdirait de jouer, alors qu’elle a autorisé son arrivée par une erreur grossière.

Résultat: la SFL, via sa Commission des transferts, fait état de «circonstances très particulières» pour étayer son verdict. On a le droit de lire entre les lignes.

La réaction de la SFL

Marc Juillerat est le chef du secteur juridique de la SFL. Il n’est pas membre de la Commission des transferts, mais connaît bien le cas en question.

«L’alinéa 1 de l’article 18 ne définit pas de manière exhaustive toutes les possibilités de la Commission des transferts pour les circonstances exceptionnelles, explique-t-il. Je pense que la Commission a considéré le fait que GC a déjà engagé un joueur après avoir reçu le feu vert du secrétariat de la SFL, ce qui n’aurait pas dû arriver, et que le club était de bonne foi.»

Il n’y a pourtant qu’une vérité: jamais la Commission des transferts ne se serait trouvée dans la situation de tordre son règlement de la sorte si le secrétariat de la SFL ne s’était pas fourvoyé, en donnant par erreur le feu vert à la radiation de Nadjack, puis de Pasche. Et dans les faits, la SFL rajoute une erreur à une erreur.

Un parfum de scandale

La Commission des transferts est une commission indépendante. C’est noté. Son président est M. Mathias Burnand. Il y a plusieurs membres. Ils ont été trois à prendre la décision si controversée.

Il y a aussi un vice-président: M. Vitus Derungs. De 2016 à 2020, Vitus Derungs faisait partie de Grasshopper en qualité de responsable administratif, chargé du secteur juridique. On s’empresse de dire qu’il n’était pas l’un des trois hommes désignés pour trancher sur ce cas. Mais il y a donc dans cette Commission des transferts un vice-président qui a travaillé pour GC, le grand bénéficiaire de la décision prise par ladite commission. Il n’y a sans doute pas de relation de cause à effet, on ne veut pas l’envisager, on ne remet pas en question la probité de M. Derungs. Cela dit, si des complotistes voulaient y voir une machination, ils ont du grain à moudre.

Le championnat faussé

Le résultat sportif, c’est donc que GC va pouvoir faire jouer Acheffay. Tant mieux pour le joueur, tant mieux pour GC aussi, qui a demandé au préalable à la ligue s’il pouvait radier Nadjack, qui a reçu une réponse positive (et fausse, donc) et qui a procédé en fonction.

La bourde initiale du secrétariat de la SFL va donc permettre à GC d’aligner un renfort (Acheffay) pour remplacer un joueur blessé. Idem pour Xamax, qui a reçu une place supplémentaire pour remplacer Pasche, blessé lui aussi (renfort à venir encore). Cela fausse le championnat. Si la SFL avait fait tout juste dès le début, ce qui est le minimum, en appliquant le règlement sans se tromper, ni GC ni Xamax n’auraient reçu une place supplémentaire pour se renforcer.

Conséquences en vue

Le scénario catastrophe est possible. GC a désormais le droit de faire jouer Acheffay. Il ne va logiquement pas s’en priver. Imaginons un instant qu’un club (Chiasso qui lutte pour le maintien, Thoune, Winterthour ou Stade Lausanne-Ouchy, peu importe), décide en avril, quand Acheffay aura joué plusieurs matches, de saisir le TAS pour attaquer la SFL qui a autorisé tout ça: si le TAS se penche sur la question et donne raison au(x) plaignant(s), cela pourrait prendre une ampleur invraisemblable. Selon nos informations, certains clubs songent déjà à la question.

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