Football: Gelson Fernandes: «Je redoutais cette dernière fois»
Publié

FootballGelson Fernandes: «Je redoutais cette dernière fois»

A l’heure de raccrocher ses crampons, le Valaisan a tenu à inviter la presse pour un moment de convivialité teinté d’émotions. «LeMatin.ch» y était.

par
Sport-Center
Gelson Fernandes discutant ce jeudi avec notamment Christophe Cerf (RTS) et Alain Rohrbach (Teleclub), de profil.

Gelson Fernandes discutant ce jeudi avec notamment Christophe Cerf (RTS) et Alain Rohrbach (Teleclub), de profil.

Voici bientôt deux semaines que Gelson Fernandes n’est déjà plus un footballeur, qu’il a quitté ce milieu qu’il a si bien servi et lui a tant donné en retour sans pour autant définitivement lui tourner le dos. Parce qu’il sait qu’il y reviendra tôt ou tard, dans un rôle restant à définir, sans doute au niveau directionnel. A 33 ans, le Valaisan a simplement basculé dans la catégorie des «anciens joueurs», laissant derrière lui des années d’un bonheur radieux, riche de souvenirs partagés au gré des magnifiques étapes ayant parsemé sa vie de sportif comblé.

Fait rare et plutôt sympathique, le jeune «retraité», après avoir fait ses adieux à son dernier public (celui de Francfort), a tenu à marquer le coup en invitant à sa table quelques journalistes, ceux-là même qu’il avait côtoyés, pour beaucoup d’entre eux, durant toute sa carrière. Et c’est ce qu’il a fait ce jeudi, sur la terrasse du Carlton, à Lausanne, peuplée de représentants des médias (presse écrite, TV ou radio) sur le coup de midi.

Pas de pied gauche mais la tête et le cœur

«Que se soit avec l’équipe de Suisse ou en club, mes deux retraites ont été chaque fois annoncées par un simple communiqué. Mais j’ai eu envie de vous réunir pour partager ensemble un moment de convivialité. Contrairement à ce que peuvent penser beaucoup de joueurs, vous n’êtes pas des ennemis, on partage le même but et l’on vit de la même passion», devait lâcher Gelson en accueillant chaque invité un verre à la main. Avant de convenir dans un éclat de rire: «Quand t'es joueur, tu ne peux pas être pote avec les journalistes!»

Alors bien sûr, on ne tire pas un trait sur 17 ans de professionnalisme sans émotions. «Même si c'est ce que j'avais choisi parce que je voulais arrêter au plus haut niveau, je redoutais, j’appréhendais même cette «dernière fois», de vivre ce moment qui ne reviendra plus. Et cela n’a pas été simple du tout. Quand le coach (ndlr: Adi Hütter) a fait sa dernière causerie et qu’il a ensuite parlé de moi, j’en ai même chialé. Je déteste les au-revoir.»

En plus du Portugal et de la Super League helvétique, Gelson Fernandes a connu quatre grands championnats européens - Premier League, Serie A, Ligue 1, Bundesliga - et partout où il est allé, il a joué, en étant le plus souvent un titulaire indiscutable (520 matches au total). Et pourtant, à l'entendre...«J’ai fait une carrière sans pied gauche, sans jeu de tête, sans jeu long, sans frappe, etc. Mais j’avais la tête et le cœur.» Et des jambes et de la «niaque» aussi.

Gress: «Gelson, vous serez international si vous m'écoutez»

Forcément, les anecdotes affluent, aussi nombreuses que les confidences, cernant le magnifique combattant qu’il était. Des visages remontent à la surface, des paroles aussi, notamment celles que Gilbert Gress lui avait assénées à ses débuts. «Gelson, m'avait-il dit, vous serez international si vous m’écoutez. Et il ne m’a jamais fait jouer! (Rires).» L’intéressé aura au final compté 67 sélections sous le maillot helvétique et disputé un Euro (2016) ainsi que trois Coupes du Monde (2010, 2014, 2018), allant jusqu’à marquer un but pour l’histoire contre les futurs champions du monde espagnols à Durban.

Au moment de tourner la page, ou plutôt un lourd et très important chapitre de son existence, le Valaisan, rentré au pays pour y retrouver les siens (il a construit à Sion), sait qu’une nouvelle vie l’attend. S’il a refusé l’offre de plusieurs clubs, notamment français, lui proposant d’endosser un rôle de directeur sportif à l’heure de la reconversion, c’est pour demeurer auprès de sa fille. «Elle a besoin de son papa, précise Gelson. Je vais aussi aller visiter plusieurs grands clubs en Europe afin d’apprendre auprès des personnes qui sont compétentes. Aujourd'hui, je repars presque à zéro. A l’avenir, je veux continuer à prendre du plaisir. Travailler pour un grand club, c'est mon objectif.»

Le recul aidant, le bonhomme a aussi appris quelques vérités, dont celle-ci: «Les équipes qui prennent l’option de jouer pour gagner finissent toujours par l’emporter et être récompensées sur la longueur…» Dès la rentrée, on retrouvera l’ancien footballeur comme consultant sur «Teleclub», notamment lors des soirées européennes. Il nous étonnerait par contre qu’il se (re)pique encore au jeu pour jouer des prolongations incertaines, en séries inférieures ou chez les vétérans par exemple. «Je ne ferais pas la différence même en 2e ligue, s’amuse-t-il. J’ai besoin d’une équipe qui tourne autour de moi pour exprimer mes qualités.»

Bon vent, Gelson. Et merci pour tout.

Nicolas Jacquier

Votre opinion