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FoodGenève en bocal

Miel 100% naturel, 100% genevois

par
Josiane & Josette
Stéphanie est apicultrice. Elle est apicultrice genevoise. En charge aujourd'hui de 200 ruches disséminées dans le canton, elle met en pot à la main un miel 100% local et 100% naturel. En fait, son boulot c'est de laisser travailler ses abeilles. Et puis c'est tout.

Stéphanie est apicultrice. Elle est apicultrice genevoise. En charge aujourd'hui de 200 ruches disséminées dans le canton, elle met en pot à la main un miel 100% local et 100% naturel. En fait, son boulot c'est de laisser travailler ses abeilles. Et puis c'est tout.

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Nous ne sommes pas des acharnées de l'étiquette. On s'explique. Nous avons un paquet de réflexes, de manies, de névroses, mais lorsqu'un produit nous fait de l'œil du haut de son étagère enrayonnée, nous n'allons pas frénétiquement en lire la provenance et la composition. Shame. Pas encore. N'empêche. Quand on croise sur notre chemin un pot de miel bio dans un magasin bio avec un nom familial, genre «le miel de tonton Robert», on fonce. Le côté terroir, le côté naturel, le côté Papy Bébert qui soigne ses abeilles avec amour et récolte leur précieuse production à la main, on a tout de suite envie de soutenir, de goûter et l'impression de faire juste. Mais ça, c'était avant. C'était avant de rencontrer Stéphanie Vuadens.

Parce qu'effectivement, le fameux miel «sans faute» s'avère être récolté en Italie et mis en pot en France, sans autre indication, sans précision. On entend Jean-Pierre Coffe nous chuchoter dans l'oreille une phrase bien sentie en secouant ses lunettes rondes. Quelle déception ! Avouez qu'on ne peut plus rien avaler sans se demander si c'est vraiment sain, si ce n'est pas cancérigène, si Monsanto et ses sales pattes n'est pas passé par là, si l'étiquette ne ment pas, si c'est vraiment local, mais local ne veut pas dire naturel, et si je m'approvisionne chez mon voisin, qui me dit qu'il n'a pas un pesticide planqué dans ses bottes, qu'est-ce que je vais cuisiner à mes enfants sans qu'il leur pousse une barbichette violette? L'autre jour ils ont mangé un kiwi qui a fait le tour du monde en cargo et POUF, moustachus, tous les deux, hormones de synthèse, BAM ! AAAAaaaaaaaaaaaargggggh!

C'est là qu'on croise une pin up, une tête de gondole, un mannequin en combi: Stéphanie. Elle est obligée de mettre sa tenue de travail, voire son casque de cosmonaute en résille, pour qu'on ne la confonde pas avec une hôtesse d'accueil quand elle vient chez Globus présenter sa production. Elle est apicultrice. Elle est apicultrice genevoise. En charge aujourd'hui de 200 ruches disséminées dans le canton, elle met en pot à la main un miel 100% local et 100% naturel. En fait, son boulot c'est de laisser travailler ses abeilles. Et puis c'est tout.

On ne peut pas dire que Stéphanie est tombée dans la marmite étant petite. Elle menait une carrière bien remplie dans l'industrie pharmaceutique quand, il y a 4 ans, un essaim gigantesque est venu élire domicile dans sa toute nouvelle cabane de jardin. Arachnophobe et pas du tout encline à s'approcher d'insectes grouillant sous ses tuiles, elle fait appel à un apiculteur de la région pour qu'il la débarrasse en douceur de ses squatteuses. Sans avoir un amour inconsidéré pour les bestioles, on sait que les abeilles sont nécessaires à notre écosystème et qu'il faut éviter de les éradiquer. Barricadés chez eux, Stéphanie et sa famille attendent leur sauveur qui débarquera finalement à l'heure de l'apéro.

Dessin original de Lulaloo

Dessin original de Lulaloo

Jusque là tout va bien. C'était sans compter Monsieur, Monsieur le mari, l'ami des bêtes, Noé et son arche réincarné, qui un verre plus tard propose de construire deux ruches sur le toit de la maison. Super!

Du coup, les maisonnettes en bois sont installées avec leurs locataires. Le gentil apiculteur vient s'en occuper... jusqu'au jour où il n'a plus le temps et qu'il faut bien que quelqu'un s'en charge... Ça vous rappelle vaguement l'histoire du cochon d'Inde de votre fils aîné?

Surmontant peur et appréhension, pour faire bonne figure devant ses deux garçons, pour leur transmettre aussi des valeurs chères à son cœur, avec à l'esprit le souvenir prégnant de sa grand-mère agricultrice, Stéphanie monte sur le toit. Elle ouvre les ruches, sort les cadres, se documente et finit par se prendre au jeu. Quelques pots offerts aux amis, à la famille, quelques compliments sur la qualité de sa production plus tard, elle a quitté son job et se consacre entièrement à cette nouvelle passion.

Faire du miel, d'accord, mais surtout pas n'importe comment! Retour aux fondamentaux, quand la nature n'était pas influencée par nous autres humains avec nos gros sabots. Les abeilles n'ont pas besoin de nous. Elles bossent seules avec acharnement pour transformer le pollen des fleurs environnantes, pas besoin d'intervenir. Une grande partie du travail de Stéphanie est l'observation de ses protégées. Vérifier qu'elles se portent bien, qu'elles grandissent, que la reine est présente et pond abondamment, qu'elles sont heureuses et épanouies! Elle les laisse remplir leurs cadres de cire et de miel et n'a plus qu'à le mettre en pot. C'est tout! Pas de mélange, pas de liquéfaction, pas de sucre dans les pots, pas de sirop aux abeilles, rien.

Et toute la famille s'y met...

Un travail long, minutieux, passionné et passionnant dans le respect le plus complet des abeilles et de leur production qui se passent bien de nos services avec nos mains pleines de doigts. 3 récoltes par année, au printemps, au début et à la fin de l'été, à Vessy, Troinex, Corsier, Veyrier, Sierne, Plan-les Ouates, Soral, Aïre-la-Ville, Bernex et Satigny, pour une trentaine de crus datés, localisés et signés, aux couleurs et aux saveurs différentes puisque les abeilles ne butinent pas les mêmes fleurs, même à quelques kilomètres de distance.

Dans sa troisième année d'exploitation professionnelle, l'apicultrice genevoise espère aujourd'hui élever et produire ses propres abeilles. Jusque là, elle sélectionnait avec soin de jeunes reines dans les cantons de Vaud et du Valais pour les voir donner naissance à plusieurs dizaines de milliers d'abeilles par ruche dans la campagne genevoise.

Elle compte sur le soutien de sponsors, individuels ou au nom d'entreprises, pour parrainer ses nouvelles ruches (environ CHF 1'000.- pour l'implantation d'une nouvelle ruche habitée). À l'instar de Michel, grand consommateur de miel devant l'éternel, qui a pu baptiser une colonie et rencontrer «ses» abeilles. Un beau cadeau de sa femme...

L'entourage de Stéphanie demeure encore surpris de son virage professionnel, de sa nouvelle vie. Mais ils ne peuvent douter de son engagement ni de son épanouissement dans ce milieu encore très méconnu, amateur et fréquenté principalement par la gent masculine. Son amour et son intérêt pour ses abeilles est chaque jour plus fort, et ce, même si quelques «teignasses» sortent le dard.

Miel Genevois, Stéphanie Vuadens

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