Polémique: Genève En Marche roule valaisan
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PolémiqueGenève En Marche roule valaisan

Éric Stauffer et Carlos Medeiros, chantres de la préférence cantonale, circulent avec des véhicules immatriculés dans le canton alpin. La classe politique hurle. Ils assument.

par
Jérôme Faas
La voiture d'Éric Stauffer, président de Genève En Marche, et le scooter de Carlos Medeiros, vice-président.

La voiture d'Éric Stauffer, président de Genève En Marche, et le scooter de Carlos Medeiros, vice-président.

JEF

Côté face se dresse un tout jeune parti, Genève En Marche, prétendant porter haut et à lui seul l’étendard rouge et jaune: Genève d’abord, la préférence cantonale et la défense de l’économie du bout du lac. Côté pile, on découvre les véhicules qu’utilisent les députés Éric Stauffer et Carlos Medeiros, président et vice-président de la formation: une Mercedes et un scooter immatriculés… en Valais. Deux berlines supplémentaires compléteraient cette flotte étoilée. Voitures et deux-roues sont enregistrés au nom de la succursale sédunoise de Medinex, la société de téléphonie que viennent de revendre à Sunrise les deux hommes. Qui, lorsqu’ils roulent à Genève ainsi estampillés, ne tentent pas un instant de se cacher.

Quolibets et remontrances

«Ils n’en sont pas à une contradiction près…» constate, laconique, Cyril Aellen, chef du groupe PLR au Grand Conseil. Ses homologues sont bien plus virulents. «Ça participe de cette absence totale de vergogne concernant l’optimisation fiscale, fustige le Vert Mathias Buschbeck. C’est déjà moralement discutable pour un citoyen. Pour un élu, c’est pathétique.» Sandro Pistis, du MCG, parle de «scandale». «C’est juste inacceptable de la part de dirigeants d’un parti qui dit défendre les Genevois.» Pierre Vanek (Ensemble à Gauche) ironise. «Genève, c’est pour la galerie; quand il s’agit du porte-monnaie, ça n’existe plus.» Le PDC et le PS convergent. «Quand on est élu à Genève, on paie ses impôts à Genève.» Seule l’UDC paraît résignée. «Ils ont une succursale en Valais, ils ont le droit d’y rattacher un véhicule. Ce ne sont ni les premiers ni les derniers, note Stéphane Florey. Ça ne me choque pas plus que ça. On peut regretter qu’ils essaient de profiter, mais il n’y a rien d’illégal.»

Bravade et improvisation

Éric Stauffer et Carlos Medeiros, comme à leur habitude, assument. Ils répondent ensemble, sans se démonter. «Si nos adversaires en sont réduits à ça à deux mois des élections, c’est qu’ils ont vraiment peur!» raille le premier nommé. Le fondateur du MCG, quitté avec fracas en 2016, insiste. «Il ne s’agit pas de véhicules privés mais d’entreprise. Mes véhicules privés sont immatriculés à Genève. Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’ici, l’impôt est 60% plus élevé qu’en Valais. C’est encore un coup de la gauche! Trop d’impôt tue l’impôt. C’est une perte sèche pour le canton.» Loin de faire amende honorable, le trublion contre-attaque. «Il faudrait demander à tous ces gens qui ont des résidences secondaires pourquoi ils n’achètent pas sur Genève. Nous, on n’a rien fait d’illégal ni de contraire à l’éthique. C’est du business. Et avec Medinex, on a créé 25 emplois.»

Il raccroche. Puis rappelle cinq minutes après, avec cette capacité innée à improviser. «Genève En Marche va déposer un projet de loi pour baisser l’impôt genevois sur les véhicules au même niveau qu’en Valais!» Ce qui, pour une grosse Mercedes classe S 6L comme pour une plus classique VW Golf GTI 2L, fait, grosso modo, une différence du simple au triple.

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