Genève ouvre un labo de diplomatie scientifique
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InnovationGenève ouvre un labo de diplomatie scientifique

L’idée est de mettre les outils et méthodes de la science au service des relations internationales afin de se baser sur des données concrètes et pouvoir détecter les fake news.

Se baser sur l’analyse scientifique et informatique des données ouvre de nouvelles voies dans la manière d’aborder les relations internationales.

Se baser sur l’analyse scientifique et informatique des données ouvre de nouvelles voies dans la manière d’aborder les relations internationales.

Getty Images/iStockphoto

La diplomatie repose encore essentiellement sur des approches subjectives et qualitatives. Mais alors que les scientifiques s’appuient de plus en plus sur de nouvelles technologies qui leur apportent des solutions inédites pour résoudre des problèmes complexes, pourquoi les relations internationales n’en profiteraient-elles pas elles aussi? Le projet de lancer un pôle interdisciplinaire entre science et diplomatie a été lancé en 2019 par l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, alors professeure invitée au Global Studies INstitute (GSI) et Michael Ambühl, professeur de négociation et gestion de conflit à l’EPFZ. Ce 8 octobre, la création d’un laboratoire de diplomatie scientifique à Genève est officiellement annoncée.

Ce SidLab, comme il est nommé, reposera sur les apports de deux chaires. La première, basée à l’Université de Genève (UNIGE) est axée sur la diplomatie computationnelle, donc qui utilise l’informatique pour traiter et analyser les données. La deuxième chaire est à l’EPFZ et se concentre sur l’approche scientifique des
négociations et de l’analyse des conflits.

Renforcer la Genève internationale

«Nos compétences académiques viennent renforcer la Genève internationale. Nous apportons de nouveaux outils au service de la gouvernance internationale qui permettront l’émergence d’un multilatéralisme 2.0», explique Yves Flückiger, recteur de l’UNIGE.

Utiliser l’informatique dans la diplomatie permettra d’améliorer la compréhension des enjeux globaux par le développement d’un nouveau cadre théorique des relations internationales, l’usage de nouveaux algorithmes et le recours à la puissance de calcul pour développer des scenarii. Michael Ambühl souligne également que «grâce à des méthodes quantitatives telles que l’optimisation mathématique, la théorie des jeux et les statistiques, l’ingénierie de la négociation contribuera à résoudre des problèmes complexes. Le langage mathématique permet d’accroître la logique des négociations et de désamorcer les conflits émotionnels sous-jacents».

Détecter les fake news

L’intelligence artificielle permet également de vérifier la validité et l’intégrité des données «et détecter les fake news qui sont désormais facilement créées grâce aux technologies modernes. Il est en effet essentiel qu’un processus diplomatique soit fondé sur des informations validées», explique Bastien Chopard, directeur du département d’informatique de la Faculté des sciences de l’UNIGE.

Les récents défis, climatiques et sanitaires, auxquels nos sociétés sont confrontées ont révélé les faiblesses du multilatéralisme actuel, notamment lorsqu’il s’agit de trouver des solutions aux crises globales. «Nous constatons que les théories actuelles selon lesquelles les académiques modélisent et analysent le comportement des acteurs ne correspondent plus à la réalité, notamment sur la perception de l’État souverain qui défend ses intérêts», souligne Nicolas Levrat, directeur du GSI. Les avancées de la recherche académique permettront la mise en place de nouveaux modèles qui fourniront des outils innovants aux diplomates et autres acteurs internationaux et leur permettront d’améliorer les processus de négociation et les solutions collaboratives qui en découlent, conclut le communiqué.

(Comm/M.P.)

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