Mobilité: Genève serre la vis aux e-trottinettes en libre-service

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MobilitéGenève serre la vis aux e-trottinettes en libre-service

Débarquées sans crier garde la semaine passée en ville de Genève, les trottinettes électriques Föhn ont déjà dû plier bagage, faute d'une autorisation en règle.

par
Christophe Pinol
Les trottinettes électriques ont pourtant le vent en poupe depuis quelques années, séduisant les adeptes de la mobilité douce et écolo.

Les trottinettes électriques ont pourtant le vent en poupe depuis quelques années, séduisant les adeptes de la mobilité douce et écolo.

Keystone

A Genève, le torchon brûle entre la Ville et l'entreprise GDMC établie à Meyrin. La semaine passée celle-ci avait déployé une flotte d'e-trottinettes en libre-service, baptisées «Föhn», les premières du genre au bout du lac. Et ce, malgré les réticences de l'Etat qui préférait attendre d'y voir plus clair dans l'affaire du Velospot, le réseau privé de vélos en libre-service (VLS) actuellement à l'étude.

120 véhicules, fournis par le géant américain Bird, s'étaient ainsi retrouvés le 23 mai dernier à la disposition du public, répartis dans la ville. Mais leur règne aura été de courte durée. A peine 6 jours plus tard, le 29 mai, tous avaient déjà regagné leur pénates suite à la colère du magistrat chargé de l'Aménagement, Rémy Pagani.

«J'ai tellement hurlé que la société a décidé de rapatrier toutes leurs trottinettes immédiatement, nous confie celui-ci. Ils m'ont envoyé une lettre pour me le signaler et me demander d'organiser une discussion. Le conseil administratif ayant validé ma décision et le conseil d'Etat soutenu ma position, je vais maintenant essayer de rencontrer leurs représentants dans le courant de la semaine prochaine pour débroussailler le problème».

Les trottinettes électriques ont pourtant le vent en poupe depuis quelques années, séduisant autant les adeptes de la mobilité douce et écolo que les citadins pressés d'effectuer de courts trajets sans effort. Avec ce système de location sans bornes fixes, déjà installé à Zurich et à Bâle, il suffit de repérer un des véhicules de la marque sur la carte de son application dédiée. On la déverrouille alors en scannant le QR Code de l'appareil avec son smartphone.

L'opération est facturée 1 franc, il faut ensuite compter 35 centimes par minute d'utilisation et la société GDMC avait alors prévu de demander à ses utilisateurs de déposer l'engin sur la devanture de certains partenaires, sur le domaine privé.

«Le problème, continue Rémy Pagani, c'est que les gens les laissent en réalité au bon vouloir, au milieu de la rue ou du trottoir. Vous imaginez bien que les parquer dans un endroit fixe, ce n'est pas pratique. Et une utilisation accrue comme celle-ci du domaine public nécessite une autorisation, ce que les organisateurs n'ont non seulement jamais demandé mais surtout jamais obtenu».

Zurich: 1. Genève: 0

Yazid Hadji, responsable du projet chez GDMC expliquait pourtant à la Tribune de Genève, au moment du lancement de l'opération, que «lors de la restitution, les utilisateurs devaient prendre leur véhicule en photo avant de s'en séparer, pour prouver que celui-ci ne se trouve pas en pleine rue et qu'il est en bon état». Ajoutant que «l'utilisateur pouvait se voir appliquer une pénalité en cas de non-respect des règles». Aujourd'hui, Yazid Hadji reconnaît que demander à ses clients de les laisser sur des parcelles privées n'était pas viable.

«Le principe, c'est de déposer sa trottinette en bas de chez vous quand vous en avez terminé, ou à l'endroit de votre destination, nous explique-t-il. Votre voisin la voit en descendant de chez lui et peut alors l'utiliser à sa guise. C'est un système qui fonctionne très bien à Zurich. Mais voilà, à Genève, ça n'a pas marché. On attend maintenant ce rendez-vous avec la Ville en espérant obtenir une autorisation. On est ouvert à toutes propositions et prêt à donner toutes les garanties nécessaires».

Un discours sensiblement différent de celui de la semaine passée, lorsque la société avait décidé de passer en force après avoir présenté leur projet à l'Etat de Genève, sans attendre l'aval des autorités, prenant visiblement exemple sur les Etats-Unis où bon nombre de sociétés avaient tenté de s'imposer en déversant dans les rues des centaines de véhicules sans demander d'autorisation. San Francisco, New York ou Chicago les ont d'ailleurs bannies en raison de problèmes de cohabitation avec les autres usagers de la voie publique.

Au même titre que Milan, Bordeaux ou Toulouse, plus près de chez nous. Et Paris pourrait bien leur emboîter le pas prochainement, si l'on en croît le coup de gueule passé la semaine passée par Jérôme Coumet, maire du XIIIe arrondissement, qui avait décidé d'envoyer les véhicules mal stationnés à la fourrière.

«Les habitants n'en peuvent plus de voir ces trottinettes surgies de nulle part encombrer tout à coup leurs trottoirs ou leurs passages piéton, déclarait-il dans les colonnes du Figaro. Sans parler même des risques, en particulier pour les personnes âgées et les handicapés. Aujourd'hui, les sociétés qui proposent ces services agissent comme des pirates. On parle bientôt de 40'000 de ces engins dans les rues de la capitale».

Un marché juteux

Car leur succès, on l'a compris, n'est plus à faire. Si à Zurich et Bâle, deux opérateurs – Lime et Bird –, se partagent visiblement sans heurts le marché, en France, ces trottinettes électriques s'implantent massivement et de nouveaux opérateurs se lancent régulièrement dans la course. A Paris, Lime revendique déjà plus de 3,5 millions d'utilisateurs, 8 mois après son lancement. Selon un rapport du cabinet McKinsey & Company, le marché européen pourrait même atteindre, d'ici 2030, entre 100 et 150 milliards de dollars.

Les détracteurs sont toutefois nombreux. Il y a d'une part ceux qui mettent en garde contre les risques d'accidents, reprochant à ces engins soit un freinage insuffisant, soit une conduite précaire. Mais d'autres se montrent carrément hostiles au fait de retrouver ces engins disséminés partout sur la voie publique, n'hésitant pas à faire preuve de vandalisme pour exprimer leur mécontentement. Sur Instagram, on trouve d'ailleurs un compte dédié à cette pratique – «Birdgraveyard» (le «cimetière des Bird», en référence au géant du secteur, l'américain Bird) dont voici quelques exemple:

Selon la newsletter Oversharing, qui a compilé les données de Louisville, dans le Kentucky, la durée de vie de ces trottinettes partagées ne dépasserait ainsi pas 28 jours. Rude pour des appareils qui doivent facilement avoisiner les 300 francs. Mais l'argument ne semble pas effrayer l'entreprise genevoise. On attend surtout maintenant de voir si elles seront de retour ou non dans les rues de la ville.

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