Formule 1 - George Russell reconnait son erreur
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Formule 1George Russell reconnait son erreur

Après l’énorme accident qui l’a opposé à Valtteri Bottas, le jeune Britannique avoue que le Finlandais n’a pas commis d’erreur.

par
Luc Domenjoz

Les faits se déroulent à plus de 320 km/h, à l’endroit le plus rapide du circuit d’Imola. A de telles vitesses, au moindre problème, l’accident ne peut être qu’épouvantable. Au moment de doubler la Mercedes de Valtteri Bottas – ce qui, normalement, n’est qu’un fantasme quand on pilote une Williams –, George Russell profite de la vitesse de pointe supérieure que lui offre son «DRS» (le «Drag Reduction System», qui permet de réduire la traînée de l’aileron arrière et de gagner une vingtaine de km/h).

Comme Valtteri Bottas tient l’intérieur du virage Tamburello, George Russell tente «l’extérieur». Mais la piste, à Imola, est étroite. Et l’herbe encore détrempée par l’averse tombée avant le départ. La Mercedes de Bottas ne tient pas vraiment l’extrême gauche de la piste, et George Russell, un peu effrayé, met deux roues dans le côté droit, sur le mouillé. C’est terminé. La Williams part en travers et vient taper la Mercedes. La collision est épouvantable, les monoplaces sont littéralement détruites, et seule la cellule de survie qui entoure les pilotes les protège.


Par miracle, les monoplaces ne se retournent pas dans le choc. Les deux épaves terminent leur course dans le gravier. George Russell est le premier à reprendre ses esprits et à sortir de sa voiture, furieux. Il va voir Valtteri Bottas, encore sonné dans son cockpit, et lui demande s’il a voulu les tuer tous les deux. Comme le Finlandais lui adresse un doigt d’honneur, le Britannique lui donne un tape sur le casque avant de s’éloigner en colère.

«Manœuvre trop risquée»

De retour aux stands, George Russell ne mâche pas ses mots à l’encontre de Valtteri Bottas, en suggérant notamment que le Finlandais n’aurait jamais agi de cette manière avec un autre pilote. Il faut dire que les deux hommes sont en lice pour le volant d’une Mercedes en 2022. Le contrat de Bottas ne porte que jusqu’à la fin de la saison 2021, et George Russell a démontré, au dernier Grand Prix de Sakhir, fin 2020, qu’il était mûr pour piloter la Mercedes.

Tant Valtteri Bottas que George Russell sont des pilotes Mercedes. Le Britannique est simplement «prêté» à Williams pour le former. Après l’accident, Toto Wolff, le patron de l’écurie allemande, a eu des mots très durs pour son jeune pilote. «On voit que George a encore beaucoup à apprendre. Je lui dit souvent que s’il est bon, il pourra piloter une Mercedes, mais que s’il est mauvais, je l’envoie en Renault Clio Cup. Là, c’est plutôt la Clio cup! Sa manœuvre était trop risquée sur une piste encore mouillée. Et il aurait dû tenir compte que c’était une Mercedes qu’il attaquait, lui qui est pilote Mercedes…»

«Un manque de respect»

George Russell, lundi matin, avait nettement calmé son discours. «Je vais appeler Valtteri pour clarifier la situation. Sur le moment, il y avait beaucoup d’émotions, après un accident pareil. Et pour répondre à Toto, je n’ai même pas pensé que c’était une Mercedes devant moi. Depuis cinq ans, jamais une Williams n’aurait pu imaginer doubler une Mercedes. J’aurais réagi de la même manière pour la dernière place ou pour la victoire. J’ai essayé de doubler, et Valtteri a défendu sa place sans concession. Bon, il avait le droit de le faire. Quand on a l’occasion de tout revoir en vidéo, on a une opinion différente du moment. Valtteri n’a rien tenté qui soit en dehors des règles. Mais il y a des choses qu’on peut faire, et d’autres qu’il ne faut pas faire quand la piste est humide et que vous emmenez votre adversaire dans l’herbe. Il y a alors un risque élevé d’accident, c’était un manque de respect envers moi… Mais disons que Valtteri n’a aucun tort.»


Pour Mercedes, l’accident pourrait avoir de sérieuses conséquences financières. Comme le budget des écuries est plafonné, un « dommage total » comme celui de la W12 de Valtteri Bottas pourrait coûter près d’un million de francs suisses (le prix approximatif d’une monoplace de F1), autant d’argent qui ne pourra pas être consacré au développement des monoplaces. « Cette histoire ne m’amuse pas du tout, concluait Toto Wolff. Avec le budget plafonné, nous avons toujours eu peur qu’une voiture soit entièrement détruite, ça coûte très cher et c’est exactement ce qui est arrivé. Ça va probablement limiter les développements que nous avions prévu. »

Miami, ça va être la fête!

Il y avait plus de deux ans que Chase Carey, l’ex-patron de la société Liberty Media, faisait tout pour y arriver. Après un projet avorté dans les rues de South Beach, puis un autre qui fut annulé dans Port Miami, l’affaire semblait perdue. Mais le contrat tant espéré a enfin été signé samedi dernier: pour les dix prochaines années au moins, un Grand Prix aura lieu à Miami, au printemps, probablement en conjonction avec le Grand Prix du Canada.

Le projet a été soigné: le futur circuit tourne autour du Hard Rock Stadium, le stade des Miami Dolphins, l’équipe de NFL (la National Football League). Le tout se situe à Miami Gardens, une municipalité proche de North Miami, à une vingtaine de kilomètres des plages de South Beach.

Avec une très longue ligne droite terminée par une épingle, avec 19 virages et une longueur de 5.41 kilomètres, son promoteur Tom Garfinkel promet de l’action en piste. Mais pour la F1, le tracé lui-même, pour l’instant, est secondaire à côté de l’impact de ce nouveau Grand Prix. Dimanche, Stefano Domenicali, le PDG de Liberty Media, ne pouvait que se féliciter d’un contrat qui relance le dynamisme de la Formule 1. «Quand j’ai confirmé la nouvelle aux écuries, samedi soir, ils étaient tous extrêmement heureux. Ils m’ont dit que c’était exactement ça qu’il nous fallait, pour oublier cette saison 2020 de pandémie, pour passer par-dessus les problèmes que nous rencontrons cette année encore.»

L’arrivée de Miami dans le calendrier 2022 n’impliquera pas pour autant une augmentation du nombre de courses. «Nous en resterons à 23», assure Stefano Domenicali. Ce qui signifie qu’une des épreuves actuelles devra tomber, sans doute en Europe. A l’avenir, le calendrier de F1 espère inclure une épreuve en Afrique du Sud, ainsi que la confirmation du Vietnam, annulé cette saison en raison d’un scandale de corruption…

Hamilton s’en sort bien

31e tour. Lewis Hamilton prend un tour à George Russell (le même!). Pour ce faire, le septuple champion du monde met deux roues hors de la trajectoire sèche. En pneus slicks, ça ne pardonne pas: il ne peut pas tourner à l’épingle Tosa et se retrouve dans le gravier, puis dans le mur, aileron avant abimé.

Il rencontre alors les pires difficultés à enfiler sa marche arrière. «Je pressais le bouton «reverse», mais la marche arrière refusait de s’engager, expliquait Lewis Hamilton. Ça a pris une éternité, je pensais que ça ne fonctionnerait pas. Et puis j’ai pu reculer un peu. J’ai essayé de remettre la marche avant et de faire patiner les roues pour tourner, mais je me suis à nouveau retrouvé dans le mur! Alors je me suis dit que la seule chance était de reculer jusqu’à la piste. Mais la marche arrière a de nouveau pris un temps fou pour s’enclencher.»

La Mercedes a alors reculé a travers le gravier jusqu’à la piste. Une manœuvre qui n’est pas interdite tant qu’elle est effectuée de manière prudente. La seule marche arrière interdite en F1 concerne la voie des stands - ce qui avait valu la disqualification de Nigel Mansell en 1989, au Grand Prix du Portugal, quand il avait manqué son stand et reculé pour y arriver!

De bons conseils

L’article 28.3 du règlement sportif – toujours en vigueur aujourd’hui – interdit toute marche arrière dans la voie des stands. Mais l’article 27.3 précise que si un pilote quitte la piste, il a le droit de la rejoindre «seulement quand il est prudent de le faire, et sans en retirer un avantage».

Dimanche soir, Michael Masi, le directeur de course, a expliqué que Lewis Hamilton n’a pas enfreint cet article, et qu’au moment de la sortie de route du Britannique il s’est branché sur la radio de l’écurie Mercedes. «Lewis a reculé jusqu’au bord de la piste, et ses ingénieurs l’ont très bien conseillé sur la manière de faire, ainsi que sur le trafic qui arrivait, admet Michael Masi. Dans ces circonstances, je n’ai pas considéré qu’il y avait matière à discussion, aucun article du règlement n’a été enfreint.»

Sauber recalé

A l’arrivée du Grand Prix d’Emilie Romagne, Kimi Räikkönen était neuvième et permettait à l’écurie Alfa Roméo Sauber de marquer deux points. Mais hier soir, les commissaires ont infligé une pénalité de 30 secondes au pilote finlandais, qui se retrouve finalement 13e – ce qui permet du coup à Fernando Alonso de grimper à la dixième place et de marquer son premier point depuis son retour à la compétition.

Pendant le tour du chauffe du deuxième départ (un départ lancé derrière la voiture de sécurité ), Kimi Räikkönen est parti en travers au virage Tamburello. Reparti, il a alors doublé ceux qui étaient passé devant lui pendant qu’il était dans le gravier, pour reprendre sa place.

Ces dépassements ne sont autorisés que jusqu’au moment où la voiture de sécurité éteint ses feux jaunes, indiquant qu’elle va se retirer et que le départ va être donné. Ce qui fut fait au virage 10. Or, Kimi Räikkönen a encore doublé des pilotes au virage 13 et 14.

L’écurie Sauber avait demandé par radio au directeur de course, Michael Masi, ce qu’elle devait faire, mais l’Australien n’a pas eu le temps de répondre dans le stress du moment. Du coup, les commissaires ont infligé 30 secondes de pénalité au Finlandais, admettant tout de même que le règlement est un peu tarabiscoté: il est interdit de doubler derrière la voiture de sécurité, mais il est permis de le faire quand il s’agit d’un départ lancé. Comprenne qui pourra, bien que cette règle soit en place depuis plus de 20 ans et soit en vigueur dans la plupart des championnats automobiles.

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