Actualisé 02.10.2019 à 15:36

CinéGéraldine Nakache: «En 13 ans, on ne s'est jamais lâchées avec Leïla»

Le duo de «Tout ce qui brille» revient ce mercredi dans les salles avec le génialissime «J'irai où tu iras». «Le Matin» a rencontré la réalisatrice à Bienne.

par
Lematin.ch
Géraldine Nakache (à dr.) a présenté son film «J'irai où tu iras» lors du Festival du film français d'Helvétie, à Bienne. Ici, avec Leïla Bekhti pendant le tournage.

Géraldine Nakache (à dr.) a présenté son film «J'irai où tu iras» lors du Festival du film français d'Helvétie, à Bienne. Ici, avec Leïla Bekhti pendant le tournage.

Lorsque Géraldine Nakache ne nous pose pas de questions sur notre famille, elle aime parler de la sienne. L'actrice de 39 ans raconte ses anciennes habitudes. «Chaque vendredi soir, j'étais chez maman et papa. Parfois, on n'avait juste absolument rien à se dire, mais ça faisait du bien. C'était un repère. Depuis que j'ai ma fille (ndlr: Sarah, 3 ans), cela a un peu changé», nous dit-elle au premier étage d'un restaurant à Bienne, lors de sa venue au dernier Festival du film français d'Helvétie. Avant de préciser qu'elle a aussi une grande complicité avec son frère, le cinéaste Olivier Nakache («Intouchables»).

Pas étonnant que pour «J'irai où tu iras», son troisième film en tant que réalisatrice, Géraldine Nakache s'aventure sur les hauts et les bas de deux sœurs que tout oppose. Elle-même joue Vali, une chanteuse rêveuse et sensible, alors que Leïla Bekhti, sa complice de toujours, est Mina, une thérapeute distante et terre à terre. Elles n'ont en commun plus qu'un père aimant cherchant à les réunir. Attachante sans jamais être mièvre, drôle en évitant d'être too much, cette comédie dramatique sur une bande-son de Céline Dion a tous les ingrédients pour devenir un incontournable.

Avez-vous écrit le rôle de Mina expressément pour Leïla Bekhti?

Lorsqu'il s'agit de jouer le personnage de ma sœur Mina, je pense à m'offrir la sœur que j'ai dans la vie. Je ne voyais personne d'autre. On se connaît très bien et j'avais envie de nous autoriser des rôles que l'on nous propose pas forcément ailleurs. Bien sûr, c'était grisant de jouer deux femmes qui ne peuvent pas se blairer. Mais on avait un réel plaisir à se donner la réplique. Filmer Leïla, qui est absolument condescendante, c'était magnifique!

Dans la vraie vie, êtes-vous aussi très différentes?

Oui, mais ça colle parfaitement entre nous deux. C'est chimique, ça ne s'explique pas. Le septième art nous a réunies, mais il y a bien plus que ça. Je l'ai rencontrée au moment où je lui ai proposé «Tout ce qui brille». Entre cet instant et le tournage, il s'est passé trois ans. Pendant trois années, on a arrêté de parler de cinéma et on a traversé nos vies respectives. On est allées chez mes parents, j'ai rencontré sa famille... On ne s'est jamais lâchées en treize ans.

L'excellente surprise de ce film est Patrick Timist, qui joue votre père. Un papa poule touchant et très drôle. Avez-vous tout de suite pensé à lui?

Très vite, oui. Ma seule crainte était qu'il était trop jeune pour ce rôle. Je pensais qu'il aurait refusé. Il a lu super vite le script et est revenu vers moi pour me dire: «Je le connais ce bonhomme. Je l'ai déjà croisé. On y va!» Cela a été formidable. Il a bien sûr offert un côté comique au personnage, mais il a aussi une grande tristesse dans le regard.

Vous campez le rôle de Vali, une chanteuse de mariage qui s'apprête à auditionner pour devenir la choriste de Céline Dion. Pourquoi Céline?

En dehors du fait que j'adore Céline Dion, je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de différences entre elle et une chanteuse de mariage. Elles font la même chose. Elles doivent accéder à la note et donnent tout pour un événement unique. Du coup, ça me bouleverse. Au final, mon personnage croit tout autant à son destin qu'une grande star.

Vous l'avez rencontrée?

Je l'ai vue une fois lors de la semaine de la mode à Paris. Je n'ai même pas réussi à lui dire un mot, j'étais tétanisée. J'étais si émue de la rencontrer. J'ai pris une photo en deux secondes et je suis partie.

Votre personnage, Vali est une ex-candidate de «Star Academy» qui a de la peine à faire décoller sa carrière. Vous vouliez montrer à quel point les télé-réalités peuvent être aussi nocives?

Exactement. Je voulais montrer que même si l'on a pu te voir beaucoup à la télévision pendant deux mois, cela peut vite se terminer. C'est très violent. J'ai voulu rendre hommage à tous ces artistes de la télé-réalité. J'ai aussi vécu des débuts difficiles où l'on te confond avec d'autres actrices. La reconnaissance est toujours quelque chose d'abyssal.

Est-ce vraiment vous qui chantez dans le film?

Oui, c'est ma voix. (Elle prend un air un peu gêné.) C'était un travail colossal durant six mois et je peux vous affirmer qu'il n'y aura pas d'album de Géraldine Nakache. (Rires.) Je chantais un peu juste, mais on m'entendait surtout dans la salle de bain. Les répétitions étaient quotidiennes et il fallait une grosse rigueur. Je voulais aussi prendre certains tics que les artistes peuvent avoir pour amener tout ça à mon personnage.

«J'irai où tu iras» raconte l'histoire compliquée de deux sœurs. Avez-vous demandé à votre frère Olivier son avis sur le film?

(Rires.) Oh oui! Avant de lui faire lire une version d'un scénario, j'en fais au moins 15. Je stresse. Je ne lui montre jamais non plus les premiers montages. En dehors du fait que c'est un super frère dans la vie, il est toujours d'une justesse imparable. D'un conseil mûr et délicat. Il me demande aussi souvent mon avis sur son travail.

Vous pensez déjà à la suite?

J'adorerais réaliser un quatrième film, mais je n'ai rien dans les tiroirs. Là, je repars sur la deuxième saison d'«Hypocrate» sur Canal +, je me réjouis.

Fabio Dell'Anna

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