11.03.2013 à 09:49

VaticanGianfranco Ravasi, le papable qui cite Sartre

Gianfranco Ravasi, 70 ans, «ministre» de la Culture de Benoît XVI, est cité parmi les «papabili» italiens: très apprécié du pape émérite, il est l'homme capable de citer dans un même souffle Sartre et Saint-Augustin.

Le cardinal Gianfranco Ravasi

Le cardinal Gianfranco Ravasi

AFP

Bouillonnant d'initiatives, aimable et ouvert, cet «omnivore» de la culture, auteur de nombreux livres, articles, émissions, s'était fait remarquer notamment quand il avait présidé devant le pape le chemin de Croix du Vendredi Saint au Colisée en 2007.

Ministre de la Culture depuis 2007 également, il a été choisi pour présider en février les derniers exercices de Carême du pape théologien, un signe de confiance particulier.

Au premier jour de ses méditations, le cardinal a fait sensation en évoquant une lettre révoltée de parents d'un bébé condamné par une maladie mortelle qu'il venait de recevoir: «un cri de souffrance, que nous pourrions juger blasphématoire de l'extérieur, est souvent entendu par Dieu plus attentivement que beaucoup de prières» à la messe du dimanche, a-t-il lancé devant les autres cardinaux.

Benoît XVI apprécie la pensée audacieuse de l'hyper-actif cardinal, qui lance les ponts vers le monde non croyant, chemine sur le fil du rasoir des contradictions, capte tous les signes de la «nostalgie de Dieu» dans la société.

Le pape démissionnaire avait remercié chaleureusement le prédicateur par une petite phrase digne d'attention: «le Seigneur saura vous récompenser pour ce travail, que vous avez mené de façon brillante».

La foi, «poil à gratter»

Dans le journal français La Croix en 2011, Mgr Ravasi définissait la foi chrétienne comme «le poil à gratter» de la culture moderne. Il sonde les rapports de la foi avec les sciences et les arts, ou encore le sens du temps libre.

Le cardinal Ravasi, exégète du monde biblique, hébraïsant, a la qualité et le défaut d'être un intellectuel pur. Mais il est aussi un homme de l'époque contemporaine, qui ne craint pas les journalistes et les contradicteurs, et a été parmi les premiers à tweeter.

Dans un même article ou une même conférence, il peut citer un philosophe, un sociologue, un anthropologue, une série de penseurs chrétiens du Ier au XXIème siècle, un ou deux romanciers, des mystiques d'autres religions, mettant en avant avec honnêteté les arguments pour ou contre la foi.

De Tirana à Barcelone, en passant par Paris (les Bernardins) et Stockholm, il a multiplié depuis 2010 les rencontres du «Parvis des gentils» entre intellectuels croyants et non croyants, avec l'appui de Benoît XVI.

Présentant en novembre devant des centaines de journalistes le dernier tome de Jésus de Nazareth de Joseph Ratzinger, Gianfranco Ravasi a commencé en lisant un long texte très personnel et émouvant d'un prisonnier de guerre français évoquant la beauté de la relation entre Marie et l'enfant Jésus. Son nom: Jean-Paul Sartre. Mgr Ravasi aime les surprises...

Modernité de la foi

Pour Joseph Ratzinger, qui a fait de la «nouvelle évangélisation» une priorité et qui insiste sur la «modernité» de la foi et son lien avec la raison, ce brillant vulgarisateur de la mystique chrétienne a été du pain béni, aidant aussi à faire comprendre que son pontificat n'était pas seulement tradition.

Interrogé sur ses chances d'être élu pape, le vaticaniste Marco Politi brosse un portrtait élogieux de l'homme qui dirigea jadis la célèbre bibliothèque ambrosienne de Milan: «Toutes ses qualités sont sous les yeux de tous, mais il lui manque une expérience pastorale, il aurait dû diriger un diocèse» pour avoir davantage de chances d'être élu, a-t-il estimé.

Né à Merate, près de Milan, il est l'un des trois fils d'un fonctionnaire du fisc, qui avait déserté l'armée par hostilité au fascisme pendant la guerre, et d'une mère enseignante.

Depuis 2007 au Conseil pontifical de la culture, responsable aussi des commissions pontificales pour le patrimoine culturel de l'Église et l'archéologie sacrée, il a été soutenu par le cardinal Tarcisio Bertone, ancien secrétaire d'Etat (numéro deux) du pape allemand.

(AFP)

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