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InterviewGilles Marchand: «Nous ne sommes pas des nantis»

Nouveaux logos, passage à la HD, site Web commun: le directeur de la RTS, Gilles Marchand, a annoncé mercredi une avalanche de nouveautés. Il nous explique cette mue, dresse un état de la convergence et défend la redevance.

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Propos reccueillis pas Sandra Jean et Renaud Michiels
Gilles Marchand est venu dans la rédaction du «Matin» expliquer la mort de la TSR et la nouvelle ligne visuelle de sa RTS.

Gilles Marchand est venu dans la rédaction du «Matin» expliquer la mort de la TSR et la nouvelle ligne visuelle de sa RTS.

Yvain Genevay

Logos et noms changent, TSR1 devient RTS Un. Fini la bonne vieille Télévision romande: vous attendez-vous à un déluge de critiques?

En matière de télévision, tout ce que l'on touche suscite beaucoup de réactions… J'ai l'habitude des critiques et le cuir s'est épaissi. Mais je suis confiant, notre public prendra ses marques.

Le terme «romand» disparaît, la RTS n'est plus romande?

Elle est suisse d'expression francophone, donc fière d'être nationale et en langue française. Quant à l'incarnation romande, elle ne se fait pas par un logo mais par nos émissions et ceux qui les présentent.

A votre avis, quand est-ce que le public ne dira plus TSR?

Cela prendra du temps. Des années après, certains parlent encore d'Antenne 2… L'important c'est la qualité des programmes, sur tous les écrans, sur toutes les fréquences.

Ce logo, n'est-ce pas le grand écart le plus complet? On y trouve un «RTS» carré et un «un» tarabiscoté tout en rondeur?

Non, c'est exactement ce que nous voulons être. La RTS, unifiée, est une signature commune, une marque qui indique tous les vecteurs du service public: télévision, radio, Internet, numérique mobile. C'est la famille, dans laquelle chaque chaîne garde une identité forte et spécifique. Et, visuellement comme dans la réalité, on montre la prééminence des chaînes. Nous sommes attachés à leur diversité.

Vous martelez sur tous vos canaux ce RTS comme si vous deviez prouver que vous existez…

Absolument. Il y a aujourd'hui dans les foyers suisses quelque 300?chaînes TV dont 80 en français! C'est une concurrence invraisemblable. Nous, service public, devons rassembler nos forces et renforcer le repérage de ce que nous proposons dans cet environnement saturé.

Depuis mardi, vous avez une plate-forme commune radio et télé, Rts.ch. Mais, à part sur Internet, que gagne l'auditeur ou le téléspectateur à votre fameuse convergence?

De l'enrichissement dans les offres existantes et des nouveautés se déclinant en radio et en télévision. Comme par exemple le «Kiosque à musiques», Couleur 3 qui aura une émission musicale hebdomadaire à la fois radio et télé, ou encore «Passé présent» sur la Première et dans «Mise au point». Sans compter les nombreuses opérations spéciales communes aussi bien dans le domaine culturel que politique.

Ça reste l'exception: vous êtes satisfait?

On ne l'est jamais complètement. Mais le mouvement est enclenché.

Lundi, Darius Rochebin a interviewé Alain Juppé. Des extraits ont été diffusés au «19:30». Mais pourquoi n'a-t-on rien entendu sur la Première, par exemple dans «Forum»?

Ce serait possible, pourquoi pas, s'il y a une pertinence journalistique et que les regards restent différents. Il reste des questions techniques à régler, mais le but est bien que le matériel enregistré ou capté soit disponible pour nos différentes productions.

Technique? Ne serait-ce pas parce que radio et télévision ne travaillent pas ensemble et sont même en guerre?

Il y a des cultures historiques et des logiques médias différentes, certainement. Et il faut du temps pour que radio et télévision se fassent confiance. Mais parler de guerre est très exagéré. Et puis je trouve normal que les émissions entretiennent une certaine concurrence, c'est stimulant et bénéfique pour le public. Et on peut aussi travailler ensemble lorsque c'est utile. Tout cela prend du temps, cela ne se décrète pas, mais songez que la RTS n'existe que depuis deux ans!

Parlons d'un sujet qui fait toujours débat, notre redevance, une des plus élevées d'Europe…

C'est totalement faux si on tient compte du fait qu'elle couvre quatre langues. Si vous comparez avec un pays d'une même taille mais monolingue, nous serions même moins chers. La redevance, c'est 1?fr.?14 par jour et par foyer, pour tout ce que nous proposons, en télévision, en radio, sur le Web. Et elle n'a pas été adaptée depuis 2007.

463 francs, ce n'est pas assez?

Je ne dis pas cela. Mais dans cinq ans, si on continue à être complètement bloqués, on aura un problème pour financer une offre équivalente dans toutes les régions.

Commencez par supprimer toutes ces séries américaines…

Ce serait une absurdité! C'est ce qui coûte le moins cher: 100?francs la minute pour une série américaine, 15?000?fr. pour une production suisse. Non, il n'y a que trois approches: optimiser encore et toujours les coûts de production, tenir les recettes (redevance et pub) ou dimensionner l'offre de programme. La solution est sans doute un dosage subtil des trois ingrédients.

C'est parfois perçu comme un chantage: si la redevance baisse, on devra sabrer dans les programmes. Mais tous relèvent-ils vraiment du service public?

Je suis ouvert au débat. Mais il faut être conscient que si le service public ne s'occupe pas de certains sujets qui ne sont ni «grand public» ni rentables, personne ne le fera. La musique classique ou le documentaire, par exemple, appartiennent à l'ADN du service public, et c'est aussi pour ça que la société suisse accepte une redevance. Pour respecter notre mandat, on ne doit pas se contenter de satisfaire uniquement le plus grand nombre. Nous devons rester généralistes et parler aussi à des publics minoritaires.

Mais vivez-vous dans la crainte, avec toutes ces pressions sur la redevance, notamment de l'UDC qui veut la plafonner à 200 fr.?

Qu'un parti ultralibéral considère qu'on n'a pas besoin de service public, je pourrais comprendre la logique. Mais qu'un parti attaché à la Suisse considère qu'il faut limiter massivement l'audiovisuel public, je peine à suivre le raisonnement. Notre affaiblissement impliquera automatiquement l'entrée en force des diffuseurs français, allemands ou italiens, qui ne s'intéressent pas à nos réalités locales. Mais je ne suis pas un politicien, je fais avec les conditions-cadres fixées par la représentation démocratique.

Vous avez la redevance, de la pub, et vous voulez maintenant de la publicité sur Internet. Beaucoup vous considèrent comme les enfants gâtés des médias.

On ne veut pas augmenter nos recettes pub. Je dis simplement qu'il y aura des transferts publicitaires de la télévision vers Internet et que nous devons pouvoir les accompagner afin de maintenir notre système de financement mixte, 75% redevance, 25% commercial. Ni plus ni moins. Les nantis du service public contre le reste du monde, c'est un peu court et binaire. Notre mandat nous donne des droits mais aussi beaucoup de devoirs. Et nous nous battons, nous aussi, dans un marché très concurrentiel, pour offrir le meilleur choix à nos publics.

Estimez-vous que les Romands en ont pour leur argent par rapport à la redevance qu'ils paient?

Si je compare tous nos programmes de radio, de télévision et nos offres interactives, avec ce qu'il y a dans les pays qui nous entourent, oui, je le crois vraiment. J'espère que c'est un sentiment partagé.

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