Gjon’s tears: «Avec ce titre, je veux transmettre un message d’espoir»
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InterviewGjon’s tears: «Avec ce titre, je veux transmettre un message d’espoir»

Le Fribourgeois sort une nouvelle chanson, «Silhouette», coécrite par le gagnant de l’Eurovision 2019 et l’un des compositeurs de Céline Dion.

par
Fabio Dell'Anna
Gjon’s tears dans son clip pour son nouveau titre «Silhouette»

Gjon’s tears dans son clip pour son nouveau titre «Silhouette»

DR

Après une magnifique troisième place à l’Eurovision en 2021, le Fribourgeois Gjon’s tears sort ce vendredi «Silhouette». Un nouveau titre qui prouve qu’il n’a pas complètement tourné la page du concours européen de la chanson: il a fait appel au gagnant de l’édition 2019, Duncan Laurence, pour composer ce morceau ainsi qu’à François Welgryn qui a collaboré avec Céline Dion – cette dernière, faut-il le rappeler, avait représenté la Suisse en 1988.

Dans ce morceau, Gjon’s tears évoque pudiquement ses origines kosovares du côté de son père. Un texte touchant et teinté d’espoir. Il nous en dit plus par téléphone.

Racontez-nous l’histoire derrière le texte de «Silhouette»?

J’y parle d’une personne qui a dû quitter un pays d’un exil forcé. Dans cette chanson j’ai voulu me mettre dans la peau de ma grand-mère, imaginant mon père partir du pays. Elle se pose la question si ces personnes qui s’en vont reviendront un jour. Le terme «silhouette» me semblait approprié pour parler des gens qui s’éloignent.

Dans le refrain vous dites: «Quand tout devient noir, quand tu as le mal de vie, espère encore.»

Il s’agit d’une façon de rappeler à mon père que, lorsqu’il a un doute, il doit se souvenir que cette décision était la bonne. Les gens qui sont restés au pays ne l’oublieront pas et il faut continuer à croire en un avenir meilleur. Cela prendra du temps d’exister et de se reconstruire. «Silhouette» fait écho à la guerre, à l’histoire de mes parents, sans en parler politiquement. J’ai surtout voulu transmettre un message d’espoir. Pour l’anecdote, mon père n’est pas parti à cause de la guerre: c’était avant, car il sentait que cela arrivait.

Vous avez travaillé avec deux grands noms pour ce morceau. Comment les avez-vous rencontrés?

Par le biais de l’Eurovision. Tout a commencé lors d’un camp à Édimbourg avec Duncan Laurence (ndlr.: le gagnant de l’Eurovision 2019), son compagnon Jordan Garfield et le compositeur Ashley Hicklin. C’était en 2020, j’étais un peu fatigué d’enchaîner les camps d’écriture, pour trouver une nouvelle chanson suite à l’annulation de l’Eurovision. Je me suis retrouvé dans un endroit au calme absolu. Pas un son de cloche de vache ou d’église, juste le silence. C’était très perturbant et l’inspiration est arrivée. Nous avons d’abord composé la première version du titre en anglais. J’ai travaillé après avec François Welgryn (ndlr: outre avec Céline Dion, il a aussi collaboré avec Slimane, Kids United, Johnny Hallyday) et Valentin Marceau pour adapter le texte en français. Le résultat était très beau et j’ai décidé de le défendre dans cette langue.

Pour le clip, vous avez fait appel au designer suisse Kevin Germanier. C’était une évidence pour vous?

On s’est rencontré lors d’une soirée, l’an dernier. Il m’a dit qu’il avait adoré ce que j’avais fait à l’Eurovision et qu’il serait partant pour une collaboration. Il a une folie dans les couleurs et dans le design que j’aime beaucoup, mais je voulais quelque chose de sobre pour ce clip. Je me demandais si cette vidéo était le moment idéal pour travailler ensemble. C’est en cherchant dans ses collections que j’ai trouvé un blazer et pantalon noir. J’ai été immédiatement séduit et avec l’image de la vidéo presque noir et blanc, cela donnait une belle esthétique.

Avec ce morceau, un nouveau chapitre de votre histoire commence. Comment vous sentez-vous?

Heureux. Mais aussi stressé. Je prends conscience que le chapitre Eurovision était un gros moment de ma vie. J’ai eu une visibilité gigantesque. Maintenant, il est important d’apprendre à se construire et cela prendra le temps que ça prendra. Je ne m’attends pas du tout au même succès sur ce titre que sur celui de l’Eurovision. Je crois vraiment au timing et j’espère que les gens l’apprécieront. J’imagine cette nouvelle page avec le sourire et j’espère que les problèmes sanitaires ne vont pas à nouveau anéantir mes projets professionnels, car j’ai malheureusement dû annuler plusieurs rencontres et collaborations.

«Avec Zazie, nous avons commencé à travailler sur une chanson»

Gjon’s tears, chanteur

Il arrive que des candidats participent plusieurs fois à l’Eurovision. Seriez-vous tenté?

J’ai adoré cette expérience, l’émission était magnifique et c’était très bien produit. Mais la refaire aujourd’hui ne m’apporterait pas grand-chose. Je vois la chanson comme le milieu sportif. En football ou en patinage artistique, on peut participer à plusieurs championnats pour se perfectionner. Je pense que dans la musique on peut faire pareil. Je ne vais pas dire «jamais». Il faut que je vois ce que je peux en retirer artistiquement. Si je refais l’Eurovision, ce sera avec d’autres objectifs et avec la bonne équipe et la bonne chanson.

Dans «The Voice All star», vous étiez dans l’équipe de Zazie. Vous aviez dit espérer travailler un jour avec elle. Où ça en est?

J’ai une passion pour sa manière d’écrire et pour elle, en tant qu’artiste. On a commencé à collaborer sur une chanson. J’avais un titre, et je n’étais pas forcément satisfait du texte en anglais. Cela prend du temps. Et il ne faut pas oublier que, dans la musique, il se peut que l’on compose une chanson qui ne verra jamais le jour. J’espère que celle-ci sortira, mais pour le moment nous ne sommes qu’au début de l’expérience.

Est-ce que votre premier album sortira enfin en 2022?

C’est sûr! C’est vraiment important pour moi qu’il sorte, car il y a des chansons qui datent d’il y a quatre ans. Le disque servira à figer ces chansons. Il n’y a pas encore de date, car avec la situation actuelle ça reste un peu compliqué. De plus, maintenant que j’ai un label, cette décision ne dépend plus que de moi. J’ai déjà environ une quinzaine de titres. J’ai envie de proposer différentes atmosphères, comme ce que je fais durant mes concerts. On pourra y trouver du rock, du pop rock, du classique ou encore des sonorités metal et country. L’idée, c’est qu’il y a de tout. J’aimerais présenter ce projet sous forme de playlist au lieu de n’avoir qu’une seule direction.

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