Cyclisme - Google Maps et de l’audace, la recette gagnante du baroudeur
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CyclismeGoogle Maps et de l’audace, la recette gagnante du baroudeur

Le Néerlandais Bauke Mollema avait préparé son coup pour s’imposer dans la 14e étape du Tour de France. Dès dimanche, les Pyrénées seront au menu du peloton, avec près de 16’000 m de dénivelé positif en quatre jours.

par
Patrick Oberli
(Quillan)
Le Néerlandais Bauke Mollema a remporté vendredi, à Quillan, sa deuxième étape dans un Tour de France. Un succès qu’il avait minutieusement préparé.

Le Néerlandais Bauke Mollema a remporté vendredi, à Quillan, sa deuxième étape dans un Tour de France. Un succès qu’il avait minutieusement préparé.

AFP

La 14e étape du Tour de France, samedi, était promise à un baroudeur. Et c’est un baroudeur qui se l’est adjugée. Bauke Mollema, 34 ans, a bluffé tout le monde, ses compagnons d’échappée en premier lieu, en se lançant dans un raid solitaire à 42 kilomètres de l’arrivée. Une stratégie osée, sachant que le profil casse-pattes du parcours menant à la bourgade de Quillan lui prédisait un crash. Mais le Néerlandais de la formation Trek-Segafredo, audacieux et puissant, a tenu bon pour s’imposer (ndlr: 2e succès sur le Tour, le premier en 2017) avec plus d’une minute d’avance sur ses quatre derniers compagnons d’échappée.

Une victoire au «panache» un peu à l’ancienne, Bauke Mollema ayant choisi de courir sans compteur «pour libérer son guidon»; de foncer juste dirigé par le feeling que lui offre sa longue expérience. Sans parler d’une préparation minutieuse de briscard connecté: «Il y a quelques jours, j’ai décortiqué les 60 derniers kilomètres de l’étape sur Google Maps, a confié le vainqueur au terme de l’étape. Et j’ai attaqué à un endroit où les autres ne pensaient pas que je le ferais. Et comme personne ne m’a suivi, j’ai insisté.» L’homme s’était également économisé durant les deux premières heures de course, quand les attaques avortées se succédaient et que ses adversaires dépensaient leur énergie pour des prunes. Ah oui, encore un détail: Bauke Mollema, qui avait terminé troisième de l’étape du Mont Ventoux mercredi, a indiqué qu’il avait aussi passé les deux derniers jours à récupérer. À l’évidence, pour mieux repartir.

Remontée inattendue

L’autre fait du jour, entre Carcassonne et la petite commune de l’Aude (3000 habitants) complètement chamboulée par une caravane aussi grande qu’elle, c’est la remontée au classement général de Guillaume Martin (Cofidis), qui s’installe au deuxième rang (+404’’) derrière Tadej Pogacar. Le Français a repris plus de cinq minutes à Rigoberto Uran, Jonas Vingegaard et Richard Carapaz. Les «cadors» en lutte pour les places d’honneur sur le podium ont préféré rester dans le sillage du maillot jaune, plutôt que de chasser le coureur de Cofidis.

Une tactique qui se défend, sachant que ce samedi, le peloton n’avait qu’à scruter l’horizon pour se rappeler que demain serait une autre chanson. Quillan se niche dans les contreforts des Pyrénées, ces montagnes majestueuses qui, dès ce dimanche entre Céret et Andorre-la-Vieille, martyriseront les survivants - 34 coureurs ont déjà abandonné depuis le départ de Brest - avec leurs pentes raides et leurs routes rectilignes. Quatre étapes de torture juste adoucies, lundi, par un jour de repos pour ingurgiter quelques calories et régénérer ce qui peut encore l’être. Au total, les étapes pyrénéennes affichent pas moins de 16000 mètres de dénivelé positif. Pour mémoire, l’étape comprenant la double ascension du Mont Ventoux leur en avait offert 5000. Elles mèneront le peloton au sommet de plusieurs des cols les plus fameux de l’histoire du Tour, comme la montée vers Saint-Lary-Soulan (2215 m; 16 km à 8,7%) ou le Tourmalet (2115 m; 17,1 kilomètres à 7,3%).

«J’adore être attaqué et en danger. Cela fait partie de la course. J’ai hâte»

Tadej Pogacar

Un menu dantesque propice à la bagarre. Mais aura-t-elle seulement lieu? Y aura-t-il un ou des candidats suffisamment valides pour essayer de bousculer un maillot jaune qui semble, jour après jour, prendre de l’assurance dans les techniques de gestion? Samedi, par exemple, les UAE Team Emirates ont imposé leur loi en tête du peloton, avec un Marc Hirschi très en vue. Le Suisse a mis de côté ses rêves. Vendredi, à Saint-Paul-Trois-Chateaux, le Bernois déclarait: «Quand votre leader est en mesure de gagner le Tour de France, il n’y a plus de place pour l’ambition personnelle». Vingt-quatre heures plus tard, la parole s’était transformée en acte.

Tadej Pogacar, pour sa part, semble avoir apprécié. Tout comme il se réjouit d’attaquer cette deuxième salve de montagne, en particulier l’étape de dimanche dont l’arrivée sera jugée à Andorre-la-Vieille. Andorre, là où il a gagné sa première étape sur la Vuelta, il y a deux ans. «Ce sont des bons souvenirs. Car en plus, mon amie était présente.» Une petite déclaration «people» ne fait jamais de mal. Côté course, le Slovène ne déroge pas à ses habitudes. Confiance, confiance, confiance, avec un zeste de réserve: «Je ne suis pas nerveux. Si je suis dans un jour sans, cinq minutes sont très vite perdues. Mais j’adore être attaqué et en danger. Cela fait partie de la course. J’ai hâte.» Il n’est pas le seul.

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