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Pétition«Grand Genève»: la résistance s'organise

Une pétition visant à renommer le projet d’agglomération franco-valdo-genevoise est sur le point de circuler.

?Ils sont à ce jour plus de 500, Vaudois pour l’essentiel, à avoir rejoint le groupe Facebook «Je ne vis pas dans le Grand Genève!!!» 500 adhérents en quatre jours, c’est proportionnellement autant que les 5000 internautes (dont 1/15 de Vaudois) qui se sont prononcés en cinq semaines sur le site Choisirnotrenom.com pour donner un nom au projet d’agglomération franco-valdo-genevoise. Et ce sans le moindre budget ni relais médiatique.

Tout est parti d’un coup de gueule. «Les trois noms soumis au vote («Le Genevois», «GenevAgglo» et «Le Grand Genève», ndlr) ne me disaient pas grand-chose», explique Yves Froidevaux, conseiller communal socialiste et citoyen de Nyon (VD). «Mais je ne m’attendais pas à créer une telle mobilisation!» Un succès qui a conduit l’enseignant au lancement d’une pétition, diffusée dès demain. «Le nom Grand Genève est inutilisable!» tonne pour sa part la municipale socialiste nyonnaise Fabienne Freymond Cantone, qui a rejoint le groupe créé par son concitoyen. «Une dénomination aussi genevo-genevoise diminue nos chances de décrocher une part du crédit de 1,2 milliard de francs promis par Berne, face aux quelque 40 autres projets d’agglomération en compétition.» La Vaudoise s’insurge contre le procédé dit de «consultation publique» mis en place par le comité à la tête du projet. «Le processus était biaisé, car les noms à soumettre au vote devaient être à la fois fédérateurs pour la région et surtout vendeurs à l’étranger. Donc forcément Genève.»

«Je suis très surpris»

Qu’en pensent les principaux intéressés? «Je suis très surpris», réagit le conseiller d’Etat genevois François Longchamp, qui a repris le dossier il y a deux mois, suite au départ de Mark Muller. «Sur le fond, on imagine difficilement que l’agglomération genevoise puisse choisir un autre nom. Il me paraît logique que le nom de Genève figure quelque part. Cela dit, aucun des représentants vaudois n’a proposé d’alternative.»

«Ces pétitionnaires se trompent car ils vivent bel et bien dans le Grand Genève», réagit pour sa part Bernard Gaud, maire du village haut-savoyard de Chevrier (F) et chef de file français du projet d’agglomération. Le comité directeur peut-il encore faire machine arrière? «Qu’ils fassent leur pétition, après on verra, poursuit Bernard Gaud. Pour le moment, le dossier est clos jusqu’à la signature du traité, à fin juin. Si on rate cette échéance, Berne n’entrera plus en matière avant quatre ans.»

L'EDITO

Une tempête dans un verre d’eau

«Le Grand Genève» est déjà en péril. Depuis que l’appellation de la future agglomération franco-valdo-genevoise qui s’étend de Bellegarde à Rolle a été dévoilée vendredi, elle provoque un vent de contestation. A tel point que certains veulent déjà l’abolir. Une pétition circule sur Facebook avec l’adhésion de nombreux politiciens, surtout des Vaudois. Franchement, ils ont du temps à perdre.

Est-ce le nom qui importe ou les projets qui sortiront de cette entité? Parce qu’on ne parle pas ici de créer une nouvelle région politique avec un Parlement et des autorités, une sorte de fusion transfrontalière. Non, ce «Grand Genève» est une structure qui permettra de faire avancer des réalisations communes. D’avoir du poids au niveau national face à d’autres agglomérations comme Zurich ou Paris.

Que des Nyonnais ou des voisins français puissent être assimilés à des Genevois donnent des boutons à certains. Et alors? Les gens qui ne se retrouvent pas dans ce nom s’y feront si les projets proposés en valent la peine. Il est évident que, parmi les 211 communes concernées, seule Genève a un nom qui dise quelque chose à des interlocuteurs nationaux et internationaux. Si on veut se faire entendre au-delà de sa région, il faut utiliser toutes les armes à disposition.

Les habitants du bout du lac ont beau aimer se regarder le nombril et croire qu’ils sont le centre du monde, il serait temps que les Vaudois et tous ceux qui se bloquent face à une dénomination surmontent leur complexe pour s’attaquer aux vrais défis coopératifs que sont les transports publics, le logement, le tourisme ou l’économie. Nom de nom!

Philippe Messeiller, Rédacteur en chef adjoint

Ce qu'ils en pensent

«Un fiasco!»

Je trouve le choix final idiot, c’est un fiasco. Si j’étais encore membre du comité, je m’y serais opposé. Quand on est petit il faut savoir dire non fermement.

Claude Ruey conseiller national libéral à la retraite et ancien conseiller d’Etat vaudois. A participé en 1995 à l’élaboration de la «première génération» du projet. Vit à Nyon (VD).

«Pas génial»

Ce n’est franchement pas génial. L’élément fédérateur aurait dû être le lac, pas celui de Genève mais le Léman. Est-ce que l’image dans le monde est plus importante que le vivre ensemble sur un territoire? Peut-être aux yeux de beaucoup.

François Meylan maire de Ferney-Voltaire (département français de l’Ain), à la frontière franco-genevoise.

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