Football - Grasshopper, ce leader qui n’impressionne personne
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FootballGrasshopper, ce leader qui n’impressionne personne

Tombé en mains chinoises, le club zurichois s’imagine déjà en grand d’Europe d’ici à 2030. Pour l’instant, il n’est pas sûr d’être promu après avoir reçu une leçon de SLO, vainqueur 2-1.

par
Nicolas Jacquier
Asllani vient d’inscrire le but de la victoire pour SLO. Oskar Buur, Aleksandar Cvetkovic, Andre Santos et le gardien Mateo Matic ne peuvent que constater les dégâts…

Asllani vient d’inscrire le but de la victoire pour SLO. Oskar Buur, Aleksandar Cvetkovic, Andre Santos et le gardien Mateo Matic ne peuvent que constater les dégâts…

Marc Schumacher/freshfocus

Voici quelque temps déjà que l’on avait un peu perdu de vue des Sauterelles criant famine, englouties dans l’anonymat d’une Challenge League qu’elles espèrent toujours quitter pour retrouver l’élite. Conséquence d’une très longue éclipse, le «Rekordmeister» (27 titres de champion, 19 Coupes) n’a, il est vrai, plus rien gagné depuis huit ans.

Après avoir longtemps dominé le football helvétique par la qualité de ses effectifs successifs - et parfois du haut de l’arrogance de ses dirigeants -, Grasshopper a même dû apprendre l’humilité lorsqu’il a chuté en deuxième division au printemps 2019. Une descente aux enfers sur fond de règlement de comptes, très loin de l’univers des nababs zurichois qui l’avaient naguère porté si haut.

Un curieux mariage à trois

Le club zurichois sest davantage signalé en sécharpant sur la place publique qu’en brillant sur les pelouses. Entre guerre des clans, bisbilles internes et risques élevés de faillite, GC a même été rejeté dans l’ombre du FC Zurich, ce voisin historiquement honni avec lequel, humiliation suprême, il doit dorénavant partager le Letzigrund avant la construction de la Crédit Suisse Arena toujours promise.

Pour siffler la fin de la cour de récréation, il a fallu l’arrivée d’investisseurs chinois qui, il y a un peu plus d’une année, ont déposé 40 millions de francs sur la table pour racheter les parts de Peter Stüber et Stephan Anliker, afin d’acquérir 90% du club.

À l’origine de ce surprenant mariage, il y a Fosun, un conglomérat chinois, déjà propriétaire de Wolverhampton Wanderers depuis 2016 et appartenant au milliardaire Guo Guangchang. Surnommé le «Warren Buffett chinois», le bonhomme, classé 34e fortune de l’Empire du Milieu, avait précédemment acheté le Club Med ainsi que la maison Lanvin. Officiellement, GC, appelé à devenir le club ferme de «WW» (une synergie existe déjà), appartient à Jenny Wang, l’épouse de M. Guangchang, laquelle s’est empressée de faire appel à Sky Sun, un jeune compatriote propulsé au rang de président exécutif pour faire tourner la boutique.

Lien direct avec le Portugal

Par effet ricochet, le club zurichois s’est aussi rapproché indirectement de Gestifute, la société du très influent Jorge Mendes, l’agent des stars (Ronaldo, Di Maria, etc.), une société en partie contrôlée par Fosun, depuis que celui-ci a acheté 15% de son capital. D’où une tête de pont renforcée entre Zurich et le Portugal, avec la présence d’une demi-douzaine de lusitaniens dans le staff élargi de João Carlos Pereira, qui avait effectué un éphémère passage sur le banc du Servette FC lors de la saison 2011-2012 (13 matches), ainsi que de sept de ses compatriotes dans l’actuel contingent zurichois.

«Ce que nous faisons ici n’est pas de la charité, c’est du business. On veut gagner de l’argent avec GC»

Sky Sun, président de GC

Alors qu’un SLO inspiré, comme il l’a si souvent été cette saison, s’est chargé vendredi soir de remettre GC à sa place en lui jouant un (sale) tour, Sky Sun n’avait pas manqué de claironner récemment les très hautes ambitions zurichoises. Avec un business plan prévoyant un titre de champion de Suisse dans les cinq ans, et l’entrée de GC dans le cercle des grandes cylindrées européennes d’ici à 2030. Rien que ça. «Ce que nous faisons ici n’est pas de la charité, c’est du business, s’était même fendu le dynamique président dans la NZZ dominicale. On veut gagner de l’argent avec GC.»

Si tout cela paraît fort impressionnant, même alléchant, sur le papier, cela l’est déjà nettement moins sur le terrain où GC a subi fort logiquement la loi de son hôte vaudois. Vendredi soir, SLO n’a fait que jouer, souvent plutôt bien, jusqu’à obtenir ce qu’il était en droit de revendiquer au vu du spectacle proposé. Le leader zurichois s’est contenté de subir avant de tout perdre. En lieu et place de la grandeur retrouvée, GC a surtout montré l’étendue de ses faiblesses. Faiblesses que Xamax n’avait pas manqué d’exploiter en lui infligeant déjà un cinglant revers sur sa pelouse au début avril.

La richesse du Stade-Lausanne-Ouchy

Si le club zurichois, qui ne possède ni la meilleure attaque du championnat (Aarau fait mieux) ni la meilleure défense (un titre honorifique qui revient à SLO), finira probablement malgré tout par retrouver la Super League dans quelques jours, Young Boys ne doit pas en faire des cauchemars. Celui qui s’imagine déjà en train de déboulonner les Bernois n’a rien d’un rouleau compresseur

Lors de cette 33e journée, on a surtout vu la richesse du jeu du SLO, servi par des individualités, dont beaucoup, à l’image de Zeki Amdouni (20 ans) et d’Alban Ajdini (21 ans), possèdent le potentiel pour évoluer dans l’élite. En comparaison, GC n’en compte pas beaucoup.

Si le succès du SLO s’en vient pimenter la fin de saison – Thoune peut encore espérer coiffer le leader -, il est aussi de nature à attiser les regrets vaudois. Quand on voit la manière dont le visiteur a marché sur Grasshopper, on se dit qu’une promotion s’est peut-être perdue en chemin!

En attendant, le nouveau pensionnaire de la Pontaise, fort de ses 51 unités, a déjà pulvérisé son record historique de la saison dernière (42). Lundi, les enchanteurs du SLO accueilleront un Xamax en mal de points. Andrea Binotto devra déployer des trésors d’ingéniosité pour contrer son ancienne équipe, bien décidée à jouer son rôle d’arbitre jusqu’au bout. Histoire d’aviver définitivement les regrets vaudois…














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