Actualisé 25.01.2019 à 16:39

ÉditoGreta Thunberg, la môme qui engueule les adultes

Star du Forum de Davos, l’adolescente suédoise militante de l’environnement utilise une arme méchamment dérangeante: la culpabilité.

von
Renaud Michiels
Greta Thunberg nous regarde et nous juge. Sévèrement.

Greta Thunberg nous regarde et nous juge. Sévèrement.

Keystone

On le pressentait, c’est arrivé: Greta Thunberg a bien été la vedette du Forum économique de Davos. Suivie pas à pas, l’adolescente suédoise de tout juste 16 ans a attiré tous les regards, fait se tendre tous les micros et toutes oreilles. Mais pourquoi, au fond?

Son constat est brutal. L’urgence climatique est absolue. Nous traversons «la plus grande crise que l’humanité ait jamais affrontée», plaide-t-elle. Mais son constat n’a rien de nouveau.

«Notre maison brûle!»

Ses mots sont forts «Je ne veux pas que vous soyez désespérés, je veux que vous paniquiez.» «Pour ne pas faire assez, il faudrait déjà que nous fassions quelque chose.» «Notre maison brûle!» Mais ils n’ont rien de nouveau non plus.

Alors? En manifestant, seule, tous les vendredis devant le parlement de Stockholm, en regardant les adultes dans les yeux, en les défiant, l’adolescente butée a fini par mettre toute une partie de la jeunesse dans la rue. Dans plus de 250 villes du globe ils étaient plus de 20 000 à interpeller les adultes.

Impossible de détourner le regard

Des jeunes. Des enfants. Nos enfants. Impossible, cette fois, de détourner le regard. Quand on débat de la planète qu’on laissera à la génération future, ça reste un peu théorique. Quand cette même génération vous la balance dans la figure, ça prend un autre poids. «Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout et pourtant vous volez leur futur sous leurs yeux», souligne Greta Thunberg. «Vous n’êtes pas assez matures pour dire les choses telles qu’elles sont. Même ce fardeau, vous nous le laissez à nous, les enfants.»

La nouveauté, avec elle, avec ses émules dans les rues, c’est probablement la culpabilité qu’on peut ressentir devant leurs reproches. Une culpabilité décuplée. De ne rien faire. De ne pas en faire assez.

L’adolescente au visage d’enfant en est d’ailleurs parfaitement consciente. «On m’écoute parce que je suis jeune. Les adultes se sentent coupables quand un enfant leur dit que leur génération a volé le futur des jeunes», a-t-elle expliqué cette semaine au Temps.

Une sale sensation

Avec Greta Thunberg, on se fait engueuler par nos enfants. C’est désagréable. C’est une sale sensation. Mais la culpabilité peut-elle être le ressort de l’action, individuelle comme collective? Peut-être. «Les enfants commencent par aimer leurs parents; devenus grands, ils les jugent», selon Oscar Wilde. On en est là. Et on a quand même très envie que la fin de sa citation se réalise: «quelquefois, ils leur pardonnent».

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