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FranceGrève: Paris se défend de jouer la montre

Alors que le mouvement de contestation contre la réforme des retraites se poursuit, le gouvernement français est accusé de le laisser «pourrir».

Quelques explications concernant la réforme des retraites.

Emmanuel Macron joue-t-il le pourrissement ? Au moment où la grève contre la réforme des retraites entre dans sa quatrième semaine, oppositions et syndicats redoublent de critiques contre l'exécutif, accusé de laisser la situation s'enliser en misant sur un retournement de l'opinion publique pour remporter le bras de fer.

Le chef de l'Etat l'avait promis le 21 décembre, depuis Abidjan, alors que débutaient les congés de fin d'année: «Il n'y aura pas de trêve pour le gouvernement pendant cette période compte tenu de nos engagements et de l'importance de la situation».

Mais l'annonce d'un agenda de concertations qui donne rendez-vous aux organisations syndicales à Matignon le 7 janvier – et pas avant – a fait s'interroger certaines d'entre elles, alors que le projet de texte sera en conseil des ministres dès le 22 janvier. Et les vacances de Noël à Marrakech de la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, qui a sous sa tutelle le portefeuille des transports, ont créé la polémique.

Une «polémique bien inutile», a répliqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner: «les ministres ont droit aussi à quelques moments de partage dans leur famille».

Aussi long qu'en 1995

Mais pour Eric Meyer, secrétaire fédéral du syndicat Sud-Rail, depuis les derniers rendez-vous à Matignon les 18 et 19 décembre, «on fait face à une stratégie du pourrissement, où il n'y a plus aucun contact entre le gouvernement et les organisations syndicales, où le gouvernement est en vacances et laisse la grève se maintenir jusqu'à la rentrée, jusqu'à on ne sait pas quand», a-t-il accusé sur franceinfo.

Faux, rétorque Matignon, qui souligne la «volonté forte du gouvernement de continuer les discussions sur les sujets identifiés par les organisations syndicales et ce dans un calendrier qui puisse permettre d'avancer rapidement».

«Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de rendez-vous qu'il n'y a pas de travail», assure Sylvain Maillard, porte-parole des députés LREM, alors que le conflit, déjà aussi long que celui de 1995, semble bien parti pour dépasser le record de 28 jours atteint en 1986/87 à la SNCF.

D'ailleurs, le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari et le nouveau «monsieur Retraites» du gouvernement, Laurent Pietrasweski, ont arraché cette semaine une suspension de l'appel à la grève de quatre syndicats d'hôtesses et stewards à partir du 3 janvier grâce à des «garanties» données.

«Gagner du temps»

«Ceux qui parlent de 'stratégie de pourrissement' entretiennent volontairement une confusion afin de rouvrir le sujet des régimes spéciaux et de justifier la poursuite de la grève dans les transports publics», alors que «des propositions fortes» ont été faites à la RATP et la SNCF, fait valoir un conseiller de l'exécutif.

Mais les interrogations demeurent sur la stratégie du gouvernement, accusé tour à tour d'«amateurisme», avec l'annonce de la réforme à quelques encablures des vacances de Noël, et de «provocation», avec le maintien de l'idée d'un âge-pivot, combattue y compris par la CFDT.

Pour Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique, on est bien «dans une stratégie de pourrissement», qui permet de «gagner du temps», alors que l'équilibre des forces dans un conflit social est par nature «pas symétrique»: le gouvernement «maîtrise l'agenda», tandis que les syndicats «sont pressés par leur base», qui «n'a pas forcément les moyens de tenir une grève très longue».

Sauf que cela revient aussi à prendre le risque d'un «conflit très dur» et d'une «radicalisation», un an après la crise des «gilets jaunes», met-il en garde.

«Rien de concret»

La séquence ouvre en tout cas un boulevard aux critiques de l'opposition, alors que les sondages d'avant-Noël montraient un soutien toujours majoritaire des Français au mouvement.

A gauche, le député LFI Eric Coquerel dénonce un faux-semblant de discussions, «rien de concret» pour les cheminots, alors que «ça fait des mois et des mois qu'ils négocient».

En jouant «l'épreuve de force» et «le pourrissement», le gouvernement «espère à terme que la lassitude des usagers se retournera contre les grévistes», a estimé Thierry Mariani, député européen RN et ex-ministre des Transports, sur BFMTV, brocardant «un ministre parti à Marrakech» et «un président de la République au Fort de Brégançon» alors que «les Français sont dans la galère».

Macron attendu le 31

Emmanuel Macron devra apporter lors de ses voeux du 31 décembre aux Français «des clarifications» sur ce que contiendra, ou pas, le texte sur la réforme des retraites, a souhaité vendredi Damien Abad, patron des députés LR. Ce dernier attend aussi «surtout qu'il réconcilie les Français», alors que «la fracture sociale et territoriale est sans précédent» dans le pays, a-t-il estimé sur RTL. «j'attends qu'il apporte des clarifications sur sa volonté dans la réforme des retraites, qu'il explique ce qu'il y aura et ce qu'il n'y aura pas dans le texte», a ajouté le député, souhaitant «un certain nombre de réponses concrètes», en particulier sur le maintien, ou pas, de l'âge-pivot dans la réforme.

(ats)

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