Commentaire - Grévistes du climat: un avant-goût des mesures policières?
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CommentaireGrévistes du climat: un avant-goût des mesures policières?

Les perquisitions effectuées dans le canton de Vaud montrent que le Ministère public de la Confédération est prêt à utiliser les gros moyens contre un mouvement politique marginal.

par
Eric Felley
Kelmy, militant de la Grève du climat Vaud, montre à la RTS le mandat de perquisition que les agents de la police fédérale lui ont montré le mercredi 26 mai au matin.

Kelmy, militant de la Grève du climat Vaud, montre à la RTS le mandat de perquisition que les agents de la police fédérale lui ont montré le mercredi 26 mai au matin.

RTS

La descente de police effectuée le mercredi 26 mai chez trois grévistes du climat dans le canton de Vaud n’est pas un événement anodin dans la façon dont certaines autorités interprètent la sécurité dans ce pays. Les trois grévistes ont publié un communiqué en mai 2020 appelant à faire la «grève militaire», soit ne pas payer la taxe et ne pas aller au service. Dans quelle mesure cet appel antimilitariste a-t-il été entendu? A-t-il eu pour conséquence une baisse des rentrées de la taxe et une vague de refus de servir? Pas que l’on sache.

Mais le Ministère public de la Confédération, lui-même, a estimé qu’il y avait là une incitation au crime. Une simple appréciation sur l’émetteur de cet appel, et de son réel impact, suffisait pour en déduire que, du point de vue sécuritaire, ce communiqué n’était qu’une bagatelle. Mais voilà, la police fédérale a mis sous surveillance tout ce petite monde des grévistes du climat pour finir par en viser trois, dont deux semble-t-il n’ont rien à voir avec la lettre. C’est utiliser un canon pour tirer sur les mouches.

Grévistes et terroristes

La conseillère nationale Ada Mara (PS/VD) a réagi dans cette affaire en tirant un lien avec les mesures policières contre le terrorisme. Elle a rappelé les propos récents de son collègue Olivier Feller (PLR/VD): «Ceux qui affirment que les manifestants féministes ou écologistes pourraient être embêtés par la loi, cela me fait bien rire, les manifestants ne sont pas des terroristes au sens de la loi». Ada Marra lui rappelle que, sans cette loi, le Ministère public prend déjà des mesures «disproportionnées» contre des grévistes du climat.

Cet épisode montre en tout cas une chose, le Ministère public de la Confédération dispose de suffisamment de ressources et de latitude avec la loi actuelle pour s’occuper d’un cas, fut-il aussi peu pertinent pour la sécurité du pays. Les grévistes ont été surveillés et appréhendés un peu comme on l’aurait fait avec des terroristes potentiels. Rappelons que le Conseil fédéral avait affirmé en plénum à Berne que ce communiqué relevait de la liberté d’expression.

Contre les mouvements marginaux

Dans la loi sur les mesures policières contre le terrorisme, il n’est nulle part précisé de quel «terrorisme» on parle. Une fois cette loi en place, ce seront donc des policiers qui devront apprécier si un «gréviste du climat» est un «terroriste potentiel», comme le définit la loi, ou s’il fait le jeu des terroristes en affaiblissant notre armée, ou Dieu sait quelle autre réflexion de ce genre. Ils voudront se méfier aussi des antispécistes, qui menacent les abattoirs. Ces policiers se sentiront en tout cas encouragés à élargir la notion de «terroriste» par certains élus de droite à Berne, qui vouent une haine tenace contre tous ces mouvements marginaux qui font du bruit dans la rue.

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