Football: Grichting: «Ça me fait mal de voir GC comme ça»
Publié

FootballGrichting: «Ça me fait mal de voir GC comme ça»

L'ancien défenseur international, qui avait terminé sa carrière avec Grasshopper en 2015, voit avec tristesse la relégation tout sauf actée du légendaire club zurichois en Challenge League.

par
Oliver Dufour
Stéphane Grichting avait terminé sa carrière de joueur sous les couleurs du «Rekordmeister».

Stéphane Grichting avait terminé sa carrière de joueur sous les couleurs du «Rekordmeister».

Keystone

Alors qu'il reste encore quatre matches de Super League à disputer cette saison, le sort de Grasshopper est pour ainsi dire joué. Pour arracher au mieux une place de barragiste face à l'équipe classée deuxième de Challenge League, il faudrait que GC aligne quatre larges victoires tout en comptant sur autant de défaites sévères de Neuchâtel Xamax et rattraper une différence de buts largement défavorable. Possible, mais très improbable.

«Dans la mesure où GC n'a plus gagné depuis novembre dernier, je n'y crois pas, concède Stéphane Grichting, réaliste. Xamax est en plus dans une bonne dynamique en ce moment.» Pour l'ancien défenseur international, aujourd'hui âgé de 40 ans, la lente et inexorable descente aux enfers du club le plus titré de Suisse est le résultat d'un mal qui le gangrène depuis de nombreuses saisons. «L'équipe aurait déjà dû être reléguée au terme de la saison 2011-2012, juste avant que je m'engage là-bas, se souvient le Valaisan. Elle n'avait dû son salut qu'au dépôt de bilan de Xamax et au retrait de 36 points au FC Sion sur le tapis vert. Grasshopper avait profité de ce coup du sort pour remettre un peu d'ordre, avec l'arrivée d'André Dosé à la présidence et d'Uli Forte devant le banc. Nous avions fini deuxièmes du classement deux fois de suite et remporté la Coupe de Suisse en 2013.»

Mais les mauvais réflexes ont rapidement repris le dessus chez le «Rekordmeister», 27 fois champion national. Le président Dosé avait d'ailleurs déjà été écarté en décembre 2013, faute d'avoir satisfait les ambitions financières du conseil d'administration. «La situation actuelle était prévisible, estime Stéphane Grichting. Les signaux étaient déjà à l'orange, voire au rouge, depuis un moment. On peut dire que depuis les dirigeants ont plus ou moins tout fait faux. Un des problèmes est qu'il y a de nombreux contributeurs financiers qui veulent tous influencer la politique sportive, donc ça crée un climat malsain, néfaste pour le club. Forcément, ça me fait mal de voir GC comme ça. J'y connais encore du monde, parmi le staff et les supporters. Ce n'est jamais agréable de voir un club historique, une partie du patrimoine du football suisse, sombrer comme ça. Avec tous le respect que j'ai pour des équipes comme Aarau ou Vaduz, Grasshopper a bien plus sa place dans l'élite qu'eux, qui n'ont pas la même histoire. J'ai davantage envie de voir cette équipe jouer là.»

«Si Forte n'y arrive pas, je ne sais pas qui pourra»

Pour le résident de Savièse (VS), aujourd'hui actif dans le coaching physique avec la relève du ski suisse, la réaction tardive devant le manque de résultats obtenus sous les ordres de l'entraîneur Thorsten Fink, finalement licencié en mars, a également précipité la déconfiture sportive des zurichois. «Je n'ai rien contre Fink, mais quand on voit qu'il n'a obtenu aucun résultat durant tout ce temps… Et ensuite on le remplace par un inconnu qui n'a pas la moindre connaissance de notre championnat et qui a été à son tour remercié après seulement cinq matches. En plus, il y a eu quatre ou cinq départs de joueurs à Noël qui n'ont jamais été compensés. La vie n'est jamais un long fleuve tranquille à GC. C'est un club à part et il faut en comprendre les rouages pour que ça marche.»

Malgré la noirceur du tableau dépeint, Stéphane Grichting garde foi en l'avenir. Les décisions prises récemment pourraient contribuer à remettre les Sauterelles sur la bonne voie. «Le positif, c'est que les dirigeants semblent avoir compris à temps qu'il fallait préparer l'avenir en Challenge League. S'ils avaient attendu d'être officiellement relégués, ils n'auraient disposé que d'un mois avant la reprise estivale. C'est trop tard si on se réveille en juin. A ce titre, le retour d'Uli Forte est une très bonne chose. Il a remis en place une partie du staff de 2012, avec notamment l'assistant Zoltan Kadar. Uli est un coach hyper compétent et un incroyable travailleur. Le premier à arriver à l'entraînement, le dernier à partir. Il connaît les joueurs du championnat suisse sur le bout des doigts. Je me souviens des discussions que j'avais eues avec lui avant de venir à GC. Il savait déjà presque tout de moi. Le prénom de ma femme, le fait que j'avais trois enfants… Il a une attention particulière pour ses joueurs. Si lui n'arrive pas à redresser la barre, je ne sais pas qui pourra le faire.»

«Les Zurichois préfèrent le théâtre et l'événementiel»

Ces efforts seront-ils suffisants pour faire revivre le fleuron du football zurichois dans une ville dont l'autre club est lui aussi sous la menace d'une relégation? «C'est certain, il faudra trouver des ressources financières. C'est compliqué. Zurich est la première ville du pays qui avait jusqu'ici deux clubs dans l'élite, mais qui attendent tous les deux un vrai stade depuis 2005 et la disparition du Hardturm. GC et le FCZ jouent dans un stade d'athlétisme devant des affluences maigres. Il y a de l'argent, mais les gens sont plus intéressés par le théâtre, les sorties culturelles ou événementielles. Le football a beaucoup changé au cours des dernières années et il faut bien se rendre compte que, comme avec Saint-Etienne en France, ce n'est pas parce qu'on a un passé glorieux que tout va automatiquement bien se passer. Il y a des fantômes dans ce club de GC et il va falloir bien tout remettre à plat pour repartir sur des bases saines», conclut Stéphane Grichting.

Votre opinion