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Hockey sur glaceGros manque à gagner sans bières dans les patinoires

Une interdiction de la vente de bières dans les patinoires serait catastrophique pour la santé financière des clubs. Un manque à gagner de 8 à 10 millions de francs est articulé.

par
Emmanuel Favre
Keystone

Catastrophe. Mûrement cogité, le mot sort de la bouche de Pius-David Kuonen lorsqu’il évoque l’intention de la Conférence des directrices et directeurs des Départements cantonaux de justice et police (CCDJP) d’interdire la vente de bière dont le taux d’alcool dépasse les 4,5%.

Le président de la Ligue nationale le sait mieux que quiconque: la santé financière des clubs est grandement tributaire de l’apport des brasseurs et donc de la décision politique attendue le mois prochain.

Des brasseurs consternés

Cette saison, les douze organisations de LNA ont conclu un contrat de sponsoring principal avec une marque de bière qui, en échange, a obtenu l’exclusivité de la vente dans l’enceinte. «En LNA, un tel accord rapporte entre 200 000 et 500 000 francs à chaque équipe, estime une personne impliquée dans l’une de ces négociations. A ce chiffre, il faut ensuite ajouter le produit de la vente.»

Aujourd’hui, une bière coûte entre 5 et 6 francs. Au bout de compte, selon les projections de quelques dirigeants d’équipes, une interdiction de la vente de ces boissons dans les patinoires pourrait entraîner un manque à gagner de 8 à 10 millions de francs pour l’ensemble de la LNA. «La projection est correcte, corrobore Pius-David Kuonen. Mais j’espère que nous ne serons pas contraints de la vérifier dans la réalité. Nous devons faire comprendre au monde politique que les patinoires ne recèlent que 1% d’abrutis et 99% des spectateurs se comportent correctement même s’ils boivent une ou deux bières.»

Vers de la bière «light»?

Les brasseurs ont opéré un constat similaire. «La grande majorité des fans boit de la bière et ne pose aucun problème, souligne Markus Werner, responsable de la communication chez Feldschlösschen, groupe associé à cinq clubs de LNA. C’est beaucoup trop facile de réduire la question de la sécurité dans les stades à l’alcool.» Il cite un exemple: «Pendant la dernière fête de lutte et des jeux alpestres à Frauenfeld, les fans ont bu 200 000 litres de bière pendant trois jours. Pourtant, l’ambiance était à tout moment joyeuse et paisible.»

Si les bières à plus de 4,5% d’alcool devaient disparaître des patinoires, les brasseurs se détourneraient-ils du hockey? Les intentions sont claires chez Heineken, dont la société est liée à trois formations de LNA: «Nous ne changerions rien à nos engagements, mentionne Olivier Burger, porte-parole. Avec notre gamme de bière au taux d’alcool de 2,8% et nos bières sans alcool nous pourrions répondre à la demande.» Elles sont encore enrobées d’incertitudes chez Feldchlösschen. «A ce jour, il est trop tôt pour discuter de notre futur engagement, signale Markus Werner. Nous ne connaissons pas encore les conditions et les règles qui seront établies.»

D’où l’inquiétude d’un milieu lié depuis des dizaines d’années à la manne du houblon. «L’association entre le hockey et la bière est culturelle», rappelle Pius-David Kuonen, qui a joué en LNA avant d’embrasser une carrière de dirigeant. Et qui a souvent eu l’occasion de vérifier son affirmation dans toutes les patinoires du pays.

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