Formule 1: Guanyou Zhou doit sa vie au halo

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Formule 1Guanyou Zhou doit sa vie au halo

Le pilote chinois est sorti indemne de son terrible accident du premier virage de Silverstone. Pourtant, l’arceau de sa Sauber C42 s’est cassé et ne protégeait plus son casque.

par
Luc Domenjoz
(Silverstone)

Un choc terrible

Les images de l’accident de Guanyou Zhou (prononcer «Jo») parlent d’elles-mêmes: au départ du Grand Prix d’Angleterre, après avoir été renversée par la Mercedes de George Russell, la Sauber du Chinois a glissé «sur le toit» à travers la piste et le bac à gravier jusqu’à aller taper les pneus bordant le premier virage, avant de basculer sur la barrière, se faire arrêter par les grillages et retomber, coincée entre les grillages et le rail.

Derrière, un «suraccident» a été plus violent encore pour Alex Albon, qui a freiné pour éviter Valtteri Bottas, qui a lui-même «pilé» en voyant l’accident de Guanyou Zhou. Le Thaïlandais a alors été percuté par l’Aston Martin de Sebastian Vettel qui a envoyé sa Williams dans le mur des stands, tapé très sèchement, un choc qui a causé de fortes douleurs au dos pour son pilote. Alex Albon a dû être emmené en hélicoptère à l’hôpital de Coventry, dont il est sorti tard dimanche soir - indemne, il sera au départ du Grand Prix d’Autriche dimanche prochain.

Guanyou Zhou, pour sa part, a en fait subi un choc moins violent que le Thaïlandais. Emmené au centre médical du circuit, le Chinois en a rapidement été libéré, totalement indemne.

Mais il a eu de la chance. L’arceau de sécurité fixé sur le châssis, sur le moteur, a cassé au moment où sa Sauber C42 s’est retournée - alors que cet arceau est justement là pour protéger le pilote quand la voiture se retourne. Le pilote a alors été sauvé par son halo, le triangle de carbone qui entoure le cockpit et qui avait déjà sauvé la vie de Romain Grosjean à Bahreïn, en 2020.

Les photos en gros plans de son accident montrent en effet que le casque de Guanyou Zhou ne frottait pas la piste au moment où sa monoplace glissait à l’envers. «Je suis très content d’être indemne, a admis le Chinois une fois revenu à son stand. Les commissaires et l’équipe médicale ont été fantastiques, ils étaient très vite sur place. Mais je remercie aussi la FIA (ndlr: la Fédération Internationale de l’Automobile) pour le travail qu’elle a fait et continue de faire pour améliorer la sécurité de nos voitures. La halo m’a sauvé aujourd’hui.»

Le casque de Guanyou Zhou ne frottait pas la piste au moment où sa monoplace glissait à l’envers.

Le casque de Guanyou Zhou ne frottait pas la piste au moment où sa monoplace glissait à l’envers.

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«Quand j’ai vu les images de l’accident, j’ai eu un choc, ajoute Carlos Sainz, le vainqueur du jour. Je crois qu’on peut remercier la FIA pour avoir nettement amélioré la sécurité des courses.»

Ne perdant pas le nord, Sergio Perez a profité de la situation pour parler de son salaire!  Quand je pense que certains veulent plafonner nos revenus, cet accident démontre que ce sont nous, les pilotes, qui prenons des risques», a ajouté le Mexicain, un peu opportuniste et hors-sujet.

Sept protestataires arrêtés

Le groupe «Just stop oil» (Arrêtez le pétrole) avait prévenu qu’il avait l’intention de manifester pendant le Grand Prix d’Angleterre en bloquant la piste.

La police locale avait demandé aux activistes de renoncer à une action qui pouvait être dangereuse pour les manifestants, pour les pilotes et même pour les commissaires de piste. Mais le groupe a maintenu l’événement, et sept personnes ont franchi les grillages pour se précipiter sur la piste et s’y asseoir au moment du départ du Grand Prix d’Angleterre.

Leur manifestation n’a été remarquée par pratiquement personne puisque la course a été stoppée dès les premiers mètres en raison du carambolage du départ. «J’ai vu des gens avec des vestes orange sur le bord de la piste, raconte Charles Leclerc. Je les ai d’abord confondus avec des commissaires, puis j’ai vu qu’il y avait quelque chose d’écrit sur leur veste. Mais on est passé trop vite, je n’ai pas pu lire!»

La course étant stoppée, les sept activistes assis sur la piste ont été arrêtés. A l’arrivée de la course, Lewis Hamilton a d’abord dit saluer ceux qui veulent agir pour la planète, ajoutant qu’il faudrait qu’ils soient «plus nombreux», avant de dénoncer une méthode qui aurait pu se montrer dangereuse.

«Ce sont des personnes totalement irresponsables, qui ont mis leur vie et celle des autres en danger», a tonné Stefano Domenicali, le patron de Liberty Media (la société qui détient les droits commerciaux de la F1) dimanche soir. «Vous protestez comme vous le souhaitez, mais ce qu’ils ont fait était ridicule.»

Stefano Domenicali: «Ce sont des personnes totalement irresponsables, qui ont mis leur vie et celle des autres en danger.»

Stefano Domenicali: «Ce sont des personnes totalement irresponsables, qui ont mis leur vie et celle des autres en danger.»

AFP

La course ruinée de Max Verstappen

Une fois la course repartie après le carambolage du départ, Max Verstappen a rapidement pris la tête devant Carlos Sainz avant de ralentir, croyant à une crevaison.

Mais quatre pneus neufs n’ont rien changé au problème: le Néerlandais avait roulé sur le débris d’une Alpha Tauri, l’écurie sœur de Red Bull, après l’accrochage entre ses deux pilotes, Yuki Tsunoda et Pierre Gasly. L’extrémité d’un aileron avant d’une des deux Alpha Tauri était resté coincé sous la Red Bull, lui faisant perdre 20% d’efficacité aérodynamique. «Cette pièce s’est coincée sous le fond de la voiture de Max, et au fil des tours elle s’est comme creusée une place dans le plancher. Toute un partie de son fond s’est arrachée», expliquait Christian Horner, le patron de l’écurie Red Bull, après l’arrivée.

Max Verstappen a terminé à la septième place, ce qu’il jugeait «pas si mal» vu les circonstances.

Max Verstappen a limité les dégâts au vu des circonstances.

Max Verstappen a limité les dégâts au vu des circonstances.

AFP

Ferrari a choisi Sainz et non Leclerc

A 14 tours de l’arrivée du Grand Prix d’Angleterre, Charles Leclerc menait la course sur sa Ferrari, devant Carlos Sainz et Lewis Hamilton.

C’est à ce moment que l’Alpine d’Esteban Ocon est tombée en panne en plein milieu de la piste, contraignant la direction de course à la neutraliser derrière la voiture de sécurité.

Ferrari a alors demandé à Carlos Sainz de s’arrêter pour chausser des pneus neufs, imité par Lewis Hamilton juste derrière lui. Charles Leclerc est resté en piste avec ses pneus durs usés, et il savait qu’une fois la course repartie, il n’aurait aucune chance de rester en tête devant trois pilotes qui avaient chaussé des gommes neuves - le Monégasque a finalement terminé quatrième.

Carlos Sainz, qui arrive à son stand, a été préféré à Charles Leclerc par son écurie.

Carlos Sainz, qui arrive à son stand, a été préféré à Charles Leclerc par son écurie.

AFP

Après la course, Mattia Binotto, le patron de Ferrari, a essayé de justifier pourquoi l’écurie avait choisi Carlos Sainz plutôt que Charles Leclerc. «Il n’y avait pas suffisamment d’espace entre eux pour les stopper les deux, le deuxième aurait dû attendre et aurait perdu une place. Et les pneus de Charles avaient 6 ou 7 tours de moins que ceux de Carlos, c’est pourquoi nous avons arrêté Carlos.»

Le patron soutient que Ferrari a fait le bon choix: «Nous avons pris les bonnes décisions à chaque moment de la course», insiste-t-il.

Il a pourtant dû consoler Charles Leclerc après la course, le Monégasque étant une nouvelle fois irréprochable et n’ayant pas gagné. C’est le quatrième Grand Prix qu’il était en position de gagner et qu’il a perdu en raison de pannes ou de stratégies de son équipe…

Le patron de Ferrari Mattia Binotto est convaincu d’avoir «pris les bonnes décisions à chaque moment de la course».

Le patron de Ferrari Mattia Binotto est convaincu d’avoir «pris les bonnes décisions à chaque moment de la course».

AFP

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