Bienne: Guitol sur les planches à 79 ans: déjanté!

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BienneGuitol sur les planches à 79 ans: déjanté!

Personnalité biennoise, l’ancien cafetier René Triponez fait du théâtre pour la première fois dans dix petits rôles qui en font un grand.

par
Vincent Donzé
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Premier rôle au théâtre pour René «Guitol» Triponez. Ou plutôt premiers rôles…

Premier rôle au théâtre pour René «Guitol» Triponez. Ou plutôt premiers rôles…

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La pièce écrite sur mesure par Pierre-Alain «Palin» Jeannet sera présentée trois fois entre vendredi et lundi.

La pièce écrite sur mesure par Pierre-Alain «Palin» Jeannet sera présentée trois fois entre vendredi et lundi.

lematin.ch/Vincent Donzé
«Des fois, il oublie. C’est l’âge!», c’est une réplique qui colle bien à Guitol.

«Des fois, il oublie. C’est l’âge!», c’est une réplique qui colle bien à Guitol.

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Casquette blanche et lunettes noires quand le soleil brille, le rocker biennois René «Guitol» Triponez remontera sur scène à 79 ans, mais pas dans son rôle de chanteur de rock. Le metteur en scène Pierre Alain «Palin» Jeannet l’a pris au mot quand Guitol lui a confié son envie d’avoir un petit rôle au théâtre. Il lui en a attribué une dizaine d’un coup, des petits rôles, pour un spectacle taillé sur mesure.

«C’était une «Schnaps Idee»…», a reconnu René «Guitol» Triponez dans «Le Journal du Jura», en usant d’une expression biennoise suggérant que l’eau-de-vie fait faire n’importe quoi… Mais cette idée de faire du théâtre n’était pas aussi spontanée qu’elle en avait l’air: elle reflétait un vieux rêve endormi.

Yellow Snow

Leader successif de «Les Vampires», «G. and the Swing Machine», «Yellow Snow» et «Ze Shnabr», Guitol est retraité depuis qu’il a remis l’«Atomic Café» à son fils Tristan, lequel a doublé la surface de l’établissement pour y aménager une scène genre café-concert.

«Je n’aime pas recevoir des ordres, et je n’aime pas en donner», indique Guitol pour expliquer sa trajectoire de vie, depuis sa petite enfance à La Chaux-de-Fonds avec un père des Breuleux et une mère des Bois. Né le 2 juillet 1943, la même année que le leader des «Rolling Stones» Mick Jagger, René Triponez ne sait pas pourquoi on l’appelle Guitol depuis sa 5e année: «Ce doit être un dérivé de mon nom de famille, peut-être en rapport avec guignol…», suggère ce retraité qui faisait «toujours un peu le fou» quand il était gamin.

Un peu gitans

Guitol avait six ans quand ses parents ouvriers se sont établis à Bienne sans parler suisse allemand. Ce ne sont pas eux ni leurs amis «un peu gitans» qui l’ont conduit sur scène, même si son père faisait partie d’un chœur d’hommes dans un registre classique. C’est son frère aîné qui l’a initié au jazz de Louis Armstrong. La musique lui est venue à travers un harmonica, à l’âge de douze ans, et sa scolarité a été jalonnée de petits rôles au théâtre.

Son apprentissage qui l’a conduit à Lausanne a fait de lui un photographe de laboratoire, «un métier qui n’existe plus», remarque-t-il. Pour nouer les deux bouts, Guitol était vendeur dans un magasin «Migros-Electronics» quand, pour devenir indépendant après avoir initié le «Sputnik Bar» au premier étage du restaurant «St-Gervais», il a ouvert avec son épouse Rosmarie l’«Atomic Café», qui deviendra en 1996 le premier «internet café» en ville…

«J’adore ça»

Quand son metteur en scène le traite de cabotin, c’est Guitol lui-même qui relate ce qualificatif, comme s’il le revendiquait. Les deux hommes se taquinent, se charrient. Leur dialogue hors scène pourrait y entrer: «J’adore ça, j’aime bien jouer ce rôle», confie Guitol. «Tant qu’il a son texte dans ses chemises en plastique…», rigole Palin.

La musique, c’est une passion, avec une présence scénique calquée sur Elvis Presley. Passer de la chanson au théâtre n’a pas compliqué la mémorisation: «Mémoriser un texte sans la mélodie, c’est plus facile», assure le comédien amateur. À un moment donné de la conversation, Guitol se lasse: «J’ai de la peine à m’exprimer, je n’aime pas parler de moi», affirme cet éternel indiscipliné.

En mode discret le jour, bête de scène la nuit: Guitol sur scène en string, c’était il y a vingt ans à l’exposition nationale «Expo.02».

En mode discret le jour, bête de scène la nuit: Guitol sur scène en string, c’était il y a vingt ans à l’exposition nationale «Expo.02».

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«Ce qui le caractérise, c’est la brièveté de ses réponses», glisse son metteur en scène, un professeur de français parti à la retraite après avoir écrit ou mis en scène de nombreuses pièces de théâtre au Gymnase français de Bienne.

La farce écrite pour Guitol raconte les tribulations d’un comédien débutant aux prises avec un metteur en scène trop dirigiste à son goût. «Guitol n’est pas quelqu’un de très discipliné. Il a aussi parfois des problèmes de mémoire!» a confié Palin au «Journal du Jura». Des allusions à Molière et à Shakespeare parsèment sa pièce «Drôles de petits rôles», jouée samedi, dimanche et lundi prochains à 20 heures à l’Atomic Café, avec des clins d’œil aux Monty Python.

Extrait de la pièce:

Palin: «Mais tu fous quoi, là?»

Guitol: «Je joue…»

Palin: «Tu joues pas, tu chantes!»

Guitol: «Ah ouais, c’est vrai!»

Palin: «C’est pas ce qu’on avait dit, tu m’as dit que tu voulais remonter sur scène, mais pas pour faire de la musique; tu m’as dit que tu rêvais d’une fois jouer un petit rôle de théâtre. Tu te souviens?»

Guitol: «Ah ouais, c’est vrai!»

Palin (à Colin): «Et toi, pourquoi tu l’accompagnes, c’est pas dans le texte…»

Colin: «Tu m’as dit que s’il dérapait, j’avais qu’à improviser, alors j’ai improvisé…»

Palin. «Bon! Excusez-le, il oublie des fois, c’est l’âge…»

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