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EnquêteHallucinant plagiat à l'université de Neuchâtel

Le livre de référence du Master en business international est truffé de plagiats! Enquête sur sept ans d'imposture.

par
Ludovic Rocchi

Les dirigeants de l'Université de Neuchâtel sont-ils aveugles? La question se pose avec les nouvelles révélations que «Le Matin» est en mesure de publier sur le scandale qui couve à la Faculté des sciences économiques depuis de nombreux mois. Il y est notamment question de plagiat et il crève les yeux. En quelques clics sur Internet, nous avons en effet pu établir l'énormité du plagiat qui mine un ouvrage obligatoire pour le master le plus prisé des Sciences économiques.

Preuves accablantes

Il s'agit du Master en développement international des affaires, placé sous la houlette du Pr Sam Blili, controversé directeur de l'Institut de l'entreprise. En 2006, ce dernier a lui-même signé et édité le livre truffé de plagiats, avec la complicité de Francis Sermet, ex-star de la promotion économique neuchâteloise et romande. Hier, ni l'un ni l'autre n'ont daigné répondre à nos questions sur les preuves accablantes que nous avons réunies (lire ci-contre). Vendu environ 30 francs aux étudiants depuis 2006, ce livre est censé détailler sur 430 pages les recettes de «La Suisse qui gagne». Sous ce titre se cache en fait un ramassis d'extraits de rapports et de textes d'auteurs rarement référencés selon les règles académiques de lutte contre le plagiat.

Tout commence mal, dès l'avant-propos des auteurs, où ils réussissent à enchaîner deux textes repompés. Le premier se retrouve dans le rapport d'une ONG tiers-mondiste, le second a paru en 2004 dans le magazine Jeune Afrique.

Etudiants induits en erreur

Malgré treize pages (!) de références bibliographiques, ces deux sources plagiées n'y figurent pas. Il en va de même pour un rapport édité en 1999 par l'Assemblée nationale française. Consacré aux modèles de promotions économiques européens, il s'attarde notamment sur les Pays-Bas. Ni une ni deux, Sam Blili et Francis Sermet se servent des lignes écrites sur les Pays-Bas pour vanter les mérites de la promotion économique romande.

La «politique régionale des Pays-Bas», citée dans le texte original, devient celle des cantons! Cette forme sophistiquée de plagiat induit en erreur le lecteur et, avant tout, les étudiants sur la valeur scientifique de la démonstration du succès suisse. Le même procédé est appliqué à un rapport du gouvernement canadien sur les PME québécoises. Injecté dans plusieurs chapitres, le texte canadien est helvétisé pour effacer les traces. Malheureusement pour les auteurs, quelques heures passées sur Google suffisent à repérer leur imposture.

Nous pourrions citer d'autres exemples de plagiat que nous avons détectés. Mais le caractère accablant des passages déjà cités semble suffisant pour poser la question: que fait encore ce livre dans le cursus universitaire à Neuchâtel? Et pourquoi le professeur n'a-t-il toujours pas été sanctionné, sachant que Francis Sermet, lui, n'est plus employé par l'Etat et fait des affaires en Turquie?

Mille heures d'enquête

A Neuchâtel, ces questions résonnent dans le vide. Les responsables de cette déroute se renvoient la balle depuis six mois. Président du Conseil de l'Université, Dick Marty a pourtant mandaté des experts internes qui ont enquêté 1000 heures – oui, mille heures! Mais il n'en est rien ressorti d'autre qu'un vaseux communiqué publié ce mois. «Nous ne donnons pas d'autres informations», nous a fait savoir hier le gardien en chef de l'Uni.

A part un savant démontage des premières révélations du «Matin» sans apporter d'explications concrètes, le communiqué mentionne bien un «soupçon de plagiat». Mais, attention, il faut maintenant que le Conseil d'Etat décide d'ouvrir une vraie enquête administrative pour éventuellement se rendre à l'évidence. Ministre de l'Education, Philippe Gnaegi est dans ses petits souliers, à quelques jours des élections au gouvernement. «Si le plagiat est confirmé, nous sévirons», dit-il prudemment. Avec Dick Marty et ses enquêteurs, le ministre sait pourtant depuis des mois qu'il y a plagiat dans «La Suisse qui gagne» et certainement dans un second ouvrage publié par le Pr Blili. Alors, rendez-vous dans mille heures?  

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