29.10.2018 à 07:11

AllemagneHambach: des Romands ont aidé à bloquer la mine

Des milliers de défenseurs du climat venus de toute l'Europe se sont rassemblés en Allemagne pour frapper un grand coup: ils se préparent à bloquer la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d'Europe. Des Suisses sont parmi eux.

par
Pauline Rumpf
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Sheridan, Simon, Antoine, Alice et Alex (de gauche à droite) ont pris la route depuis Lausanne pour se joindre à l'action.

Sheridan, Simon, Antoine, Alice et Alex (de gauche à droite) ont pris la route depuis Lausanne pour se joindre à l'action.

Pauline Rumpf
Le petit groupe de romands realise l'ampleur de la mine en voyant passer l'incessant va-et-vient de camions transportant du charbon.

Le petit groupe de romands realise l'ampleur de la mine en voyant passer l'incessant va-et-vient de camions transportant du charbon.

Pauline Rumpf
A l'arrivée à la gare, une importante mobilisation de police attend les arrivants, donnant d'emblée le ton de ce weekend très particulier.

A l'arrivée à la gare, une importante mobilisation de police attend les arrivants, donnant d'emblée le ton de ce weekend très particulier.

Pauline Rumpf

A l’aube samedi matin, une ambiance électrique régnait aux alentours de Hambach, en Allemagne. Quelque 6500 manifestants s’apprêtaient à participer à l’édition 2018 de Ende Gelände, désormais la plus grande action de désobéissance civile d’Europe. But: bloquer une gigantesque mine de charbon, la plus polluante du continent, et lutter contre la déforestation. Des dizaines de Romands étaient parmi eux.

«Quand on se bat chacun de son côté, on ne réalise pas l’ampleur de ce qu’on peut faire avec la puissance du groupe», explique Antoine, 23 ans. L’action, régie par les principes du pacifisme et de la désobéissance civile, avait pour but de passer les barrages policiers grâce à la force du nombre, pour immobiliser la mine par la présence des manifestants. Objectif: bloquer les rails permettant le transport du charbon. Le cortège est toutefois resté bloqué une heure face à un premier blocus, pendant qu’un nouveau trajet se négociait.

L’interminable file s’est donc scindée pour traverser les champs en courant, sous le regard d’une vingtaine d’agents dépassés par la surprise. Ils étaient presque 3000 à atteindre leur but, et un millier de personnes a passé la nuit sur les voies, refusant les injonctions à dissoudre le rassemblement. Les romands, eux, sont restés encerclés.

«Ça peut sembler un peu frustrant, mais c’est le principe d’une action collective, raconte Antoine. Notre groupe a occupé l’attention de la police pendant plusieurs heures, ce qui a permis à une autre partie du groupe d’atteindre son objectif.» Mise à part quelques jets de spray au poivre et quelques coups de matraque, militants et policiers se sont toutefois côtoyés avec calme et sang- froid. «Ça reste très impressionnant d’être face à ces armoires à glace», avaient prévenu les habitués.

«L’important était aussi de faire passer un message poursuit Simon, 22 ans. «La désobéissance civile est un symbole puissant», conclut enfin Alex, 22 ans. L’action s’est finalement déroulée sans heurts, mise à part quelques interpellations.

«Se serrer les coudes», littéralement

Pour parvenir à leurs fins en restant pacifistes, les manifestants ont utilisé des techniques bien rodées. Ils ont parfois fait bloc en se tenant par les coudes, voire en s’emmêlant les jambes, afin d’éviter que l’un des leurs ne puisse être emmené par la police. Des stratégies de marche groupée ou de dispersion ont aussi été utilisées. «Ende Gelände» fonctionne sur une absence de hiérarchie, mais réunit de nombreux petits groupes organisés en cinq «doigts» d’une seule main.

Forêt millénaire exploitée pour le courant

La mine emploie 1300 salariés et fournit 15% de la production de courant du Land. La forêt millénaire de Hambach qui s’y étendait autrefois regorge en effet de charbon. Ses derniers hectares existants (environ 220, sur 4200 en 1978) sont habités depuis six ans par des militants pour empêcher sa destruction. L’agrandissement annoncé de l’excavation a été suspendu par la justice en octobre, après le dépôt d’un recours.

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