Football: Harry Kane, le cadeau empoisonné?

Publié

FootballHarry Kane, le cadeau empoisonné?

La star revient pour la finale de la Ligue des champions. Mais est-ce une bonne chose pour Tottenham?

par
Simon Meier
Harry Kane a l'oeil du tigre. Mais le corps suivra-t-il?

Harry Kane a l'oeil du tigre. Mais le corps suivra-t-il?

Keystone

C'était le 8 mai dernier, au terme d'une nouvelle nuit de folie à Amsterdam. Soudain, Harry Kane, convalescent, a piqué son premier sprint en public depuis un mois. Pour féliciter ses coéquipiers de Tottenham, auteurs d'un nouvel exploit face à l'Ajax (victoire 3-2 après avoir été menés 2-0), qualifiés pour la finale de la Ligue des champions. Tout d'un coup, lui aussi avait l'occasion de jouer le match d'une vie contre Liverpool, le samedi 1er juin à Madrid. A condition de se remettre de sa blessure au ligament de la cheville, contractée le 9 avril lors du quart aller contre Manchester City. «Jusque-là, tout va bien, souriait-il alors, électrisé par un incroyable aiguillon. Si tout se passe comme cela devrait, je peux espérer y être.»

Trois grosses semaines plus tard, l'espoir s'est mué en demi-certitude. Les médecins ont bien travaillé, Harry Kane aussi, qui n'imagine plus une seconde rater le rendez-vous de Madrid. «Nous savons à quel point cette finale est importante pour les supporters, nous savons à quel point c'est important dans l'histoire de ce club. Tout le monde veut y être et y prendre part», salivait-il jeudi en conférence de presse.

«Si nous perdons, vous allez me tuer»

Le joueur se dit prêt. Qu'en pense l'entraîneur de Tottenham? «Le faire débuter ce match est un point à propos duquel nous réfléchissons beaucoup, a déclaré cette semaine Mauricio Pochettino. C'est une décision, dans un sens ou dans l'autre, qu'on jugera après le match. Si nous gagnons: décision fantastique. Si nous perdons: décision de merde et vous allez me tuer.» L'Argentin connaît bien le football. Et la question qui chatouille, il doit lui-même se la poser: le retour de Harry Kane, si emblématique soit-il, est-il seulement une bonne nouvelle pour Tottenham?

Vu son statut dans l'histoire des Spurs, vu son poids dans le vestiaire et sur les statistiques (164 buts en 252 matches), difficile de se priver du bonhomme, par ailleurs joyaux de la couronne anglaise. Mais le buteur, qui n'a plus tâté à la compétition depuis presque deux mois, est-il capable d'encaisser la charge physique d'une finale de Ligue des champions, face à Virgil Van Dijk et consorts? D'ailleurs, en son absence, le Sud-Coréen Heung-min Son a semblé s'épanouir, prenant du poids dans l'axe avec une belle efficacité. Le Brésilien Lucas Moura et même l'Espagnol Fernando Llorente ont fait étalage de leurs qualités, comme s'ils étaient plus libres.

Alors, faut-il aligner Harry Kane, revenant magnifique ou champion à court de rythme? S'il joue et passe au travers, on entendra: «Evidemment, il n'était pas prêt.» Et s'il plante les deux goals de la victoire, Harry Kane sera héros et Mauricio Pochettino mage. Une chose paraît sûre: la premier fera tout pour jouer, à l'image d'un Diego Costa qui, malgré l'évidence médicale, avait tenu à débuter la finale 2014 avec l'Atlético Madrid contre le Real, pour quitter la pelouse après neuf minutes, tête très basse. Donc c'est le second, le coach, qui devra trancher. Une question lourde de conséquence qui pourrait en partie déterminer le visage du match le plus important de l'histoire de Tottenham Hotspur.

Ton opinion