Actualisé 10.12.2019 à 05:53

Henri Dès: sa compagne l'a sauvé d'une mort certaine

Témoignage

Sans le massage cardiaque de son amie, le chanteur pour enfants n'aurait pas survécu. Foudroyé, il revient de très loin, récupère petit à petit et chantonne déjà dans sa chambre d'hôpital.

par
lematin.ch
Henri Dès et sa compagne Nathaly Karlen. Le chanteur vaudois lui doit la vie.

Henri Dès et sa compagne Nathaly Karlen. Le chanteur vaudois lui doit la vie.

¨DR

«Je ne le trouvais pas très en forme ce jour-là (ndlr. le 27 novembre). Il avait mal au dos. Plutôt que d'aller promener le chien, nous avons préféré rester à la maison. Henri adore les films d'action. Nous regardions «The Irishman» avec De Niro. Il s'est levé pour aller avaler un antidouleur. Il s'est rassis. Il était environ 16h45. Et là, il a fait un drôle de bruit avec la bouche. C'est un farceur... Mais, en le regardant, j'ai tout de suite compris qu'il faisait un arrêt cardiaque. Il ne respirait plus, son cœur s'est arrêté net. Il s'est affaissé sur le canapé.»

Il ne se souvient de rien

La femme qui nous parle de cet évènement si lourd, c'est Nathaly Karlen, la compagne du célèbre auteur-compositeur-interprète vaudois. C'est à elle que Henri Dès, 79 ans le 14 décembre, a confié la mission de nous raconter ce maudit mercredi noir du 27 novembre. Parce que, lui, ne se souvient de rien. Son mal de dos, un repas avec sa fille Camille, pas plus. Nathaly est enseignante. Pas infirmière, pas médecin non plus. Et pourtant. Elle lui a prodigué durant 7 minutes le massage cardiaque qui a permis à l'artiste de renaître à la vie.

«7 minutes, c'est court et long»

«J'ai rassemblé mes esprits et appelé le 144. J'ai expliqué la situation à la dame qui m'a répondu. Elle m'a dit de le mettre par terre. Je l'ai déposé délicatement sur le sol d'abord en position latérale de sécurité, il fait 80 kg. Ça n'allait pas mieux. Alors j'ai dû le basculer sur le dos. La personne du 144, elle a été fantastique. Elle m'a guidée et donné le rythme pour le massage cardiaque. 7 minutes jusqu'à l'arrivée des secours, c'est court et long. Henri reprenait de temps en temps. Une force nous est donnée. On y va. Il n'y a pas de réflexion. On peut le faire. C'est une question de vie ou de mort.»

«L'infarctus a provoqué l'arrêt»

A l'arrivée de l'ambulance, il n'y a toujours pas de rythme cardiaque. Les secouristes ont sorti le défibrillateur. Ils l'ont choqué une fois et le cœur est reparti. Les médecins et les ambulanciers l'ont dit à Nathaly. Sans son intervention, Henri Dès n'aurait pas survécu. «Mon massage a permis d'irriguer le cerveau et son corps ainsi que de maintenir le circuit électrique du cœur. Avant de le transférer à l'hôpital, ils l'ont intubé et stabilisé. Là-bas, ils ont effectué une coronarographie. En fait, il a fait un infarctus (ndlr. coronaires obstruées) qui a provoqué l'arrêt du cœur. Ils lui ont posé des stents et l'ont plongé dans un coma artificiel pour protéger son corps.»

La crainte d'une rechute

Et durant ce temps, des questions clés: le chanteur aura-t-il des séquelles, son cerveau a-t-il manqué d'oxygène trop longtemps? La réponse tombera vite. «Jeudi soir, le corps médical a décidé de le réchauffer (ndlr. en coma artificiel, la température est abaissée à 34 degrés). Vendredi matin, il était extubé. Il respirait par lui-même. On lui a demandé s'il savait où il était. Il a juste dit "Hôpital". Le même soir, Henri nous appelait, il avait besoin de nous entendre et de nous dire qu'il était réveillé. Le samedi 30, nous avons craint une rechute. Il était agité. Et là, miracle, il était souriant, détendu. Sa fille Camille, puis son fils Pierrick étaient là. Il a même mangé.»

«Sternum et côtes cassés»

Si l'agitation a fait craindre un deuxième infarctus, il s'agissait en fait de douleurs extrêmes à la cage thoracique. En effectuant le massage cardiaque, sa compagne Nathaly lui a brisé le sternum et deux côtes. Il a donc fallu juguler cette souffrance et lui administrer une médication lourde. «L'hôpital a trouvé le bon dosage. Henri a commencé à réémerger doucement. Il y avait deux jeunes médecins, qui pleuraient et qui nous ont dit: «C'est comme si on soignait notre propre père. Il a bercé notre enfance, il en fait partie». C'était très émouvant.»

«Sa mémoire est intacte»

«Depuis, Henri récupère petit à petit. Il progresse. Il est resté alité un bon moment. Il doit récupérer de la force. Il se lève, accompagné, marche doucement. Il va de mieux en mieux. Il parle de nouveaux projets. Il chante dans sa chambre. Sa mémoire est bien là, intacte. Ce qui lui est arrivé n'est pas anodin. L'infarctus, c'est une chose. L'arrêt, c'en est une autre. Il faut éviter le moindre risque de récidive. Il est indépendant et très volontaire, il va y arriver. Il y aura probablement une convalescence en clinique de réadaptation.»

«Heureuse de l'avoir sauvé»

«Je suis si heureuse d'avoir pu le sauver. C'est quelque chose qui me transporte, une joie profonde. Nous avons eu une chance réciproque. C'est un cadeau que la vie me fait. Henri est très reconnaissant, ça me touche beaucoup. Avec ses enfants, Camille et Pierrick, et ses petits-enfants, nous étions déjà proches. Cela nous a soudés encore plus. Aujourd'hui, j'ai une deuxième famille. C'est un nouveau lien, particulier.»

«Grâce à Nathaly»

A eux la conclusion, précisément. Aux enfants d'Henri Dès et de sa défunte épouse Mary-Jo. Camille Destraz, directrice de théâtre, et Pierrick, auteur et musicien, savent, eux aussi, eux surtout, et le disent en chœur : «C'est grâce à Nathaly que nous avons encore notre papa. Nous lui devons une reconnaissance éternelle. Nous l'avons félicitée, remerciée. Notre père a récupéré toutes ses capacités selon les médecins.» Miracle de l'Avent.

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

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