Balkans – Heurts dans le nord du Kosovo: des Serbes et des policiers blessés
Publié

BalkansHeurts dans le nord du Kosovo: des Serbes et des policiers blessés

Une opération anticontrebande qui a dégénéré près de la frontière risque de raviver les tensions dans la région.

Des soldats de l’OTAN à la frontière entre la Serbie et le Kosovo, début octobre.

Des soldats de l’OTAN à la frontière entre la Serbie et le Kosovo, début octobre.

AFP

Des policiers kosovars et des civils serbes ont été blessés mercredi dans le nord du Kosovo lors de heurts consécutifs à des opérations anticontrebandes de la police kosovare, nouvel accès de fièvre dans les relations tendues entre Belgrade et son ex-province.

Ces incidents surviennent deux semaines après un accord entre la Serbie et le Kosovo pour mettre fin à un regain de tensions à leur frontière conclu sous l’égide de l’Union européenne, qui a réclamé la fin «immédiate» des violences.

Un Serbe a été blessé par balle et se trouve dans un état stable après avoir été opéré, et d’autres civils serbes ont été touchés par des jets de pierre, selon Zlatan Elek, directeur d’un hôpital de Mitrovica (nord du Kosovo). Six policiers kosovars ont également été blessés, indique un communiqué de la police.

Gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes

Les heurts ont éclaté lors de raids menés par la police dans quatre régions, dont Mitrovica, ville divisée selon des lignes de fracture ethnique entre Serbes vivant dans les quartiers nord et Albanais habitant le sud. Cette opération, destinée à «lutter contre les biens de contrebande» serbes, a provoqué la colère de centaines de Serbes qui ont bloqué des routes à Mitrovica et à Zvecan, une localité voisine.

La police kosovare a répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour disperser la foule, selon une correspondante de l’AFP. À Mitrovica-Nord, des protestataires serbes ont lancé des pierres contre la police et incendié deux véhicules.

Sur les images des télévisions locales, on pouvait voir des jeunes gens, visages recouverts par des cagoules, frapper des policiers kosovars déployés devant une pharmacie. La police a accusé les protestataires d’avoir utilisé «des armes à feu et des grenades à main pour attaquer et empêcher les douaniers et officiers de faire leur travail».

L’UE veut la fin des violences

Le calme est revenu après le retrait des forces kosovares, qui ont annoncé l’arrestation de huit personnes et la saisie «de biens pour des centaines de milliers d’euros» entrés illégalement au Kosovo sans versement de taxes.

Ces affrontements succèdent à des tensions provoquées par la décision du Kosovo d’interdire les plaques d’immatriculation serbes sur son territoire, invoquant une mesure de «réciprocité», les véhicules immatriculés «République du Kosovo» – non reconnue par Belgrade – étant contraints depuis des années à prendre des plaques serbes temporaires pour entrer en Serbie. Des unités spéciales de la police kosovare avaient été déployées pour faire appliquer la décision.

Des centaines de Serbes du Kosovo avaient alors bloqué des routes et Belgrade avait déployé des véhicules blindés près de la frontière. Un accord temporaire sur les plaques négocié à Bruxelles par les deux parties, prévoyant le déploiement pendant deux semaines dans la zone frontalière de la Kfor, la force de l’Otan chargée de la sécurité du Kosovo, avait permis de débloquer la situation.

«Les violents incidents dans le nord du Kosovo doivent prendre fin immédiatement», a réagi Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, sur Twitter. «Les actions unilatérales et non coordonnées qui mettent en danger la stabilité sont inacceptables», a-t-il dit, ajoutant que l’UE était «en contact» avec Belgrade et Pristina.

Dénonçant la «politique folle de Pristina», la Première ministre serbe Ana Brnabic a «appelé la communauté internationale, l’Otan et la Kfor à réagir d’urgence».

Indépendance du Kosovo

Le président serbe Aleksandar Vucic s’est rendu dans le sud de la Serbie pour y rencontrer les représentants des Serbes du Kosovo et les assurer de son soutien. «Nous prions l’Otan de faire son travail, nous prions les Albanais de ne pas tenter de mettre les Serbes au pas par la violence» car «nous serions obligés de protéger les vies de nos enfants au Kosovo», a-t-il déclaré.

Le Premier ministre kosovar Albin Kurti a lui fait valoir sur Facebook que les opérations policières visaient uniquement la criminalité, s’insurgeant contre «certains médias serbes qui protègent le crime, la corruption et la contrebande et veulent les politiser et les ethniciser».

La Serbie n’a jamais accepté l’indépendance déclarée en 2008 par son ex-province, reconnue en revanche par la plupart des pays occidentaux, et ses relations avec le Kosovo, à très large majorité albanaise, restent compliquées.

(AFP)

Votre opinion