Editorial: Homophobie en Suisse, l'amour plus fort que la haine!
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EditorialHomophobie en Suisse, l'amour plus fort que la haine!

Les Suisses ne veulent plus de discrimination en raison de l'orientation sexuelle. Un jour émouvant pour les minorités de ce pays.

par
lematin.ch
Un grand jour de reconnaissance pour les couleurs de l'arc-en-ciel, emblème de la cause LGBTI rehaussée d'un coeur en ce 9 février 2020.

Un grand jour de reconnaissance pour les couleurs de l'arc-en-ciel, emblème de la cause LGBTI rehaussée d'un coeur en ce 9 février 2020.

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Rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet, c'est un grand jour pour les couleurs de l'arc-en-ciel! Il aura fallu sept ans, depuis le dépôt de l'initiative parlementaire de Mathias Reynard (PS/VS) en 2013, pour que la loi suisse protège ses citoyens des propos discriminatoires visant leur orientation sexuelle. Cela peut paraître long pour ce qui apparaît comme une réponse nécessaire à l’heure où la parole est désinhibée sur les réseaux sociaux.

Pas de défouloir pour les «haineux»

La lutte contre le «discours de haine» était au cœur des arguments de cette campagne. Une bonne majorité de Suissesses et de Suisses estime donc que des personnes, en raison de leur identité sexuelle, ne doivent pas être un défouloir pour les «haineux». Durant cette campagne, les partisans ont souvent répété que l’insulte et la méchanceté n’avaient rien à voir avec la liberté d’opinion. Une majorité le pense aussi et cela dans quasi tous les cantons. Seuls les habituels conservateurs d'Uri, Schwytz et Appenzell Rhodes-Intérieures ont refusé.

Stigmatisation multiple

L'Histoire nous rappelle qu’à la fin du 19e siècle, un certain Jakob Rudolf Forster avait été poursuivi à Saint-Gall pour avoir assumé publiquement son homosexualité. En 1893, il avait fait signer une pétition, qui avait été déposée aux Chambres fédérales, intitulée: «Pour la fin des discriminations envers les homosexuels». Sans suite. C'est seulement depuis 1942 que l'homosexualité n'est plus réprimée dans le Code pénal suisse. Cependant, la stigmatisation religieuse, psychiatrique ou aujourd'hui «populiste» est une réalité qui perdure à des degrés divers.

Pas de «flicage des expressions»

Certains peuvent regretter ce dimanche que la liberté de parole ait perdu un registre d'expression. Mais ils doivent bien admettre que l'humour gras y tient une place privilégiée et que son usage vise essentiellement à blesser des personnes. Pour ceux qui ne pourraient s'en passer, la loi n'interdit à personne de jurer comme il l'entend, mais cela doit rester dans un cadre privé. Il n'y aura pas un «flicage des expressions», comme le craignent les opposants. Juste un meilleur dosage.

Prochaine étape: le mariage pour tous

Cette loi ne fera pas disparaître d'un coup de baguette magique une certaine homophobie en Suisse – la campagne l'a démontré ici et là – mais une bonne majorité estime que les temps ont changé sur ces questions. La prochaine étape sera l'institution d'un mariage pour tous. Nul doute que l'UDF, qui a lancé ce référendum du 9 février, se prépare déjà à sortir son crucifix pour tenter de le contrer dans les urnes.

Eric Felley

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