Entre le robot vert de Google et iOS d’Apple - Huawei coupe le ruban d’inauguration de sa voie chinoise
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Entre le robot vert de Google et iOS d’AppleHuawei coupe le ruban d’inauguration de sa voie chinoise

Le constructeur sorti du marché des smartphones Android par les États-Unis, revient par la fenêtre avec son propre système d’exploitation HarmonyOS.

par
Jean-Charles Canet
Présentation du HarmonyOS, le mercredi 2 juin.

Présentation du HarmonyOS, le mercredi 2 juin.

Capture d’écran / DR

C’est aujourd’hui, mercredi 2 juin 2021 dès 14 h 00, que Huawei, le fabricant de smartphones, de tablettes, d’écouteurs sans fil, de montres connectées mais aussi de lunettes et de… machines à laver, a lancé officiellement son HarmonyOS 2.0, le système d’exploitation maison qui équipera ses prochains appareils (et pas seulement les smartphones) ce qui marquera tout aussi officiellement son abandon total de l’écosystème Android. Une voie chinoise, entre le robot vert de Google et l’iOS d’Apple, que le fabricant prépare en coulisse depuis de nombreux mois.

La fulgurante progression de Huawei en occident, qui lui avait permis d’entrer dans le top 3 des fabricants de smartphones, a en effet été stoppée net par Donald Trump qui a mis le fabricant sur une liste noire le privant d’accès aux technologies américaines, aussi bien logicielles, celles de Google en particulier, que matérielles. Une décision aux relents aussi politiques (accusation d’espionnage) qu’économiques qui a durement frappé le fabricant aussi sur les marchés des antennes de télécommunication 5G qu’il dominait. Ainsi, fortement incités par Washington, des pays alliés des États-Unis comme le Royaume-Uni ou l’Australie, ont décidé d’exclure Huawei, alors que plusieurs pays de l’Union européenne cherchent à en réduire l’empreinte dans leurs réseaux mobiles, précise l’agence AFP.

Ailes coupées

Les conséquences du bannissement ont pu être observées notamment en Suisse sur les modèles de smartphones haut de gamme de Huawei. Alors que le P30, sorti juste avant que le couperet ne tombe, avait tout d’un smartphone Android complet, le P40, basé sur la couche «open source» d’Android, a eu les ailes coupées par l’impossibilité d’accéder aux suites logicielles Google telles le magasin d’applications Play Store, YouTube, Google Maps, Gmail, etc., forçant Huawei à trouver au débotté des solutions alternatives, bancales donc insatisfaisantes pour un public occidental. Résultat des courses (Source: Strategy Analytics), en début d’année 2021, Huawei était éjecté du top 5 du marché mondial de smartphones, dont les parts sont dominées par Samsung et Apple puis suivies par d’autres fabricants chinois (Xiaomi, Oppo et Vivo) qui, eux, n’ont pas été la cible d’une attention américaine aussi féroce.

Certes, le fabricant chinois pourrait bénéficier d’un éventuel assouplissement décrété par l’administration Biden (c’est à première vue mal parti) qui lui permettrait à nouveau d’accéder aux licences et technologies américaines mais Huawei a jugé qu’il ne pouvait miser sur un objectif aussi incertain. C’est donc une troisième voie qui a été choisie et c’est là que HarmonyOS intervient.

À quoi HarmonyOS ressemble-t-il?

Découvrez ci-dessous comment Huawei évoque HarmonyOS et les nouveaux produits associés.

En résumé, dans un show qui a atteint une durée de 90 minutes, Huawei a longuement décrit les fonctionnalités du nouveau système d’exploitation et, en particulier, son panneau de contrôle permettant d’apparier le plus simplement du monde tous les appareils du même écosystème (montre, écran de TV, appareils ménagers, tablette, enceinte sonore et aussi PC Windows). Un OS qui n’est pas sans ressemblance esthétique avec celui de Google, Huawei ne réinvente en surface pas la roue, c’est plutôt en profondeur que les choses se passent.

Lors de reconstitutions de la vie quotidienne, Huawei a bien pris soin de présenter des acteurs tantôt orientaux, tantôt occidentaux, parfois en duo. Mais à aucun moment il ne fut évoqué les circonstances économicopolitiques qui ont conduit le fabricant à faire son cavalier seul, sa démarche étant justifiée uniquement par son souci de proposer un écosystème facilitateur de vie quotidienne. À l’instar des keynotes d’Apple, tout était riant, fonctionnel, un tantinet aseptisé dans des environnements lumineux ou le luxe et la distinction se disputent la vedette. Ainsi va la vie dans les vitrines de la haute technologie.

À ce stade, le débarquement de ce troisième larron est observé en Europe avec scepticisme et même avec un certain dédain aux États-Unis. Car même Microsoft, malgré son poids et sa puissance financière, n’est pas parvenu à se faire une place entre Google et Apple. L’Américain est complètement sorti du marché laissant en plan sa division mobile (malgré son rachat des technologies Nokia).

Mais si la voie déployée par Huawei devait se révéler royale et si d’autres fabricants choisissaient de divorcer de Google en adoptant HarmonyOS, comme la rumeur le laisse entendre, les États-Unis pourraient se mordre les doigts d’avoir provoqué l’entrée d’un loup, désormais sans fil à la patte, dans la bergerie.

L’absence de présence européenne dans ce drame en trois actes est à relever.

Smartphones, tablettes, oreillettes montres et… moniteurs

Parmi les nouveautés dévoilées mercredi par Huawei, toutes «motorisées» par HarmonyOS 2.0, on trouve des smartphones, bien évidemment, mais aussi des montres connectées, des tablettes, de nouvelles oreillettes sans fil et même un moniteur. Des produits décrits en avant-première, la semaine dernière par le représentant de Huawei en Suisse. À peine évoqué, le prochain smartphone amiral de Huawei, le P50 Series s’est affiché sans date de sortie définie, une imprécision qui reflète les difficultés de l’industrie high-tech face à la pénurie de certains composants clés.

Si on peut se demander pour certains de ces appareils en quoi leur nouveau système logiciel changera la donne, la présence d’HarmonyOS devrait être plus visible dans les trois premières catégories. Pour les smartphones en particulier, il s’agira de déterminer si les clients, par la nouveauté appâtés, pourront se passer des services de Google si prisés en occident. Une question à laquelle il nous est impossible de répondre avec certitude à ce stade.

Quant aux possesseurs d’appareils Huawei de précédente génération qui vivotent tantôt avec un système d’exploitation Android complet (P30) tantôt bridé (P40), une mise à jour vers HarmonyOS va leur être proposée dans le courant de l’année, voire au début de l’année prochaine pour de plus anciens appareils. À eux d’évaluer si le jeu en vaut la chandelle.

Une chose est sûre, Huawei a clairement démontré qu’un retour dans les bras noueux de Google était une perspective hautement improbable.

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