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FootballHugh Quennec: «On possède les joueurs pour se sauver»

Au moment où Servette est plongé dans une crise sportive sans précédent, Hugh Quennec a parlé hier à l’équipe. Le double boss détaille son plan de sauvetage au «Matin».

par
Nicolas Jacquier
Georges Cabrera

Ne pas démissionner, faire front avec dignité, afficher sa fierté jusque dans les défaites, se responsabiliser pour mieux rebondir. Voici le contenu du message, à la fois de fermeté et d’apaisement, que Hugh Quennec est venu transmettre hier matin aux joueurs du Servette FC avant de filer aux Vernets. Une séance de crise de plus d’une heure qui s’est tenue dans les vestiaires, aux Evaux. Au moment où ses Aigles survolent le hockey suisse, le président aux deux casquettes assiste au naufrage de ses footballeurs, condamnés en fond de cale.

Au lendemain de l’affront subi à Berne (défaite 6-2), qu’avez-vous tenu à dire à l’équipe?

On sent beaucoup de tension dans et autour d’un groupe naturellement sous pression. On sait que l’on est fragile. Alors que l’on doit se concentrer sur le travail, le contexte pourrait inciter à baisser les bras, à s’égarer ou à créer des polémiques internes de nature à nous déstabiliser encore plus. Dans notre situation, ça peut déraper très vite. Or on doit se concentrer sur nos forces, car il y en a. Le but, c’est de responsabiliser les joueurs par rapport à ce que l’on peut attendre d’eux. Monsieur Fournier vient d’arriver, cela nécessite aussi une période d’adaptation.

Le temps presse pourtant…

Certes, d’autant que le pire scénario s’est produit ce week-end avec la victoire de Lucerne. Je reste néanmoins convaincu que l’on possède les joueurs pour se sauver. Je suis focalisé sur les solutions, des solutions qui devront venir du groupe actuel en attendant d’éventuels renforts à Noël si les finances le permettent.

Quel est votre état d’esprit?

Je suis déçu comme le sont les joueurs. Je suis solidaire avec eux. Il n’y a pas de tricheur dans l’équipe, ce sont des bons gars. Mon rôle n’est pas de les enfoncer mais de les aider à se reconstruire.

Comprenez-vous néanmoins la colère des supporters, dont certains ont pris à partie l’équipe dimanche lors de son retour de Berne? On a le sentiment d’un divorce avec la base…

Une minorité a voulu manifester sa frustration. Même si je n’approuve pas leur méthode, je comprends ce qu’ils ont pu ressentir. On doit rester classe, fort et intègre par rapport à notre classement. En assumant s’il le faut notre dernier rang. J’ai d’ailleurs exigé qu’à l’avenir les joueurs aillent systématiquement à la rencontre des fans à la fin des matches pour les saluer.

Leader avec GE Servette, bon dernier avec Servette FC, comment vivez-vous ce grand écart au niveau des tabelles?

Bien sûr que je préfère regarder un classement que l’autre! Cela dit, les hockeyeurs n’ont pas à faire la morale aux footballeurs.

Au moment où les Vernets ont accueilli deux stars de NHL, le public de la Praille a attendu en vain de vrais renforts. Pourquoi cette différence de traitement?

On se retrouve dans deux dynamiques différentes. Au hockey, Servette n’a fait que profiter des opportunités provoquées par le lock-out. Des partenaires ont mis des moyens à disposition pour acquérir deux joueurs de NHL. En football, la priorité consiste d’abord à équilibrer nos comptes. C’est là que va l’argent. Mais si l’Espagne, l’Angleterre ou l’Italie étaient en grève, Servette ferait en sorte d’accueillir à son tour des stars.

Regrettez-vous de vous être autant investi, d’avoir mis les pieds dans le football. Avec le recul, n’était-ce pas une erreur de vouloir jongler avec deux clubs?

Je n’ai aucun regret, même si ce que l’on aimerait réaliser ne va pas aussi vite que l’on voudrait. Il ne faut pas oublier d’où l’on vient. Servette était à 2 jours de la faillite. On n’a pas commencé de zéro, mais dans le négatif. Puis il y a eu l’euphorie du sauvetage, une victoire contre le champion, l’Europe…

Puis… plus rien, c’est ça?

J’ai vécu ça au hockey par le passé. Je ne peux pas m’appuyer aujourd’hui sur les résultats et aller voir des partenaires potentiels en leur disant de rejoindre une équipe gagnante. C’est un frein.

Justement, qu’en est-il d’éventuels investisseurs, prêts à vous rejoindre?

On me promet parfois beaucoup de choses, de l’argent, des joueurs. Le but, c’est d’avoir un projet et de s’y tenir. Les gens sérieux cherchent une philosophie, des valeurs. Il ne faut pas penser à aujourd’hui ou à demain mais à 5 ou 10 ans pour ne pas hypothéquer l’avenir du club. Ce que Bâle et Zurich ont réalisé doit aussi pouvoir se faire à Genève.

L'EDITO

Au SFC, Fournier est un privilégié

En passant de Sion à Servette, Sébastien Fournier a quitté l’envié fauteuil de leader qu’il occupait naguère à Tourbillon pour s’installer dans le siège profond d’une lanterne rouge peu éclairée. S’il a perdu 14 points au passage, le Valaisan a en revanche gagné une sécurité de l’emploi que son précédent employeur ne lui aurait jamais garantie.

A la Praille, Fournier campe un privilégié dans la mesure où il sait que les mauvais résultats ne lui coûteront pas sa place. Parce que Servette n’a pas les moyens financiers de le virer – ce qu’exigerait en d’autres circonstances, ou ailleurs, une situation sportive aussi désespérée que celle des «grenat».

Alors que deux échecs successifs«transfèrent» d’ordinaire son responsable au bout du banc éjectable, dans l’attente d’un troisième revers synonyme de mise à feu, Fournier peut enchaîner les défaites – déjà quatre – sans être inquiété. Quoi qu’il advienne, il restera l’homme de la situation aux yeux du président Quennec qui l’a mis en place. Rien qu’à ce titre, le successeur d’Alvès est le plus peinard des coaches de Super League.

Au moment où les Aigles des Vernets planent sur le hockey, il est révélateur de constater que Servette ressemblait davantage à une équipe l’an passé, lorsque l’avenir du club s’écrivait au conditionnel. L’équipe séduisait plus quand ses joueurs devaient s’inventer un improbable futur. Aujourd’hui que le risque de banqueroute s’est éloigné, c’est la faillite sportive qui menace d’engloutir Servette. Puisse son privilégié entraîneur trouver les mots justes pour réussir à sortir le club de son pesant embourgeoisement. En s’inspirant des hockeyeurs servettiens par exemple.

Nicolas Jacquier, Journaliste

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